Une levée de corps vraiment craquante

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Rien de tel qu’une réquisition estivale pour partir en vacances ou en week end. Une petite tranche de vie avec les suspects habituels, police, pompiers, pompes funèbres… et des invités surprises.

Le soleil avait régné en maître toute la journée, trônant au centre d’un ciel si clair qu’il tirait presque sur le gris acier. La nuit venue apportait à peine un vague soulagement : la canicule harcelait sans relâche ses victimes.

Des adolescents désœuvrés, explorateurs intrépides de leur quartier, avaient fait la découverte. Les découvrant, blafards et paniqués, leurs parents avaient prévenus les pompiers, croyant l’homme blessé, ou victime de la chaleur. Sur place, les soldats du feu n’avaient pu que constater que l’homme était largement au delà de leur portée. Ils prévinrent la police.

La police appela le médecin, puis, une fois celui-ci passé (moins de cinq minutes sur place), les pompes funèbres.

Le défunt était un sans domicile fixe, squatteur professionnel. Mais l’homme avait sa particularité : comme il l’avait expliqué, lors d’une de ses nombreuses interpellations, « je suis un clodo, pas un voleur ». Il élisait ses domiciles successifs et provisoires dans les abris de jardin. Comme me l’expliqua, plus tard, un policier qui l’avait « serré » deux fois, l’homme répétait à l’envi « je squatte pour avoir un toit, pour tout le reste, je me débrouille honnêtement ».

Et cet abri de jardin avait sans doute constitué, selon ses critères, une villégiature idéale : vaste et propre, il était situé au fond du joli jardin d’une maison dont les propriétaires légitimes étaient parti passer l’été sous des cieux plus clément.

Le médecin avait demandé à ce que le corps soit transféré à l’Institut Médico-Légal : déterminer la date de la mort allait s’avérer un vrai casse-tête. La chaleur, exceptionnelle, l’abri de jardin, qui s’était transformé en étuve, et, donc, les invités.

Lorsqu’ils se présentèrent à l’entrée, au policier de garde, les croque-morts reçurent quelques précisions : décomposition très avancée, autant dire qu’il ne restait presque rien, l’homme ne serait pas une charge très lourde, et la cabane, au fond du jardin, était facile à trouver. « Vous avez des lampes ? » s’enquit le policier.

Non, les croque-morts, vérification faite, n’en avaient pas. « Il fait très sombre, derrière, la rue n’est presque pas éclairée, et la maison cache la lumière des réverbères, de toute façon ». La nuit était sans lune, de surcroît « guidez vous sur la lumière de mes collègues, pour vous diriger. Si à un moment vous ne voyez plus la lumière, c’est que vous êtes devant le châtaignier, faites un pas de côté. » Alors que les croque-morts s’avançaient, il ajouta une remarque curieuse « tant que vous entendez les chips, c’est que vous êtes sur la bonne voie ».

Le jardin était immense, mais l’équipe progressait sans difficulté vers les lumières des lampes installées là par l’équipage de police. Alors qu’ils n’étaient qu’à quelques mètres, ils l’entendirent « Bon, sang, qu’est-ce que c’est ? On dirait… On dirait que quelqu’un mange des chips ? ».

C’est lorsqu’ils parvinrent dans le cercle de lumière qu’ils comprirent ce qui causait le bruit. Peu importe l’endroit on l’on se tenait, larves, diptères, coléoptères, nécrophores, mais aussi fourmis, scarabées, habituellement d’honnêtes insectes mués en nécrophages opprtunistes, les insectes, morts ou vivants, jonchaient le sol. Tous tournaient le dos à l’abri de jardin : ils partaient.

« C’est quoi, ça ? » s’exclama un croque-morts stupéfait. Le policier braqua sa lampe vers l’intérieur de l’abri, ou l’on apercevait le corps, ou ce qu’il en restait. « Il paraît que ce n’est pas courant, mais la décomposition a été très rapide. Ils sont venus, ils s’en vont » dit il en désignant la colonne « Maintenant qu’il n’y a plus rien à manger ».

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