La vie funéraire au pays de Dracula, voyage en Roumanie (1/2)

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Image : copyright-SimonDaval.fr

A Funéraire Info, nous avons des correspondants courageux : ainsi, Marie s’est elle portée volontaire pour réaliser un reportage au pays du compte Dracula, la Roumanie, et ses rites funéraires à la foi si proches et si lointain des nôtres. Douche à l’eau bénie, gousses d’ail et crucifix en sautoir, bienvenue en Roumanie, pour ce reportage en deux parties.

Roumanie-1-copyright-SimonDaval.fr_-300x199 La vie funéraire au pays de Dracula, voyage en Roumanie (1/2)
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Au pays des légendes de Dracula, les services funéraires ont aussi leur place. Durant une quinzaine de jours, Simon Daval (photographe-reporter belfortain) et moi-même avons vécu à l’heure roumaine. La Roumanie est un pays aux multiples contrastes. Oui, nous y avons rencontré une certaine pauvreté, mais qui n’est pas une « misère » pour autant. La Roumanie s’illustre surtout par ses beaux paysages, tantôt en plaine, tantôt en montagne ; ses multiples couleurs, où le jaune tient une place prédominante ; sa cuisine « simple » et savoureuse ; ses différentes architectures ; ses cités médiévales (telles que Sibiu, Biertan, etc.) ; son histoire, qui se laisse découvrir pour peu que l’on ouvre les yeux ; et ses traditions et ses coutumes encore très présentes. La découverte de ce pays a donc été une belle surprise.

J’oserai parler de « particularisme » roumain. L’ancien régime, la dictature menée par Nicolae Ceausescu a, malgré tout, permis de conserver ce « particularisme ». Les liens sociaux, le soutien mutuel dans les familles, entre amis, entre voisins, ont permis de préserver de nombreuses traditions et coutumes. Et c’est cela qui a également porté la Révolution de Décembre 1989. C’est dans la douleur et le sang que la Roumanie s’est délivrée de son régime oppressif. Et les particularités roumaines, dans les traditions et coutumes qui lui sont propres, restent sauves. C’est le cas des rites funéraires et de la conscience collective face à la mort.

Parce que les cimetières sont souvent le reflet d’une société, nous avons pris le temps d’en parcourir plusieurs, entre Timisoara et Sapanta. Les cimetières roumains sont sobres. En zone rurale, cela est net. Les cimetières sont petits, souvent délimités par une simple clôture, et seules les croix sur les tombes nous indiquent qu’il s’agit d’un cimetière. Rares sont les villages que nous avons traversés où les cimetières abritent des monuments funéraires. Les croix sortent de terre, parsemée d’herbe et de quelques fleurs sauvages.

En ville, notamment à Timisoara et Sibiu, les cimetières conservent une certaine simplicité. De hauts murs les délimitent. Les monuments funéraires sont clairs, dans les tons blancs, à quelques rares exceptions près où de nouveaux monuments noirs et gris (semblables à ceux que nous observons dans nos cimetières français) sortent de terre. Quelques monuments funéraires se distinguent par leur architecture imposante et leurs statues massives.

Il n’existe pas de plaques funéraires mais uniquement une inscription du nom du défunt, de sa date de naissance, de sa date de décès, et parfois d’autres précisions (comme le métier qu’exerçait le défunt, la peine de sa famille, etc.). Et cette inscription peut être gravée sur la face et/ou le dos de la tombe, car les emplacements sont étroits et leur disposition parfois anarchique. Ainsi, on peut lire ces inscriptions même lorsque l’on se trouve dos au monument funéraire.

Il y a plusieurs allées principales, mais l’espace entre les tombes est si étroit qu’il reste difficile d’y circuler. La végétation prend une grande place dans les cimetières. De nombreuses tombes sont fleuries, mais il s’agit souvent d’une simple couronne ou de gerbes, confectionnées à base de sapin et habillées de fleurs et de rubans. Des fleurs sont aussi directement plantées sur les tombes ou devant, et l’herbe pousse entre les monuments. Les veilleuses habillent, elles aussi, de nombreuses tombes.

Les cimetières que nous avons découverts, en ville, sont très fréquentés. Nous y avons rencontré du personnel des Pompes Funèbres (graveurs, fossoyeurs, etc.), de nombreux membres des familles de défunts venus entretenir leur tombe et se recueillir, et des « promeneurs » venus passer un moment dans un lieu de repos, de mémoire et de lien social.

Les bancs présents dans ces lieux sont parfois étonnants : ils sont nombreux et adaptés à la disposition des monuments funéraires. Ainsi, il y a des bancs « classiques » et des bancs pliables, pour permettre la circulation entre les monuments, lorsqu’ils sont pliés.

Aussi, plusieurs chapelles, orthodoxe et catholique, s’élèvent dans les cimetières. Elles permettent l’accomplissement des rites funéraires.

