Une mise en bière pour oublier

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Source : http://alain-prunier.com/blog/index.php?post/2012/10/21/Mort-Oubli
mort_oublie_blog_2-300x204 Une mise en bière pour oublier
Source : http://alain-prunier.com/blog/index.php?post/2012/10/21/Mort-Oubli

Il arrive parfois que les croques morts oublient un truc, mais quoi ? Voici leur histoire.

Un vieux monsieur avait souscrit un contrat obsèques. Ce monsieur était seul, sans aucune famille, ni d’amis qui lui aient survécu, assez fortuné, et il avait pris ses dispositions pour que son corps, après son trépas, soit exposé dans son très luxueux cercueil, ouvert, dans l’appartement dont il rêvait étant jeune, et qu’il s’était offert, plus âgé, à force de labeur.

Or donc, vint son trépas. L’aide à domicile, dont c’était le deuxième jour, trouva le corps déjâ presque froid de Monsieur, assis dans son fauteuil de cuir marron, prés de l’âtre ou les cendres tiédissent, « Salambo » ouvert sur ses genoux. Une mort discrète, propre et distinguée, digne d’un gentleman.

L’aide à domicile, pestant sur ce poste si tôt perdu, appela un médecin, qui, venant constater le décès, contacta à son tour la société de pompes funèbres dont le numéro figurait, bien visible, près du combiné téléphonique.

Il semble utile de préciser qu’on était samedi, et que déjà l’après-midi regardait l’heure et attendait le début de soirée, qui devait prendre la relève.

L’appel parvint à un assistant funéraire professionnel mais inexpérimenté, qui sortit le contrat, passa l’appel à son centre logistique pour préparer le cercueil et faire la mise en bière, remplit les papiers, regarda sa montre, enfila son manteau, et, regagnant le garage ou il stationnait son véhicule, glissa, chuta lourdement, et se fit une double fracture de la jambe. Ouverte, évidemment, sinon ce ne serait pas drôle.

Ignorant ces faits, une équipe prépara le cercueil, se rendit au domicile, et procéda à la toilette, puis à la mise en bière. Enfin, satisfaits du travail accompli, ils quittèrent le domicile, passèrent au bureau déposer la clef, puisque c’est ce qui avait été convenu avec l’aide à domicile, et s’en retournèrent bosser.

Il est également important de signaler que, ce week-end la, les gens tombaient encore plus vite que les électeurs déçus.

Puis les choses suivirent leur cours. L’assistant funéraire fut opéré, et autorisé à regagner son domicile pour une longue convalescence. Les jours succédèrent aux nuits, les journées de labeur aux journées de labeur, le dépôt envoya le bon de commande du cercueil au bureau, qui le factura à l’organisme qui gérait l’argent du contrat obsèques, la succession de Monsieur arriva sur le bureau du notaire, où il dormirait des mois avant d’être ouvert.

Et tout fut bien.

Quelques semaines plus tard, les occupants de l’immeuble de Monsieur appelèrent leur syndic. Des odeurs nauséabondes avaient envahi les communs, puis les logements particuliers, et semblaient provenir de l’appartement inoccupé. Le syndic fit le déplacement devant l’insistance de ses administrés, constata, se dit qu’il devait avoir affaire à une variante originale du dégât des eaux, qui avait fait moisir des choses dans l’appartement, et il appela les pompiers pour défoncer la porte.

A l’intérieur du logis cossu, l’odeur était abominable.

On entrait par un petit vestibule, ou s’ouvraient à gauche la cuisine, en face un long couloir qui desservait les différentes pièces, et à droite, le séjour.

C’est la que, sur ses tréteaux, reposait Monsieur, couvert de vers et de parasites, confortablement installé dans son cercueil ouvert, oublié de tous.

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