Aide toi, l’ethylotest t’aidera ?

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Depuis le premier juillet, il est obligatoire d’avoir un éthylotest dans son véhicule. Et gare à vous si vous n’en possédez pas : à partir d’octobre, ce sera une amende.

accident-de-voiture-sur-la-rcea-dans-l-allier-MAXPPP-930620_scalewidth_630-300x200 Aide toi, l'ethylotest t'aidera ?Au passage, signalons que ce sont en réalité deux éthylotest qu’il faudra avoir : si, en bon conducteur, vous avez un doute après un verre de vin surnuméraire, et que vous utilisiez l’instrument, vous seriez tout de même passible d’une amende, puisque la loi stimule que vous devez en posséder un inutilisé dans votre véhicule.

N’espérons pas assister un jour à ce dialogue ubuesque :

Le policier : « Vous avez bu, monsieur ? »

Le chauffard : « Oui, une bouteille de whisky à moi tout seul, plus un peu de gin à l’apéro, et quelques verres de Bordeaux »

Le policier : « Et vous avez un éthylotest ? »

Le chauffard, le produisant « Oui, oui, regardez ! Tout neuf, il n’a pas bougé de son emballage »

Le policier : « Parfait. Circulez. »

Ni n’imaginerons de situations gênantes comme le président de la Ligue Antialcoolique achetant des éthylotest en les dissimulant derrière des boîtes de préservatifs pour s’éviter la honte. Ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manque (et si vous avez des idées de situations kafkaïennes ou ubuesques, les commentaires sont la pour ça).

Nous ne polémiquerons pas non plus sur les raisons, ou les conflits d’intérêts, qui ont présidé à cette mesure. Nos confrères du Figaro, entre autres, le font très bien (ICI).

Non, nous nous demanderons ci qui sont les gens qui prennent de telle décision, et surtout, qu’est-ce qui leur passe par la tête.

Soyons clair, sans entrer dans la polémique : la route tue, la vitesse tue, l’alcool au volant tue, tout cela est accepté comme information, chiffrable et vérifiable. Pour contrer la vitesse, il y a les radars. Pour lutter contre l’alcool, il y a les éthylotest. Tout ceci est vain et ridicule.

Je ne sais pas vous, mais moi, je sais quand j’ai trop bu. J’en ai parlé un peu autour de moi, mais il y a toujours un symptôme physique qui trahi l’ébriété. Moi, par exemple, j’ai des fourmis dans les zygomatiques. Non, ce n’est pas une métaphore. Un petit fourmillement, et je sais à ce moment là, avec une précision qui n’a rien à envier à l’éthylomètre le plus précis, que j’ai trop bu pour prendre le volant. Cherchez bien : vous aussi, vous devez ressentir une manifestation, généralement au milieu de votre deuxième verre de gin.

Bref. Vous préférez le whisky, c’est vous qui voyez, peu importe : on sait très exactement quand on a trop bu pour conduire.

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De même, j’ai fait équiper à grand frais mon véhicule automobile d’un système révolutionnaire : un dispositif rond, sur lequel sont inscrits des chiffres. Au milieu, une aiguille, qui va indiquer l’un de ces chiffres, et ce dernier se trouvera correspondre parfaitement à la vitesse de déplacement en kilomètres par heure de ma voiture. Un « compteur de vitesse », ça s’appelle.

Renseignements pris, tout le monde en a un. Pour certains, il sert à respecter le code de la route. Pour d’autre, il sert juste à indiquer à quel moment on peut ôter le pied frein à l’approche d’un radar. Pour une frange d’extrémistes, il sert juste à calculer le montant de l’amende que leur avocat ira contester.

Ou je veux en venir ? A ceci : plantez des radars, il poussera des contestations. Il n’y a que le bon conducteur, qui dépasse une fois, par hasard, la vitesse limite, qui ne cherchera pas la faille. Rendez obligatoire les éthylotests, et vous constaterez que ça ne sert à rien, puisque d’une façon ou d’une autre, lorsqu’on est en tort, on le sait. A quoi servent ces mesures ? Pour l’une, à faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’état, et pour l’autre, à donner une information dont on dispose déjà.

