Condoléances politiques, larmes de crocodile et langue de bois

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Réagir à la mort de quelqu’un, présenter ses condoléances, est une difficulté majeure, et cela, que vous soyez puissant ou misérable…Mais plus quand on est puissant, tout de même

Condoléances

chavez-1 Condoléances politiques, larmes de crocodile et langue de boisLes condoléances idéales, pour l’humain moyen, vous et moi, sont souvent empreintes de maladresse, parfois touchante. Mais ce subtil équilibre de compassion sans pathos, d’assurance d’amitié sans empressement, ne risque pas de déclencher la troisième guerre mondiale. Sauf si l’on est un président de la république qui envoie ses condoléances à la mort d’un autre président de la république. Surtout pour un personnage controversé.

Un personnage controversé est un personnage autant haï par les gens qui ne sont pas d’accord avec lui que vénéré par les gens qui sont de son avis.

Il est donc nécessaire de saluer la disparition d’un défunt en y mettant de la peine, mais pas trop, un certain recul grave, mais ne jamais, jamais afficher sa joie de manière ostensible. C’est en cela que l’on voit que la politique est un métier. Pour monsieur tout-le monde, cela revient à réussir des macarons parfait alors qu’on n’a jamais cuisiné quelque chose de plus compliqué qu’une pizza surgelée à réchauffer au micro-ondes.

Hugo Chavez, par exemple

melenchon_chavez-300x150 Condoléances politiques, larmes de crocodile et langue de boisPrenez le cas de Hugo Chavez : voici un homme politique aux méthodes radicales, qui autant trouvent grâce aux yeux de beaucoup de socialistes, généralement, autant représentent une abomination pour les allergiques au communisme dont Chavez se réclamait parfois.

Les condoléances pour Hugo Chavez sont ainsi un marqueur, non pas de l’orientation politique, mais de l’idéologie associée à sa propre tendance. C’est nébuleux, mais prenez un exemple : Jean-Luc Mélenchon et Jean-Pierre Chevénement sont tous les deux de gauche, simplement, pas la même. Point de clanisme : c’est pareil à droite.

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Ainsi, la gauche tendance Chavez, en France, c’est J-L Mélenchon. « Ce qu’est Hugo Chavez ne meurt jamais » a-t-il dit, dans la plus pure tradition des idéaux révolutionnaires. Conforme à ses idées, sans surprise, mais joliment exprimé, ce qui n’est pas surprenant de la part de ce fin lettré, diplômé en philosophie et ancien professeur de Français.

Les élus locaux peuvent se permettre plus de libertés, leur parole portant moins à l’étranger. Toutefois, c’est dans leur pays qu’elle peut provoquer quelques désagréments, surtout lorsqu’elle s’oppose de front à un ministre de leur sensibilité. Ainsi, Pierre Schapira, adjoint au maire de Paris chargé des relations internationales n’hésite pas à Tweeter « Pensées très amicales pour les vénézuéliens enfin libérés » tandis que, à quelques minutes d’intervalle, Christiane Taubira, toujours sur Tweeter, exprimait « Amitié et respect au peuple du Vénézuela qui dit son cœur brisé et ses craintes du retour hardi des injustices et exclusions ». On sent que des liens d’amitié indéfectibles ne vont pas sitôt se nouer entre ces deux-là.

Notez qu’aucun n’a osé écrire « ce sont les meilleurs qui partent les premiers ». On est à peu près sûr que Fidel Castro l’aurait mal pris.

La droite, elle, s’est fendue de communiqués laconiques, exprimant d’une manière générale leur sympathie au peuple qui a perdu son président. On apprend ça le premier jour de cours, à l’ENA.

Le cas à part du président

hollande-1146301-jpg_1018826-300x130 Condoléances politiques, larmes de crocodile et langue de boisLe Président de la République a un statut un peu à part. Il parle au nom de la France. Alors, oui, d’un strict point de vue théorique, ça se conteste, tout le monde n’est pas toujours d’accord avec lui. Mais il faut aussi bien avoir conscience que si la voix de la France dit une bêtise, c’est tout le pays qui éternue.

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François Hollande s’est donc fendu d’un communiqué exemplaire en matière de langue de bois.

« Le défunt président vénézuélien Hugo Chavez aura profondément marqué l’histoire de son pays. Je suis convaincu que le Venezuela saura surmonter cette épreuve dans la démocratie et l’apaisement ». C’est presque parfait. Il est exact que le président Chavez est « Défunt », qu’il « entrera dans l’histoire de son pays », comme absolument tous les présidents de tous les pays du monde entreront dans leur histoire, c’est automatique, absolument incontestable. Il ajoute la petite lueur d’espoir (chez vous et moi, ce serait « la vie continue ») en s’avouant «  convaincu que le Venezuela saura surmonter cette épreuve dans la démocratie », irréprochable. On pourra tout au plus pinailler sur « l’apaisement » qui suit théoriquement une période troublée. Le Venezuela est en deuil, mais pas au bord de la guerre civile, que je saches. Oh, allez, il faut bien pinailler…

Que tout cela serve de leçons aux maîtres de Cérémonies, qui, tenant leur auditoire suspendu à leurs mots, se disent en passant qu’ils se lanceraient bien dans une carrière politique : c’est un métier. Un dernier détail, concernant le vocabulaire à utiliser pour présenter des condoléances internationales : songer à utiliser des mots non polysémiques. En 1945, le mot « mokusatsu » dans la réponse des japonais à l’ultimatum américain, mot qui signifie autant « Demander à y réfléchir » et « traiter avec mépris » a déclenché l’envoi de la bombe d’Hiroshima…

PS : certains souligneront que les phrases citées ici sont toutes issues de la gauche. C’est la faute de la droite : le prochaines fois, ils essaieront de dire quelque chose qui sorte un peu des habituelles platitudes.

 

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