Fin de vie, seconde partie

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(Vous pouvez retrouver ici la première partie de cet article)

Cet article nous est proposé par Régis Narabutin, artisan thanatopracteur et nouveau collaborateur régulier de Funéraire Info. Un réflexion passionnante et tout à fait personnelle sur l’euthanasie, que nous vous proposons en trois volets, la suite sera publiée les prochains mardi.

721675_20230566_460x306-300x199 Fin de vie, seconde partieL’ « Euthanasie d’exception » est quant à elle une proposition de Madame Nadine Morano alors Secrétaire d’État à la famille et qui consisterait en un « suicide assisté » à titre d’exception et de constatation d’échec de toutes les possibilités médicales par création d’une Commission Nationale d’Euthanasie à qui reviendrait le droit d’examiner les cas exceptionnellement graves.

Et enfin l’ « Euthanasie Active » qui est pratiquée chez nos voisins Belges et Néerlandais qui autorise l’intervention médicale en vue d’abréger les souffrances du malade en fin de vie au titre du droit de finir sa vie dans la dignité sans déchéance et dans le libre consentement.

Voici les trois formes d’euthanasie qui ont été proposées jusqu’alors….

Comment peut on envisager seulement l’un de ces cas dans le respect de la « loi morale » qui interdit le meurtre et de l’autre côté la nécessité impérieuse pour la société de se prononcer face d’une part aux 85 % des français favorables à une loi qui assurerait la dignité et le libre arbitre et d’autre part des groupes de pression comme l’association « Marie Humbert » ou l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité qui ont comme préoccupation fondamentale le droit d’éviter à leurs proches des souffrances intolérables et des situations conduisant (et l’actualité nous l’a déjà démontrée avec le cas de Chantal Sébire,) à un suicide en règle si j’ose dire faisant fi des lois et règlements.

Je n’aurai pas la prétention d’apporter aujourd’hui une solution miracle mais je pense qu’en tant qu’homme et en tant que Citoyen responsable et soucieux de ce qui un jour pourrait me toucher ou me concerner personnellement, il est possible de proposer des « pistes » qui feraient que la loi morale et la loi Législative puissent s’harmoniser afin d’apaiser les tensions et le climat d’hypocrisie il faut bien le reconnaître que la justice s’interdit de juger et encore moins de condamner.

Car bien souvent l’actualité, il faut en convenir, relate le cas d’une mère ayant mis fin aux jours de son fils tétraplégique comme l’affaire Humbert pour laquelle le Procureur de la République n’a même pas jugé bon de l’opportunité des poursuites devant une cour d’assises estimant que la maman et le médecin ont alors agi « sous l ’emprise d’une contrainte les exonérant de toute responsabilité pénale ».

Et la liste est longue, que dire alors du cas du Docteur Laurence Tramois et de l’Infirmière Chantal Chanel acquittées par la Cour d’Assises de Bordeaux dernièrement après deux années de procédures ou encore le 16/08/87 lorsque le Professeur Schwartzenberg, ancien Ministre de la Santé, révèle avoir aidé un patient à mourir…..Verdict?

Le Conseil de l’Ordre le suspend pour un an le 17/07/1990 et le Conseil d’État annule la sanction le 11/06/1993.

Le 3 février 1999, une infirmière de 49 ans exerçant dans une maison de retraite est mise en examen à Nice pour assassinats, elle reconnaît avoir aidé à mourir cinq patients âgés incurables de 89 à 97 ans, elle assure avoir agi avec l’accord des malades et de leurs familles et elle obtient un non-lieu en 2001 mais le comble de l’hypocrisie survient le 16 février 2005 lorsque le Docteur Joël De Bourayne, cardiologue à la clinique de la Martinière à Saclay obtient un non lieu après avoir été mis en examen le 3/07/2005 pour avoir euthanasié neuf patients, le tribunal dira qu’il s’agissait de soins palliatifs et non d’euthanasie!!!

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L’énumération de ces faits n’est malheureusement pas exhaustive et cela ne représente que les cas les plus médiatiques car il ne faut pas se leurrer, « l’euthanasie active » se pratique tous les jours dans tous les services lourds comme la réanimation, les services de gérontologie ou d’oncologie, tous les patients atteints de maux incurables ne sont pas pour autant dirigés vers un service de soins palliatifs.

Dernièrement, le 11 février 2009, le Journal Le Télégramme dans son édition de Guingamp consacrait une page entière au sujet de la fin de vie et donnait la parole au Docteur Denis Labayle suite à la publication de son livre déjà très controversé sur la fin de vie intitulé « Pitié pour les hommes ».

En effet, ce dernier expliquait non sans une certaine colère qu’en 2006 , il apprit que des soignants étaient encore mis en examen pour avoir aidée une patiente à mourir et que selon ses dires, l’hypocrisie judiciaire, médicale et politique dépassaient les bornes et c’est alors qu’il rédigea un manifeste où les signataires affirmaient avoir aidé à mourir des patients en fin de vie et soumis à des souffrances incontrôlables ….A sa grande surprise, ce manifeste réunit plus de 2000 signatures!

Si l’on se réfère à la loi Léonetti, on ne peut pas dire en toute honnêteté et sans prendre de position pour l’une ou l’autre des parties qu’elle ait fait preuve d’objectivité; elle est seulement parvenue à arriver à un consensus mais sans en aborder le sujet prédominant et fondamental.

Le texte est très ambigu et favorise des situations inacceptables comme le « laisser-mourir » en incitant le corps médical à utiliser si besoin est la dénutrition et la déshydratation et elle ne correspond pas à l’attente de nos concitoyens.

