Interview : Claire Sarazin

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Claire Sarazin est porte parole de l’ATF (Association des Thanatopracteurs de France).

ClaireSarazin-300x225 Interview : Claire SarazinParlez-nous un peu de vous, et votre parcours

Je suis Claire Sarazin, j’ai 38 ans et je suis Thanatopracteur indépendante, membre historique et porte parole de l’Association des Thanatopracteurs de France dont je suis aussi la secrétaire adjointe. Je suis également gérante de La Belfortaine de Thanatopraxie, Directrice pédagogique du centre de formation Thanatopraxie Art et Technique, intervenante à L’IFFPF ( Institut Francais de Formation des professions du funéraire), évaluatrice au CNT et co-administratrice du forum Thanatopraxie Art et Technique.
Je suis arrivée dans le milieu du funéraire à la fin des années 90. J’ai débuté comme gardien de cimetière, puis je suis devenue Thanatopracteur et j’ai intégré une entreprise de pompes funèbres et travaillé dans un crématorium avant de créer ma propre société de Thanatopraxie en décembre 2003.

Je ne suis absolument pas issue du sérail, je suis arrivée dans le milieu du funéraire par hasard alors que rien de m’y prédestinait. Mes débuts ont été très durs, d’autant qu’à cette époque on n’avait pas encore l’habitude de croiser des jeunes filles dans les parties techniques des pompes funèbres ou dans les morgues. Je me suis accrochée et je me suis prise de passion pour mon métier. Je consacre une bonne partie de ma vie à la Thanatopraxie, que ce soit en la pratiquant ou en sillonnant la France pour l’IFFPF, pour aller expliquer aux futurs professionnels du funéraire ce que sont les soins de conservation, en quoi ils consistent et leur intérêt tant pour les familles que pour eux. J’ai formé bénévolement une douzaine de stagiaires et je viens de créer une école avec mon associé Frédéric Vuillemez, qui gère avec moi le Forum Thanatopraxie Art et Technique. Forum que nous avons repris il y a deux ans avec un autre Thanatopracteur, Sébastien Boukhalo. J’ai fait partie du Jury National pendant trois ans et je suis aujourd’hui évaluatrice au CNT et porte parole de l’ATF.

Tout cela me prend beaucoup de temps mais je n’imagine pas ma vie autrement.

Et l’ATF ? Comment l’association a-t-elle été créée ?

En 2008, alors que j’étais membre du Jury National, j’ai reçu un courrier du Ministère de la Santé, Il s’agissait du projet de réforme du Diplôme National. Après avoir pris connaissance de son contenu et en particulier du passage qui remplaçait l’examen pratique par un simple oral, j’ai aussitôt contacté plusieurs de mes collègues du Jury mais n’ai trouvé d’écho qu’auprès de Karine Pesquera. Nous avons décidé d’envoyer massivement une lettre à la Ministre de la Santé de l’époque et de faire circuler une pétition, qu’elle s’est immédiatement proposée de rédiger avec Mélanie Lemonnier. J’ai ensuite appelé Christophe Taillieu, que je connaissais depuis quelques années et avec qui j’avais déjà participé à des réunions de Thanatopracteurs indépendants. Nous avons parlé des actions que nous pourrions mener pour sauver notre Diplôme et c’est à ce moment que l’idée d’une nouvelle association est née. Les sept membres fondateurs de l’ATF ont constitué le bureau et nous avons mené notre premier combat: Sauver notre Diplôme, combat que nous avons gagné, même si le Ministère a délégué la partie pratique de l’examen au CNT (le Comité National de Thanatopraxie, constitué des Directeurs des écoles de Thanatopraxie).
L’ATF n’a plus fait parler d’elle depuis 2009 mais n’a cependant jamais cessé d’exister et n’est pas resté inactive pour autant. Elle a organisé entre 2009 (année où nous avons tenu un stand au salon du Bourget) et 2011 par exemple, les démarches pour la sauvegarde du formol comme fluide de thanatopraxie auprès des instance européennes, la visite d’une usine de fabrication de fluide d’embaumement en Angleterre, celle d’un centre de retraitement de déchets ainsi que plusieurs voyages à l’étranger pour voir l’exposition de plastination du docteur GüntherVon Hagens.

