Un vocabulaire unifié du funéraire est il possible ?

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Unifier le vocabulaire funéraire : un travail titanesque eut égard à la variété des habitudes et coutumes et l’inertie du secteur. Est-ce bien nécessaire ? Une réflexion.

dictionnaire-264x300 Un vocabulaire unifié du funéraire est il possible ? « Ne me parlez plus de… »

L’idée de cet article nous est venue du message envoyé par un grand nom du funéraire, que nous nous enorgueillissons de compter parmi nos lecteurs, et qui avait bondi de sa chaise en lisant, dans un article, l’expression « mise à la flamme ». Ceci, nous expliquait il, n’était pas une expression heureuse, qui était totalement bannie.

Sur le premier point, nous ne pouvons qu’acquiescer : la « mise à la flamme » est une expression au demeurant assez laide, et de surcroît techniquement inexacte. Mais, sur le second point, nous émettons un doute : lors de la visite d’un site cinéraire, il y a quelques jours, le directeur de la publication de Funéraire Info l’entendait de la bouche d’un directeur de crématorium.

Sans compter les mails, peu nombreux mais réguliers, que je reçois lorsque j’utilise l’expression « croque-morts ». L’un d’entre eux m’interpellait ainsi « Messieurs les journalistes, renseignez-vous un peu, l’expression croque-morts n’a plus cours et dévalorise notre profession. ». Après avoir été porteur, puis Maître de Cérémonies, puis conseiller funéraire, avant d’embrasser la profession de journaliste entre deux vacations sur le terrain, pour garder la main, je n’ai jamais compris cette réticence. L’expression croque-morts n’a aucune connotation péjorative, et je la revendique, personnellement, avec fierté, et la certitude d’exercer une profession multiséculaire dont aucun membre, jamais, n’a bouffé un orteil.

Mais, après tout, chacun est libre de renoncer à son héritage et d’essayer de se faire passer pour un banquier.

Problèmes sémantiques et offuscation

Si l’usage ou non du terme croque-morts, dont j’use et abuse dans cet article pour faire bisquer, est un combat inutile, l’usage d’autres termes est lui plus délicat à manier. « Mise à la flamme » en fait justement partie, puisque son utilisation devant des familles peut stimuler l’imaginaire d’esprits douloureusement affligés par un deuil.

Rien à voir, dans l’absolu, mais j’ai en tête un jeune assistant funéraire qui utilisait régulièrement l’expression « au frigo » pour parler d’un défunt qui se trouvait en case réfrigérée. Ses collègues recevaient la famille de Monsieur Machin ou de Madame Unetelle, et le collègue précisait que le défunt était « au frigo » pour dire qu’il était bien arrivé, mais pas encore en salon.

Jusqu’au jour ou, machinalement, il l’a dit devant une famille. La famille en question est partie à la concurrence, non sans avoir adressé une longue lettre au directeur. La dernière fois que j’ai eu des nouvelles de cet assistant funéraire, il travaillait dans une usine de conserves quelque part dans le sud ouest.

Il faut donc faire attention au vocabulaire que l’on emploie, même en comité restreint, parce qu’il est aisé de perdre le contrôle de son champ sémantique, et qu’un mot suffit à créer l’incident.

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les cavurne sont connus sous le même nom dans toute la France parce que les fournisseurs les ont imposés sous le même vocable

Un dictionnaire unifié du funéraire ?

Le vocabulaire technique existe, et il est le même partout. Un thanatopracteur de Brest et un thanatopracteur de Strasbourg se comprennent parfaitement bien lorsqu’ils parlent travail. Pareil pour un assistant funéraire de Lille qui appellerait un confrère pour prévoir une inhumation à Toulouse. Par contre, les deux devraient sans doute s’expliquer mutuellement quelques points de détails des pratiques et des coutumes locales.

Une grande partie, non pas du vocabulaire funéraire, mais de son usage et de sa compréhension, vient de l’adéquation entre le signifiant et le signifié. Prenons un exemple pour faire simple : j’ai travaillé de nombreuses années dans une société de pompes funèbres en Bretagne, ou les Maîtres de Cérémonies demandaient à ce qu’on place le « capot » du cercueil. Nous mettions donc en place le couvercle. Muté dans l’Est de la France, devenu moi-même Maître de Cérémonies, lors de mon premier convoi, je demandait aux porteurs de poser le capot contre un mur. Silence embarrassé de l’équipe, jusqu’à ce que l’un d’entre eux, franc et plein de verve, me réponde : « Le quoi ? Tu te crois chez Peugeot, ici ? ».

Depuis toutes ces années, je ne sais plus si je dois parler du capot ou du couvercle du cercueil, voire du « machin en bois qu’on pose dessus pour le fermer ».

Un défi pour quoi faire ?

Changer le vocabulaire et les habitudes de chaque région, voire même, au sein d’une région, d’une société à l’autre, est un défi herculéen, dont les enjeux sont mal définis. En d’autres termes : pour quoi faire ?

L’imposition d’un vocabulaire est possible, théoriquement, sur deux axes : la formation et les fournisseurs. Ainsi, par exemple, les cavurne, caveaux de taille réduite destinés aux urnes, sont connus sous le même nom dans toute la France parce que les fournisseurs les ont imposés sous le même vocable partout. Sur la formation, en revanche, même si les programmes sont uniformisés au niveau des assistants funéraires, que peuvent malgré tout des années d’habitude dans une société ou les jeunes diplômés se feront embaucher ? Au bout de quelques semaines, ils suivront le mouvement.

Sans compter que la profession peut parfois s’avérer rétive à la nouveauté, surtout si celle-ci ne semble pas à priori utile. Uniformiser par la force le vocabulaire déclencherait une réaction hostile, et personne n’a l’influence suffisante pour porter ce lexique unifié.

Nous-même, à Funéraire Info, sommes sensibles au sujet, comme d’entendre parler d’ « incinération » au journal de 20 heures au lieu de crémation qui ne manque jamais de nous écorcher les oreilles. Mais nous sommes aussi conscients de la vacuité de nos efforts en la matière, ce qui ne signifie pas que nous allons relâcher lesdits efforts.

Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel c’est que les professionnels se comprennent entre eux, que les familles comprennent les professionnels, et, en ce qui nous concerne, que nos lecteurs nous comprennent. C’est le but premier et l’objectif des mots, stimuli de définitions compréhensibles par leur destinataire.

Tant que nous arriverons à nous comprendre entre nous, il n’y aura pas péril en la demeure. Pour le reste, la profession est en quête de professionnalisme, de reconnaissance, et cela passera par une évolution lexicale. Nous faisons confiance au temps.

1 commentaire

  1. Bonjour,

    On utilise régulièrement l’expression « départ à la flamme » dans l’entreprise où je viens de faire un stage que ce soit entre nous ou avec les prestataires et il est vrai que cela ne choque personne, ni même la famille avec qui nous avons utilisé cette expression.

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