Au nom du respect de la vie, on a favorisé l’acharnement thérapeutique relate le Docteur Labayle, aujourd’hui mis hors la loi. Au nom du même aphorisme (Dogme) et cette même doctrine, on propose aujourd’hui un acharnement palliatif!

Malheureusement, aucune loi ne répond précisément à toutes les situations, elle ne peut que cadrer et répondre à des orientations données et c’est justement parce que nous n’avons pas de loi précise et responsable sur le sujet que nous sommes victimes de «dérapages» vivant dans une clandestinité malsaine et dommageable comme l’ont été à une certaine époque les « IVG » (Interruptions Volontaires de Grossesse) et qui ont données lieu à une loi précise autorisant les femmes désireuses de ne pas enfanter de pouvoir mettre fin à leur grossesse et ce jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée c’est à dire à un stade plus qu’embryonnaire puisque c’est à ce moment précis que semble se mettre en place le Système Nerveux Central et tout cela reste pourtant contradictoire avec le serment d’Hippocrate qui engage le corps médical à tout faire pour préserver la vie .

Avec le recul, on s’aperçoit que cette loi à remédié en grande partie aux avortements clandestins alors selon la « loi morale », fallait il légiférer sur une pratique que la morale réprouve sans pour autant ne pas tenir compte et oublier les situations de détresse et de désarroi que ces femmes vivaient sans parler des complications hygiéniques qui causèrent septicémies, infections et parfois la mort par des passeuses que l’on appelait alors « faiseuses d’anges » et dont l’une d’elle fut même guillotinée en 1942.

Autre cas tout aussi problématique au regard de la « loi morale », celui des recherches et des expérimentations sur l’embryon qui ne saurait être considéré comme un amas de cellules ou matériau de laboratoire et qui commande de traiter un être humain toujours comme une fin, jamais comme un moyen mais d’un autre côté, les puissants groupes pharmaceutiques et l’opinion publique manifestent leur désir de voir progresser la recherche médicale et c’est en ce sens qu’a été créée une loi vraiment attendue …La loi sur la bioéthique qui précise que sont tolérés à titre expérimental le recours au « bébé-médicament » et par conséquent, les parents dont un enfant est atteint d’une maladie incurable sont autorisés à recourir à une procréation médicalement assistée pour bénéficier du diagnostic pré-implantatoire dans le but de mettre au monde un enfant capable de guérir l’ainé grâce à des cellules souches prélevées dans le cordon ombilical à sa naissance…

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Cette loi confirme la loi Caillavet au sujet du don d’organe sur une personne décédée et qui stipule qu’en l’absence de refus de son vivant sur un registre établi à cet effet, cette absence de refus vaut un consentement présumé…

Respecte-t-on pour autant la volonté du défunt dans ce cas présent? Peut-être ignorait il tout simplement jusqu’à l’existence de cette loi? S’est il senti concerné au point de se manifester et d’écrire noir sur blanc sur un registre son refus catégorique de donner ses organes? A t-il seulement eu le courage de penser à cette question qui de fait induit sa propre mort et ne l’a-t-il pas relégué au profit de soucis moins noirs et plus urgents?

Mais il faut reconnaître que cette loi au nom de l’éthique et de la déontologie est rarement imposée à la famille du mourant car dans le cas contraire, la France ne serait pas en manque pour ne pas dire en déficit sur le plan des dons d’organes puisque le sujet revient fréquemment dans l’actualité par diverses campagnes d’information et de sensibilisation.

C’est ainsi que l’Agence de Biomédecine a été officiellement créée le 5 mai 2005 en se substituant à l’Établissement Français des Greffes et à la Commission Nationale de Médecine et de Biologie de la Reproduction et du Diagnostic Prénatal.

Qu’il s’agisse de la loi Veil du 17/01/1975 qui permit l’avortement dans des conditions de salubrité décentes et qui elle même venait compléter la loi Neuwirth de 1967 qui légalisait la contraception ou bien la loi Caillavet du 22/12/1976 sur le consentement en l’absence de refus écrit ou même la loi sur la Bioéthique de 2004 ou encore la loi Léonetti, aucune d’elles ne semblent répondre en tous points et de façon claire à la question originelle.

La justice et la médecine s’entendent également pour permettre l’Interruption Médicale de Grossesse qui n’a pas de limites dans le temps et qui peut intervenir à tous moments dès lors qu’il y a un danger vital pour la mère ou une malformation importante du fœtus, est ce pour autant assimilé à un crime ou un assassinat ? Autant de question qui divisent et qui ont trouvées un semblant de réponse à travers une loi au demeurant imparfaite mais qui semble convenir à la quasi-totalité de nos concitoyens.

(à suivre)

Régis Narabutin, Artisan thanatopracteur et Mouleur d’Art

Sources :

Le site internet de Wikipedia

Hubert Larcher d’après des discussions et des échanges de courriers personnels

L’ Odysée de la Conscience (Société de thanatologie en 1981)

Paul Clerc d’après des discussions et échanges de courriers personnels et d’après une étude faite par ce dernier au sujet des travaux d’Hubert Larcher.

(1) Rudyard Kipling est né le 30/12/1865 à Bombay et mort à Londres le 18/01/1936, c’était un écrivain, contemporain de Mark Twain et de Conan Doyle.

Le Livre de la Jungle et le célèbre poème intitulé « If » (Si, en français) le rendirent célèbre, il reçu le Prix Nobel de Littérature en 1907.

Ses cendres reposent dans le Poet’s Corner de l’Abbaye de Westminster.

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