« Vénus noire » : monument funéraire vandalisé

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Elle a été la « Vénus noire » au cinéma, Africaine bête de foire exhibée en France et en Angleterre au XIXe siècle, dont les restes ont été finalement rendus en 2002 à son pays, l’Afrique du Sud. Samedi, le monument funéraire de Saartjie Baartman a été vandalisé.

Selon la police de Hankey, une vallée près de Port Elizabeth (sud du pays), de la peinture blanche a été badigeonnée sur le monument. Un « groupe de gens » a été aperçu par des témoins. Un mouvement radical est soupçonné, après d’autres dégradations, qui s’attaque à des monuments historiques, leur préférant la seule célébration de la lutte contre l’apartheid.

Connue comme la « Vénus hottentote », Saartjie Baartman (de son vrai nom Sawtche) est un symbole au destin terrible. Née l’année même (1789) où les révolutionnaires français décrètent que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », un médecin britannique la transporte en Angleterre dans ses bagages en 1810. Elle pense y trouver une vie matérielle meilleure. Pour lui, elle n’est qu’un objet de curiosité à la morphologie particulière : un postérieur et des organes génitaux saillant.

Posée sur une estrade, elle est exposée dans une cage. Exposition payante, qui tourne jusqu’en Irlande, et se prolonge en France après 1814. Mi-objet sexuel dans des soirées alcoolisées, mi-phénomène scientifique examinée sous toutes les coutures, elle vit dans un taudis avant de mourir à Paris d’une pneumonie.

Son corps est moulé. Elle est disséquée, ses organes conservés dans des bocaux, et l’Académie de médecine de l’époque y voit une affirmation de la supériorité de certains peuples dits sauvages sur d’autres. Le squelette reste exposé jusqu’en 1974 au musée de l’Homme, à Paris. En 1994, on le ressort pour l’exposer au musée d’Orsay.

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C’est l’année où Nelson Mandela (après d’autres tentatives) réclame la restitution de la dépouille de Saartjie Baartman à la France. Il s’agit de lui donner une sépulture et lui rendre sa dignité. De nombreux artistes internationaux appuient cette démarche. Le parlement français ne votera cette restitution qu’en 2002. Le 3 mai, le corps revient au Cap. Le 9 août, journée de la femme en Afrique du Sud, il est purifié selon les rites et solennellement inhumé sur une colline, dans son village natal.

De nombreux livres ont été écrits sur cette histoire. Victor Hugo ou Georges Brassens ont évoqué la « Vénus hottentote ». En 2010, le cinéaste Abdellatif Kechiche (« La vie d’Adèle ») sort le film césarisé « Vénus noire ».

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