Walking Dead, un printemps 2016 en France

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La société est proche du point de rupture. Attentats. Grogne sociale. Encore attentats. Casse. Menace terroriste. Lentement mais sûrement, le raz-le-bol gagne et la pression monte. Combien de temps avant qu’un type à bout ne sorte son flingue ?

Ca a commencé comme ça…

On peut dire que tout a changé le 7 janvier 2015 vers midi. La tranche info d’Europe 1 annonçait sobrement « Nous venons d’apprendre que des coups de feu ont été entendus près de Charlie Hebdo, nous vous tiendrons informés dès que nous en saurons plus ». Personne ne s’en doutait, y compris sans doute lui-même, mais Jean-Michel Apathie venait d’annoncer la fin d’un monde.

Quelques mois plus tard, presque au terme d’une année lourde, ma compagne et moi venions de finir de regarder un épisode de je ne sais plus quelle série, lorsqu’elle décida de zapper sur France-Allemagne, pour voir le score. Juste à ce moment, Jean-Michel Larqué expliquait qu’à cause des évènements, il n’y aurait pas d’interviews post match. Nous nous sommes regardés, elle et moi, intrigués « Quels événements ? ». Pendant ce temps-là, des gens mouraient au Bataclan.

D’Orlando à Bruxelles, de bombes à l’assassinat lâche d’un couple de policiers devant leur enfant, la pression monte, inexorable. Jusqu’où ? Sans doute jusqu’au moment ou un type à bout sortira dans la rue avec un flingue pour « riposter », rapidement imité par d’autres. Ce sera le début de la guerre civile longtemps théorisée, et qui n’a jamais été aussi proche.

La fin d’un monde

C’était à la fin des années 70, début des années 80 du siècle précédent. Je me réveillais dans la maison de mes grands-parents au klaxon du boulanger qui arrêtait sa camionnette dans la cour de la ferme en face, chose à laquelle le coq ne parvenait pas malgré son chant tonitruant. Ma grand-mère allait y chercher du pain et des croissants, et restait bavarder avec ma grand-tante et le voisin. Le soir, aux informations, on parlait de l’Ayatollah Khomeyni, mais je m’en fichais : j’allais chez le paysan assister à la traite des vaches et je l’aidais avec ma petite fourche à étaler la paille.

Le boulanger, le voisin, le paysan, ma grand-tante, mes grands parents, tous sont morts, aujourd’hui. La maison est vendue, comme toutes les autres. La ferme est devenue la résidence d’un couple bobo. Le remplaçant du boulanger ne fait plus de tournée en camion. Il n’aurait plus le droit de klaxonner.

Même si ils me manquent tous, je ne suis pas sûr qu’ils se sentiraient chez eux dans ce monde ou l’on se soucie scrupuleusement du droit des terroristes, et ou on empêche dans le même temps le boulanger de klaxonner, le coq de chanter, et même les grenouilles de croasser. Un tribunal ordonne de reboucher la mare ou elles vivaient depuis des décennies, mais interdit de faire d’un meurtrier de masse un apatride.

Les morts qui marchent

Pendant ce temps là, un gouvernement de sourds joue à qui a la plus grosse avec un syndicaliste qui condamne les casseurs d’une main en les justifiant de l’autre. Au nom de la lutte des classes, des travailleurs brûlent les voitures d’autres travailleurs en leur demandant de quoi ils se plaignent, que c’est pour faire avancer les acquis. Quels acquis ? Ceux gagnés durement par la grève, en empêchant les autres d’aller travailler, tiens. Dans les camps de travail de Chine ou de Corée du Nord, Philippe Martinez est une blague tellement drôle qu’on se relève la nuit pour se la raconter.

Même le foot n’est plus ce qu’il était. Avant, il se jouait à onze contre onze, sur une pelouse, avec un ballon; aujourd’hui, il se joue à cent contre cent, dans la rue, avec des barres de fer et des cocktails Molotov, sous les yeux d’enfants plus tout à fait innocents, dont les idoles se font chanter à grands coups de sex-tapes.

Chaque jour, ou qu’on se tourne, il ne semble plus avoir d’issue ; et le camp des progressistes d’expliquer que la France d’avant chère au cœur des conservateurs qui, de plus en plus, réclament le retour de nos valeurs, est rance et nauséabonde.

Mais elle me manque, cette France rance, cette France nauséabonde. C’était la France ou le coq chantait et ou ma grand-mère allait me chercher des croissants chez le boulanger qui klaxonnait. Chaque fois qu’on crache sur cette France là, chaque fois qu’on tue un flic ou qu’un brûle une bagnole, mon curseur de tolérance, comme des millions d’autres en France, descend, légèrement, mais inexorablement.

Sans doute jusqu’au moment ou un type à bout sortira dans la rue avec un flingue pour « riposter », rapidement imité par d’autres. Le problème, c’est que, depuis quelques jours, comme de nombreux autres, je ne peux plus jurer avec certitude que ce type, ce ne sera pas moi.

4 COMMENTAIRES

    • On s’en fiche, c’est une figure de rhétorique. Voyez ça comme l’expression d’un raz-le-bol, et rassurez vous, le seul pistolet que j’ai est un pistolet à eau. A moins d’arroser une personne en espérant qu’elel attrape froid et meure d’une pneumonie, il n’y a pas grand-chose à craindre.

  1. Pour que vos parents puisse vous emmener chez votre mamie entendre le coq chanter, il a bien fallut qu’il y ai les congés payés, Guillaume : Des femmes et des hommes ce sont battus pour ça, par la lutte syndicale ne l’oubliez pas. Arrêtez de vous gaver d’information télévisées sur BFM TV, sortez au grand air, ça va passer !

    • Si j’étais chez ma mamie, c’est parce que mes parents étaient au boulot.
      Mais je trouve assez drôle, pour me reprocher ma nostalgie de la France d’il y a quarante ans, que vous me rappeliez des luttes d’il y a 80 ans. Et je ne vois pas trop le lien entre des salariés qui se sont battus pour avoir des acquis sociaux autrefois et une minorité qui fait la guérilla pour avoir des privilèges aujourd’hui…

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