La tombe de Mary Jane à l’ombre du fantôme de Jack

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Si vous allez à Londres, après votre visite du cimetière de Highgate, ne manquez pas de faire un détour par celui de Saint Patrick, dans la banlieue Londonienne. Là, vous verrez une tombe abondamment fleurie, qui porte les inscriptions « In loving memory of Marie Jeanette Kelly » : ne manquez pas de vous y incliner.

Une histoire tourmentée

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Miller's court, aujourd'hui.

Marie Jeanette Kelly est née le 25 août 1863, en Irlande. Sa famille part s’installer en Angleterre, ou elle épouse un homme nommé Davis. Celui-ci est tué accidentellement. Mary Jane, comme on la surnomme, part, après maint mésaventures et un passage en France, s’installer à Londres. Vivant misérablement, elle sombre dans l’alcool, et se livre occasionnellement à la prostitution. Plus grande que la moyenne, et dotée d’un physique extrêmement agréable, elle accumule les malchances. Mais le pire reste à venir.

Le 9 novembre, Thomas Bowyer, un coursier, est en route pour Miller’s Court, ou Mary Jane occupe une petite maison. C’est le propriétaire qui l’envoie, pour lui réclamer ses loyers en retard. La petite maison était fermé, mais Bowyer avait aperçu une petit fenêtre, en hauteur, dont l’un des carreaux était cassé. Il se hisse donc jusque là, regarde l’intérieur de la chambre, hésite un instant, laissant à ses yeux le temps de s’habituer à l’obscurité, puis, lorsqu’il comprend enfin ce qu’il voit, s’enfuit en hurlant.

La police, arrivée promptement sur place, ne peut que constater l’évidence : Jack l’Eventreur vient de faire sa cinquième victime.

Jack et l’Angleterre Victorienne

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La scène de crime, dessin de presse d'époque.

Le nom de Jack l’Eventreur est entré dans l’histoire, par la sauvagerie de ses crimes, et le mystère qui entoure son identité, contrairement à ce qu’affirment régulièrement des écrivaillons en mal de publicité. L’on songera au faux « Journal intime de Jack l’Eventreur » ou aux analyses ADN menées en dehors de toute raison par Patricia Cornwell.

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Mais le meurtrier de Whitechapel est plus que cela. Il fait prendre conscience à la presse de son pouvoir de pression. Il attire l’œil de la bourgeoisie et de la classe moyenne sur les conditions de vie des quartiers populaires à l’époque de l’industrialisation et de l’exode rural. Il est, enfin, le premier tueur en série médiatisé dans le monde entier.

Certains experts affirment, au vu de tout cela, que Jack l’Eventreur a, durant l’automne 1888, assuré à lui tout seul la transition d’une époque vers une autre. En très peu de temps. Les non-initiés sont souvent surpris d’apprendre que Jack l’Eventreur n’a commis « que » cinq meurtres, officiellement reconnus, et durant trois mois, du 31 août 1888 au 9 novembre de la même année.

Le devoir de mémoire

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La tombe de Mary Jane Kelly

Aujourd’hui encore, le souvenir persiste. Par le biais des « ripperologues », fascinés par l’affaire, qui, du simple amateur à l’historien le plus sérieux, essaient d’apporter une lumière sur cette histoire , et de combattre les contre vérités. Tâche ardue : un film comme « From Hell », par exemple, est cité par le grand public lorsqu’on parle de Jack l’Eventreur, alors que le métrage est une abomination sur le plan historique.

Mais le mystère sur l’identité de Jack et le faible nombre de victimes, comparé aux trois cent d’un Henry Lee Lucas moderne, par exemple, a donné lieu à un phénomène unique dans les annales des histoires de Serial Killers : on se souvient des victimes, des plus infimes détails de leur vie, et même, pour certaines, de l’endroit ou elles sont enterrées. Un siècle et demi après, on se souvient encore de Mary Ann Nichols, dite « Polly », de Annie Chapman, dite « Dark Annie », de Catherine Eddowes, dite « Kate Conway », de Elizabeth Stride, dite « Long Liz » et de Marie Jeanette Kelly.

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La plus belle de toutes, celle contre qui il s’est le plus acharné, et, selon l’Histoire, la dernière. Enterrée grâce à une souscription dans une tombe individuelle, alors que ses quatre sœurs en infortune avaient connu l’oubli de la fosse commune.

Aujourd’hui encore, si vos pas vous emmènent à Londres, passez par le cimetière catholique de Saint Patrick. Vous y verrez une tombe fleurie, qui porte les inscriptions « In loving memory of Marie Jeanette Kelly ». Ne manquez pas de vous y incliner. C’est un bon moyen de se rappeler que, tout fascinant qu’il fut, la vie d’un assassin vaut moins que celle de ses victimes.

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