Vaudeville, les pompes funèbres côté cour, côté jardin

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Il est une lectrice qui, récemment, me questionnait à propos d’un travail comme hôtesse d’accueil dans un funérarium. « On doit s’y ennuyer », me disait-elle. Une histoire vécue, voici ma réponse.

vaudeville-191x300 Vaudeville, les pompes funèbres côté cour, côté jardinLes funérariums sont de véritables labyrinthes, comportant d’un côté une partie publique, de l’autre, une partie technique, avec des salons au milieu. Ajoutez à ça les laboratoires, locaux techniques, stocks etc… Et vous pouvez errer à la recherche d’un collègue qui erre à la votre, passant le temps à vous croiser sans vous rencontrer.

J’exagère… Un peu.

Or donc, en ce délicat matin fleuri de printemps, ou les fleurs verdissent sur les arbres, les oiseaux gazouillent, tous en chœur, que l’air encore frais se parfume des senteurs florales et que le pollen fait éternuer les allergiques, une famille en deuil se présente dans une entreprise de pompes funèbres.

Quoique de plus banal, me demanderez vous, et je vous tancerai, la douleur n’étant jamais chose banale.

Enfin, bref, le sujet n’est pas la.

Une famille, donc, arrange les obsèques de son défunt, un homme mûr, mais encore vert, semble t-il, puisque la veuve tient à préciser qu’elle ne veut pas voir madame X. Le croque mort, surpris, essaie de lui expliquer que ce n’est pas possible de faire le tri, on ne peut pas demander à chaque personne ses papiers, à l’entrée de l’église. La veuve insiste, expliquant qu’elle ne veut surtout pas voir madame X. La madame X en question s’avérant être grande, blonde, à forte poitrine, aux yeux limpides, à la bouche pulpeuse, et la maîtresse du défunt. Vert, vous disais-je.

Le collègue promet de faire son maximum, au moins pour lui interdire l’accès au salon. Bien entendu, le lendemain, la maîtresse vient à l’agence. Elle explique, des tremolos dans la voix et les yeux humides, qu’elle ne peut se recueillir auprès du corps de son amant, qu’elle aimait d’amour tendre, et qui l’aimait également en retour.

La jeune femme était si émouvante, ainsi perdue et malheureuse, avec sa peine aussi profonde que son décolleté, que les croque morts, émus, appelèrent le funé depuis la boutique. « La famille est la ? » l’hôtesse, après vérification « Non, personne ». Et ainsi, la jeune femme éplorée put se recueillir près du corps de son amour défunt.

Et voilà que survient la femme légitime.

L’agent de funérarium, qui discutait avec l’hôtesse, pâlit, et, bon réflexe, réussit à l’intercepter, et à la retenir, sous un prétexte fallacieux, lui faisant croire que le conseiller doit d’abord la voir pour quelque chose d’important. Pendant ce temps la, l’hôtesse à, discrètement, appelé la boutique. De laquelle descendent, au pas de course, deux conseillers.. Le premier se dirige vers l’épouse, pour lui demander des précisions (bidon) sur l’état civil. Le deuxième, pendant ce temps la, passant par la partie technique, s’introduit dans le salon par la porte d’accès au laboratoire, explique la situation à la maîtresse, et la fait sortir par les coulisses, tandis que la veuve, quelques secondes plus tard, entre elle par l’entrée des familles.

Un vrai vaudeville, en somme, avec la maîtresse, l’épouse légitime, les portes qui claquent, et l’amant dépassé par les événements (et pour cause).

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