Décès de personnalités, manuel de savoir-vivre quand la mort frappe

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Comment rendre hommage à un dictateur . Ne riez pas : l’exercice est plus compliqué qu’on ne le croit. Un exemple presque au hasard : Fidel Castro. Parce que l’homme était à la fois un dirigeant autocratique sourcilleux en même temps que le chef d’un état très convoité. Exercice de compassion envers les rédacteurs de communiqués officiels…

Fidel jusqu’au bout

D’un côté, nous avons Fidel, dictateur communiste à cigare et casquette kaki, ancien meilleur ami d’un des pires criminels de guerre d’Amérique du Sud, lui-même doté d’une nette tendance à faire fusiller tous les gens qui le contrarient, et pour qui une bonne journée est une journée où il a pu faire un bras d’honneur à la démocratie et aux droits de l’homme.

De l’autre, nous avons Castro, dirigeant d’un des derniers pays socialistes, résistant de toujours à l’hégémonie américaine, dont le programme éducatif a fait de son peuple le mieux lettré du monde, symbole de la révolution dont le portrait de l’ancien meilleur ami trône dans toutes les chambres d’adolescents rebelles.

Au centre, une cohorte de dirigeants mondiaux très, très embêtés. C’est dommage : si Fidel n’avait pas été si mort, ils auraient passé, certainement, une excellente journée.

Les lois élémentaires du communiqué funèbre

Il y a quelques règles à respecter dans l’élaboration d’un communiqué officiel lors de la mort d’une personnalité.

D’abord, le timing. Il faut précisément calculer l’intervalle de temps dans lequel le communiqué sera envoyé. Trop tôt, c’est que le communiqué était prêt, et c’est mal. Cela veut dire que, d’une, on s’attendait à la mort du défunt, elle était peut être même souhaitée, et, même si cela procède d’une démarche lucide, ce peut être considéré comme très impoli. Surtout si il s’avère qu’on a eu raison.

Trop tard, par contre, c’est pire. Cela peut avoir deux significations : qu’on avait à faire quelque chose de plus important, et ipso facto, que l’on met le défunt au second plan. Ou bien, si vous êtes, un exemple au hasard, un président français très très impopulaire et connu pour ses boulettes, que vous ne savez pas quoi dire.

Mais, me demanderez-vous alors, bien que j’ai horreur d’être interrompu lorsque je disserte, mais tant pis, les communiqués officiels ne sont pas préparés en avance ? Dans les rédactions des journaux, si. Mais il semblerait que, sous les ors de la République, non. Du moins, on espère que non. Parce que nombre d’entre eux ont côtoyé, ces dernières années, l’amateurisme.

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Revenons-en à Fidel

Mais, revenons en à Fidel, nous on peut, et tant que ce n’est pas lui qui revient, tout va bien. Et imaginons la déconfiture des conseillers de l’Elysée à qui a été confiée la tâche de lui rendre hommage.

« Bon, les gars, je vous propose : Fidel Castro était un dirigeant…

– Ah, mais attend, il dirigeait plus, Fidel, C’était Raoul qui était aux commandes. Et puis, dirigeant, c’est comme dans dirigeant d’un pays démocratique, c’est pas vraiment ça…

– Oui, bon, tu as raison. Un truc comme : l’infâme dictateur communiste Fidel Castro ?

– Mais ça va pas la tête ? Imagines qu’on veuille refaire la Gauche Plurielle ? On peut pas se fâcher avec les cocos !

– La Gauche Plurielle ? T’es sérieux ? Tu rêves, mon gars.

– Rêver, un peu comme Fillon, tu veux dire ?

– Ouais, tu as raison : ça le fait pas, infâme dictateur communiste. Dirigeant socialiste ?

– Ben non… C’est nous aussi. Et même si ce n’est pas comparable, et que je ne suis pas sûr qu’on soit socialiste, c’est quand même assez dur de comparer un dictateur en jogging qui fume le cigare et un président en scooter qui aime les croissants…

– Bon, on fait quoi, alors ? On ne met même pas les drapeaux en berne.

– Non, il ne faut pas pousser. Quoique, pour faire plaisir à ses fans… Ca existe, en demi-berne ? En gros, le but, c’est de contextualiser Castro sans fâcher ni les communistes, ni les démocrates, faire plaisir à Raoul sans contrarier Barack, et ménager à la fois les Cubains de Cuba qui sont restés fidèles et Fidel et les cubains de Miami qui voudraient castrer Castro. Le tout, en douze minutes montre en main. Les antidépresseurs sont dans le tiroir du bas, si c’est ce que tu cherches. »

Ce qui nous donne…

Je n’ai pas pu m’empêcher de vous livrer le communiqué officiel de l’Elysée, avec quelques commentaires entre parenthèses.

« Fidel Castro était une figure du XXe siècle. Il avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées. Acteur de la guerre froide, il correspondait à une époque qui s’était achevée avec l’effondrement de l’Union Soviétique. Il avait su représenter pour les cubains la fierté du rejet de la domination extérieure.

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La France qui dénonçait les atteintes aux droits de l’homme avait toujours contesté l’embargo imposé par les Etats-Unis à Cuba. Elle s’était félicitée de son ouverture et du dialogue qui s’était rétabli entre les deux pays.

Je l’avais rencontré le 11 mai 2015 au cours de la première visite d’un Chef d’Etat français à Cuba depuis la révolution.

J’adresse à Raoul Castro son frère, à sa famille et au peuple cubain mes condoléances.

François Hollande »

On notera que le communiqué est très, très intelligent. Prenez les désillusions : personne ne précise si les désillusions sont celles des cubains, ou celles des puissances qui ont encouragé la révolution, avant de se fâcher avec Castro, au premier rang desquelles les Etats-Unis. Ménager la chèvre et le chou, attaquer quand il faut attaquer mais sans jamais préciser qui, un communiqué, en un mot, exemplaire.

Comment il va, l’autre ?

Il est très facile, alors, d’imaginer les rédacteurs de communiqués, épuisés, des plaquettes vides d’antidépresseurs et des tasses de café vides près d’eux, psalmodiant une prière laïque pour qu’aucun politique controversé ne meure avant, disons, la fin du mandat.

Paradoxalement, le dirigeant mondial le plus malin, le jour de la mort de Fidel Castro, a été Donald Trump. Le président américain élu s’est contenté d’un simple tweet, dont je vous livre la traduction complète, de tête et sans en omettre un mot : « Fidel Castro est mort ». Factuel, sans énerver personne, sans se fatiguer, d’une sécheresse de ton qui dit tout sans rien dire, en un mot : parfait. Bon, Donald Trump reste Donald Trump, et il s’est rattrapé depuis, mais il n’empêche : l’espace de quelques heures, il est devenu le dirigeant le plus malin du monde, avant de redevenir Fidel à sa réputation.

Il n’empêche : ce sera beaucoup plus simple quand le dirigeant Nord Coréen va mourir. On pourra dire ce qu’on veut, à condition de ne pas froisser ses alliés chinois, ni les Russes qui sont les alliés de ses alliés, ni les défenseurs de droits de l’homme qui aiment froisser les Russes et les Chinois, ni… Bref, les crises ne sont pas finies. D’angoisse chez les uns, et de rire à la rédaction.

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