Ce qui nous a le plus surpris, c’est l’environnement des cimetières à Timisoara : sur les bâtiments proches sont accrochées de grandes publicités ou des enseignes de magasins. Ce contraste est frappant, car il illustre la sauvegarde des traditions, de la communauté, face au « mondialisme » et à l’individualisme naissant, en Roumanie.

Le plus beau cimetière où nous nous sommes rendus reste celui de Sapanta, proche de l’Ukraine, le « Cimitirul Vesel ». Il porte le nom de l’artisan créateur des fameuses croix qui font la renommée de ce village. Il est simple, mais très coloré. Les croix en bois, peintes sur fond bleu, rappellent qui était le défunt en représentant une illustration de sa vie, ou de la cause de son décès, avec une épitaphe qui l’accompagne. La première de ces croix a été réalisée en 1908. Depuis, chaque année, c’est une dizaine de croix qui sont réalisées par un artisan unique. Depuis le décès de son maître, en 1977, c’est Dimitru Pop, sculpteur et peintre, qui assure la pérennité de cet art. Nous l’avons rencontré. Il réalise chaque Croix pour un coût d’environ 200 euros par pièce, et qui demande une quinzaine de jours de travail. Sur ces croix, les épitaphes sont en vers et décrivent le nom du défunt, parfois des dates ou simplement des années (de naissance et/ou de décès), ainsi que les sentiments du défunt durant sa vie, ou ses pensées, etc. Cela représente la vie de ce village, ses joies et ses peines. Ce lieu porte aussi le nom de « cimetière joyeux ». Cela est dû au fait que certaines épitaphes ou représentations sont empreintes d’humour, que les couleurs des croix sont vives, mais surtout que ce lieu représente la vie avant de parler de la mort. La vie est présente sur ces croix comme un souvenir vivant des défunts. On ne se déplace pas uniquement à côté des tombes des défunts, mais on se déplace à côté de la tombe d’un garagiste, d’un bûcheron, d’une ménagère, d’un agriculteur, d’un médecin, d’un ivrogne, d’une fileuse, d’une maîtresse d’école, etc. Aussi, l’Eglise paroissiale du village se trouve au centre du cimetière. Ce cimetière est le centre de la vie du village : un lieu de prières, d’histoires, de souvenirs, de partages et de rencontres.

A Timisoara, nous avons eu le plaisir de rencontrer deux thanatopracteurs : Violeta et Dan Ardelean. Leur nom vous est peut-être familier puisque ce sont des thanatopracteurs formés et diplômés en France, à Accent Formation, il y a près de huit ans. Durant cinq années, ils ont dirigé une société de Pompes Funèbres dans le Sud-Est, et pratiqué la Thanatopraxie. Puis, il y a deux ans, Violeta et Dan ont pris la décision de retourner sur la terre où ils sont nés, en Roumanie, pour y développer la Thanatopraxie. C’est ainsi qu’ils ont créé une franchise, « Axys Tanatopraxie », permettant l’émergence de thanatopracteurs professionnels roumains, au service des Pompes Funèbres et des familles en deuil. Le matériel et les produits sont fournis aux franchisés. Violeta et Dan leur apportent également une qualité professionnelle reconnue. Leurs précédentes formations en anatomo-pathologie et en médecine légale leur confère une approche des soins de conservation très attentive et objective. Systématiquement, les soins de conservation sont réalisés en fonction des pathologies et autres signes observées sur le corps des défunts. Le choix des fluides, des concentrations, des abords artériels, et du type de ponction, sont choisis en fonction de chaque corps qui leur est confié. Cette recherche de qualité explique, en partie, qu’en Roumanie la Thanatopraxie se développe de façon rapide. En milieu urbain, les soins de conservation sont pratiqués à 70%. En milieu rural, environ 30%.

Ce développement de la Thanatopraxie s’explique aussi par l’importance de la présence du corps des défunts lors des veillées funèbres. Le corps d’un défunt est toujours précieux, mais en Roumanie, le corps des défunts revêt une importance particulière lors des rites funéraires.

(à suivre en suivant ce lien)

Marie Nouaille-Degorce

Thanatopracteur

Vous pouvez poursuivre le voyage grâce à la galerie de photos de Simon Daval : http://www.simondaval.fr/fr/portfolio-8120-0-66-derniers-hommages.html

3 COMMENTAIRES

  1. Lors d’un voyage en Roumanie, j’avais pour ma part eu l’occasion de faire une petite visite au cimetière de Sighișoara, lequel est situé à flanc de colline, et accessible depuis les hauteurs de la ville.

    On voit d’ailleurs ici quelques photos de ce cimetière de Sighișoara, ainsi qu’un ancien corbillard à chevaux, qui était (les photos datent de 2006) entreposé non loin du cimetière, le long du chemin.

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