C’est à la faveur des derniers événements qui ont chamboulé le paysage Thanatopraxique, que plusieurs de ses membres historiques tels l’ancien Président  Christophe Taillieu, Gaëtan Connant, Benoît Flament, Eric Minière,Quentin Delcroix, Sébastien Boukhalo et moi-même, avons décidé de relancer l’association. Pour mener à bien nos nouveaux objectifs, nous avons décidé de former un nouveau bureau dans lequel nous ont rejoints Michel Guenanten et Léa Messaoudi. 
Le but de notre association est de rassembler les Thanatopracteurs indépendants et leurs salariés pour œuvrer ensemble en faveur de  la sauvegarde et de la revalorisation de la Thanatopraxie libre et indépendante.
Nous ne prétendons pas devenir la police de la profession mais simplement, par un travail de fond auprès de nos confrères et des pompes funèbres, assainir nos relations et amener chacun à se responsabiliser.. Notre arme la plus efficace est l’information.
Nous avons choisi d’énoncer et non de dénoncer, car notre objectif est de rassembler et non de diviser. Les querelles intestines ont souvent gangrené les projets collectifs, c’est la raison pour laquelle nous avons choisi de concentrer notre réflexion sur la défense de la Thanatopraxie et non celle des Thanatopracteurs. C’est la profession et non l’individu que nous mettons en avant.
Des groupes de travail ont été créé au sein de l’ATF sur les principales actions que nous allons entreprendre.

Quels sont les actions de l’ATF, ses projets ?

L’ATF, par rapport à toutes les tentatives d’associations qui l’ont précédée et qui partaient toutes d’une même volonté de rassemblement et de défense de la profession, a une légitimité particulière eu égard à son histoire, à ses actions et à sa longévité.

Nous défendons avant tout la Thanatopraxie et même si nous sommes une association d’indépendants, nous sommes ouverts au dialogue avec tous les autres Thanatopracteurs. Notre combat est le leur également, même si à l’heure actuelle un fossé se creuse entre les deux « familles » de la Thanatopraxie. Nous ne souhaitons attaquer personne, simplement ramener nos confrères égarés sur de mauvais chemins à la raison, par l’information et la discussion. Les conditions de travail et les salaires des Thanatopracteurs se sont considérablement dégradés ces dix dernières années, ce qui a naturellement entraîné une baisse de la qualité des prestations. Il est temps d’arrêter la surenchère des soins les plus rapides et les moins chers et de se poser les bonnes questions. Notre objectif n’est pas de pointer du doigt d’éventuels fautifs, nous le sommes tous par notre passivité et notre incapacité chronique à nous fédérer, mais de redonner à notre beau métier ses lettres de noblesse et de revaloriser notre savoir faire pour que le nivellement se fasse enfin par le haut.

Comment s’organise l’ATF, concrètement ?

Tout Thanatopracteur, entrepreneur ou salarié d’une entreprise de Thanatopraxie ou d’une entreprise de pompes funèbres indépendante pourra prétendre à une adhésion dont le montant est fixé comme suit : 200 €euros pour les entreprises. 120 €euros pour les salariés.

Des groupes de travail ont été formés et mènent une réflexion sur:

_Les démarches nécessaires à l’obtention d’un code APE propre à la Thanatopraxie

_ La création d’un label qualité

_ La création d’un GIE et d’une centrale d’achat

_ La mise en relation des membres de l’association pour des échanges de services, tels que des remplacements par exemple.

Comment percevez-vous les différentes affaires qui ont émaillé le monde de la thanatopraxie, récemment ?

Si des mauvaises pratiques existent, elles doivent cesser bien-sûr, mais nous pensons que les affaires entre employés et employeurs doivent se régler aux prudhommes et non à la radio car ce genre d’intervention à une heure de grande écoute jette l’opprobre sur toute la profession. De plus, ce sont les employés en questions qui en ont subi les conséquences car ils ont été licenciés. Laissons la justice faire son travail. Ce n’est pas de cette manière que nous avons choisi de nous battre.

Un syndicat des thanatopracteurs s’est créé. Qu’en pensez-vous ?

A vrai dire, un syndicat existe déjà au sein de la CPFM, mais il s’agit d’un syndicat patronal. Je suppose que celui dont vous parlez est un syndicat salarial. L’ATF est favorable à toute initiative visant à sauvegarder, promouvoir et revaloriser la profession. Nous ne souhaitons pas opposer les uns aux autres ni être mis en concurrence avec le syndicat qui vient de se créer. Chaque structure a sa raison d’être et son intérêt. Nous respectons toutes celles et tous ceux qui se mobilisent pour la Thanatopraxie.

