Victime du terrorisme, Interview de Françoise Rudetski

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Françoise Rudetzki, FGTI

Quelles obsèques, quelles indemnisations, quelles indemnités pour les victimes d’attentats ? Françoise Rudetzki, membre du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme, nous apporte les réponses.

Françoise Rudetzki n’est pas de ceux qui se laissent décourager. Victime d’un attentat en 1983, elle fonde, avec son mari, SOS Attentats, et réussit à faire voter une loi créant le Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et autres infractions (FGTI). Elle a obtenu en 1990 le statut de victime civile de guerre pour toutes les victimes du terrorisme et les otages. Reçue à plusieurs reprises à l’ONU, elle est souvent auditionnée pour les instances européennes. En d’autres termes, lorsqu’il est question de victimes d’attentats, elle fait autorité.

Que doivent faire les familles des victimes ?

« Dans un premier temps, les familles doivent simplement attendre que l’Institut Médico-Légal les contacte, après que le Procureur de la République ait délivré l’autorisation d’inhumer ou de crématiser. » La procédure est identique à celle mise en place pour tout obstacle médico-légal. « Cela dépend du temps mis pour procéder aux autopsies, et, dans certains cas, aux identifications. ».

« Les familles doivent ensuite contacter la société de pompes funèbres de leur choix. » Les victimes d’attentats conservent la liberté de choix de leur entreprise funéraire « Bien entendu ».

Y aura-t-il un hommage national ? Comment est-ce que cela s’organise ? « Sans doute, mais pas dans l’immédiat. Les corps vont être restitués, ensuite il est difficile pour ces familles d’attendre. On s’achemine donc vers un hommage national plutôt que des obsèques nationales ».

Modalités de prise en charge des obsèques et coût

« Les obsèques sont intégralement prises en charge par le FGTI. La famille fait réaliser un devis par l’entreprise de pompes funèbres de leur choix, et le Fonds prend en charge l’intégralité les frais » ceci inclut quoi ? « Les obsèques, avec tout ce que peut comprendre un convoi, mais aussi, si besoin, l’achat d’une place au cimetière, si la famille n’en a pas. La construction d’une place de caveau, la pose du monument, la gravure, sont également prises en charge par le FGTI. » et pour les victimes qui habitaient loin ? « Le Fonds prend en charge, outre les obsèques, le rapatriement, ainsi que le voyage de la famille proche, parents, grands-parents, frères et sœurs, enfants, conjoints… peuvent se faire rembourser leur voyage sur présentation des justificatifs. » Il y a une limite ? « La limite du raisonnable. Si une famille nous présente un devis pour un mausolée en or massif, on mettra un bémol… L’objectif du Fonds, c’est de compenser le préjudice subi. »

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Sur la gravure d’une tombe, Françoise Rudetzki précise « Le défunt a le droit, sur sa sépulture, à la gravure  »victime du terrorisme ». C’est une aide précieuse pour vivre son deuil. »

Les aides après

Voilà pour l’aspect funéraire « Mais nous nous occupons aussi des survivants, des blessés, parfois graves, en prenant en charge par exemple l’équipement de l’habitation en cas de handicap, une reconversion professionnelle si besoin et l’indemnisation de tous les préjudices subis, physiques, psychologiques et économiques. »

Une victime de terrorisme a également droit à une aide médico-psychologique.

Le Fonds de Garantie, l’État et les finances

Comment est financé le Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et autres infractions ? « C’est n’est pas de l’argent public » explique Françoise Rudetzki « Mais la solidarité des Français. Le Fonds est financé par un prélèvement de 3,30 € sur les contrats d’assurance de biens (multirisque habitation, voitures, entreprises. Le Ministre des Finances a relevé cette somme à 4,30 € le 1er novembre à compter du 1er janvier 2016. C’était le souhait du Conseil d’administration du FGTI, que j’avais relayé dans la presse. Pourquoi l’aviez-vous demandé ? « Parce que des attentats de masse étaient à prévoir. Critiquée sur les réseaux sociaux, je crois qu’aujourd’hui cet Euro d’augmentation ne fait pas débat. Mais Françoise Rudetzki insiste « Les internautes, sur les réseaux sociaux, manifestent leur solidarité. La contribution traduit une solidarité concrète ».

Les chiffres qui font peur

Madame Rudetzki tient à ajouter un chiffre « Depuis 1986, nous avons ouvert 4200 dossiers de victimes du terrorisme» pardon ? Cela veut dire que 4200 personnes ont été victimes ? « Oui, des personnes françaises ou étrangères ou de Français à l’étranger de 1986 à fin 2014. Les attentats de janvier ne sont pas encore inclus dans ce chiffre. Mais entre les familles des décédés, les blessés, les personnes sur place qui ont été traumatisées, les chiffres sont toujours plus importants que ceux annoncés les journaux. Pour les attentats de janvier 2015, entre Charlie Hebdo, l’Hyper Casher, etc… Nous avons ouvert 220 dossiers d’indemnisation. »

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Dernière question, que dire aux professionnels du funéraire qui auraient à recevoir des familles de victimes pour organiser des obsèques et se demandent comment s’y prendre ? « De la même façon que pour les familles touchées par un drame imprévisible, une mort brutale. Comme pour toute famille qui aurait perdu un proche dans un accident ou un crime, par exemple. Il y a peut-être plus d’empathie, parce que le terrorisme aveugle nous concerne tous. Mais je suis confiante : c’est le métier des pompes funèbres, et je sais que les employés sauront trouver les mots justes ».

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