Un médecin légiste nommé Godot

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Médecin légiste : voici un métier qui fait rêver certains. Parfois, le rêve tourne au cauchemar, surtout pour ceux qui l’attendent.

Nous étions en train de patienter dans le hall de la maison. La gendarmerie avait découvert l’homme dans le vaste hall d’entrée, décédé, bien entendu. Il était toujours à la même place, le cou toujours enserré dans la corde qu’il avait sans doute lui-même noué à la rambarde de la mezzanine. Et c’était justement ce « peut être » qui constituait le second nœud de cette affaire de pendaison. Pour une raison que je n’ai jamais véritablement élucidée, les gendarmes avaient eu un doute et avaient voulu en avoir le cœur net. Ils voulaient que le certificat de décès soit signé par un médecin légiste.

Et nous attendions. Parce que la gendarmerie, dans un louable souci de gain de temps, avait appelé le médecin légiste et, aussitôt après, les pompes funèbres pour évacuer le corps. Nous, les croque-morts, étions donc arrivés rapidement pour faire plaisir aux gendarmes, qui, depuis une heure, avaient l’air gênés. Manifestement, ils ne s’étaient pas montrés convaincants en expliquant au médecin légiste l’urgence de la situation.

Nous attendions donc, dans un silence à peine interrompu de toussotements gênés et des crachotements de la radio des gendarmes, leur rappelant que, n’importe où ailleurs, ils se passait plus de choses que là ou nous étions. Les principaux sujets de conversation avaient été depuis longtemps épuisés.

Pour tout dire, même le défunt avait l’air de s’ennuyer.

Enfin, une heure et demi après qu’il ait été appelé, l’homme de l’art arriva.

Sa silhouette se dessina dans l’encadrement de la porte d’entrée. Sans adresser la parole à quiconque, le regard rivé sur le sol, il traversa le hall d’entrée, s’arrêta au beau milieu, leva lentement la tête vers le pendu, et, d’une voix totalement neutre, déclara « Effectivement, il est mort ».

Avisant une desserte non loin, il s’y dirigea rapidement, remplit le certificat de décès, puis, laissant le document sur le meuble, tourna les talons, nous gratifiant, en franchissant la porte, d’un jovial « Bonne journée, messieurs ».

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