De par mon expérience personnelle, je sais à quel point il est difficile de se retrouver en première ligne et je ne ferai jamais subir à autrui ce que j’ai moi-même subi. Dès lors qu’on entreprend une telle action, il faut s’attendre à essuyer des jets de pierre et pour en avoir beaucoup reçu je n’en jetterai jamais, pas même pour les renvoyer.

Le mot de la fin ?

Ma devise : l’union fait la force !

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6 COMMENTAIRES

  1. Le SPTIS est un syndicat Professionnel donc ni patronal ni salarial, il vise à réunir les thanatopracteurs de différentes provenances et son but est de mener des actions cohérentes auprès des différents acteurs de la profession.
    Le fait d’être un Syndicat, sa légitimité et sa compétence sont juridiquement établies et reconnues puisque selon le code du travail, les syndicats professionnels peuvent devant toutes juridictions, excercer des doits réservés à la partie civile, relativement aux faits portants un préjudice direct ou indirect à l’intérêt collectif de la profession qu’il représente (article L.411-11 du code du travail). Une association en revanche ne le peut et son rayon d’action reste limité.
    La valorisation de cette profession passe aussi par un recadrage des pratiques délictueuses, lobyistes, opaques et illégales que nous avons pu constater ces derniers temps et qui ne sauraient être pratiquées dans un milieu comme le notre car ne perdons pas une chose de vue… L’intérêt des familles est en premier lieu ce que nous devons préserver au-delà des différences intra-professionnelles et au-delà de l’intérêt purement mercantile des différentes démarches entreprises jusqu’alors.
    Nous nous devons d’être exemplaires vu le caractère de service public que nous excercons et de la confiance que les familles mettent entre nos mains et même si certains ne peuvent se battre sur ce terrain du fait de leur statut ou de leur précarité, nous sommes aussi là pour les défendre et résolument décidés à ce que de tels faits ne soient plus reproductibles à l’avenir.
    Les syndicats d’alors étaient des syndicats exclusivement funéraires qui acceptaient pour certains la branche thanatopraxique que nous représentons maintenant * mais rien de concret n’était fait ou même étudié et surtout sans consultation des principaux intéressés !
    Il était grand temps de réagir et de ne plus se poser comme un accessoire des pompes funèbres mais bel et bien comme une profession respectable à part entière défendue par ces mêmes acteurs et pour ces mêmes acteurs.
    Nous sommes résolument contre toutes formes d’injustice, qu’elles se situent au niveau du déroulement des épreuves des examens jusqu’à la pratique de certains actes délictueux au sein de notre profession et qui n’ont pas lieu d’être.
    Avec le SPTIS, pas de membres historiques, seulement une synergie de personnes soucieuses de l’intérêt et de l’évolution de leur profession car l’Histoire c’est à ceux qui nous rejoingnent de l’écrire….
    Régis Narabutin, Artisan Thanatopracteur.
    * Les cotisations des Syndicats qui acceptaient les thanatoprateurs étaient basées selon un barème de chiffre d’affaire annuel réalisé, cela pouvait atteindre des cotisations dépassant allègrement les 350 € par an donc d’un thanatopracteur à l’autre, personne ne payait la même somme!
    Avec le SPTIS les cotisations sont identiques que vous soyez indépendants ou salariés et facturées selon un prorata temporis….

     
  2. L’ATF est une association de défense de la Thanatopraxie et non un syndicat. Son but est la sauvegarde, la revalorisation et la promotion de la Thanatopraxie. Nous ne prétendons ni ne souhaitons en aucune manière détenir le monopole de l’action en faveur de notre profession. Nous respectons, soutenons et encourageons toutes les initiatives en ce sens.

     
  3. Je ne vais pas épiloguer , toutefois je ne vois pas en quoi visiter des usines de retraitements de déchets ou de fabrication de fluides de conservation ou encore assister à des expositions du Professeur Von Hagens peut faire avancer la cause de la thanatopraxie ou de sa défense ?
    Mais le principal est de croire à ce que l’on fait et de le faire bien en effet, d’autant que je suis très heureux d’entendre parler de respect et de soutien de votre part…Comme quoi tout peut arriver quand la cause est noble!…

     
  4. Une simple précision: L’article 6 de la loi de 1901 permet de façon générale aux associations régulièrement déclarées et publiées d’ester en justice. Cette action peut aller au-delà de leurs intérêts propres. De nombreuses associations ont par exemple vocation à défendre des intérêts collectifs (environnement, protection des consommateurs…) prévus par leurs statuts, jouant ainsi un rôle de régulateur social.

     

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