C’est un grand mal de croire qu’à une statistique on peut répondre par une loi.

accident_route_-300x199 Aide toi, l'ethylotest t'aidera ?Il est une heure du matin. La nuit est bleue. Pas le bleu des films américains, celui, épileptique, des gyrophares qui clignotent. Le camion des pompes funèbres s’arrête derrière une voiture de la BAC, dans laquelle les flics usés partagent un thermos de café froid. La nuit habituellement silencieuse est déchirée par le cri strident de la scie circulaire des pompiers qui essaient d’atteindre les corps d’un couple de retraités. Nul espoir de les sauver : ils sont morts brûlés vifs dans leur voiture.

Sur le bitume, trois sacs. Les trois occupants de la voiture qui a percuté celle des retraités. A pleine vitesse, ils leur ont refusé la priorité, sur ce tronçon de voie rapide sans visibilité ou céder le passage est une question de vie ou de mort. Un agent de police est occupé, dans la carcasse de la voiture de chauffards, à compter les bouteilles, qu’un collègue note frénétiquement sur un calepin « Bière, dix huit canettes, whisky, deux bouteilles, anisette, une bouteille… ».

Le temps que les pompes funèbres fassent les aller-retour à la morgue pour déposer les cadavres des jeunes de dix huit et dix sept ans, les pompiers auront fini de dégager les corps des deux retraités. Grâce à l’immatriculation de leur voiture, ils auront des noms. Grâce aux noms, ils auront des dossiers dentaires qui permettrons l’identification.

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Des policiers, dans un coin, font une tête pas possible : c’est à eux que revient la tâche d’aller tirer les familles du lit pour leur annoncer la nouvelle.

L’air glacé souffle sans arriver à chasser la chaleur de la carcasse de métal fumant, ni l’odeur de chair brûlée, et semble porter encore les cris de souffrance d’un couple qui rentrait d’un loto et qui est mort de la plus abominable des façons.

Sur les visages de la vingtaine de policiers, de la trentaine de pompiers, du préfet qui vient d’arriver accompagné d’un juge de permanence et d’un conseiller municipal, et les visages des croque-morts qui devraient pourtant être blasés, la même expression indéchiffrable, mélange unique de compassion, de colère et d’un spleen irrépressible.

Cette scène est vraie. Elle s’est réellement produite. Imaginez maintenant la même chose, la même ambiance, et là, au milieu de tout, un technocrate fraîchement débarque, qui s’exclame dans ce silence véritable de mort « Comment une telle chose a-t-telle pu arriver ? Ils n’avaient pas d’éthylotest ? ». La seuls statistique qui comptera, dans ce cas là, c’est le temps écoulé avant que quelqu’un fasse une bavure.

Alors, quoi ? Laisser faire ? S’abandonner à un terrible fatalisme ? Écrire dans l’habitacle de chaque voiture ce vers de Dante « Toi qui entre ici, abandonne tout espérance » ?

Il y a deux écoles de pensée : la première est celle du tout répressif. Considérer chaque chauffeur comme un tueur en puissance et introduire le bridage sur les moteurs et l’éthylotest relié au démarreur. La seconde est plus philosophique. Elle passe par l’apprentissage d’une maxime, une seule, « ta liberté s’arrête là ou commence celle des autres », et le long commentaire de ce qui en découle.

A ce sujet, vous pouvez lire ce formidable texte de Serge Reynaud, intitulé « Avis à famille » ou deux policiers sont devant une porte derrière laquelle se trouve les parents à qui ils doivent annoncer la mort de leur fils. (Dans « Bonne nouvelle, c’est la police ! » Bourin éditeur). Si le reste du livre n’était pas aussi formidable, ce texte en justifierai à lui seul l’achat.

Et vous pouvez aussi vous repasser ce clip de la sécurité routière qui, pour une fois, évite l’écueil des slogans chocs pour montrer la réalité abrupte. Choc.

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