Journée sans tabac, interview prosopopique de Monsieur Georges

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Dans le cadre de la journée sans tabac, nous avons eu la chance de rencontrer Monsieur Serge. Monsieur Serge est, pardon, était un militant anti tabac, qui, bien que récemment décédé, a été autorisé, par qui, nous l’ignorons, à nous accorder cette interview. Le voilà justement qui arrive.

Cigarette_in_white_ashtray-300x225 Journée sans tabac, interview prosopopique de Monsieur GeorgesFunéraire Info : Bonjour, Monsieur Serge !

Monsieur Georges : Ah non, moi c’est Monsieur Georges. Monsieur serge n’a pas pu venir, il a été empêché.

Funéraire Info : Ah bon ? Rien de grave, j’espère ?

Monsieur Georges : Non, non, il a juste sympathisé avec des vikings. Et ils l’ont convié à un banquet à la Table D’Odin précisément ce soir. On a beau être morts, on hésite à décliner une invitation de ces gars là, hein. Du coup, je me suis dit « Mon petit Monsieur Georges, tu peux y aller à sa place, après tout »

Funéraire Info : Bien sûr. Quoi d’autre ?

Monsieur Georges : Eh bien, moi, je suis mort du tabac. Et je voulais apporter un témoignage plein de reconnaissance et vraiment sans rancune.

Funéraire Info : Euh… Vous permettez que j’appelle notre avocat, d’abord ? Je sens venir l’apologie.

Monsieur Georges : Non. Je n’ai pas toute la journée, et puis je suis seul responsable de mes propos, non ? On va me faire quoi, un procès ? Me sortir de mon caveau pour me jeter en prison ? Me saisir mon cercueil ?

Funéraire info : Non, je suppose que non. Tiens, puisque vous êtes là, et que vous êtes manifestement mort vous aussi, je peu vous demander…

Monsieur Georges : Non

Funéraire info : Quoi, non ?

Monsieur Georges : Ben vous allez me demander comment c’est, l’au delà, non ? Et je ne peu pas vous le dire, sinon…

Funéraire info : Sinon vous devrez me tuer, après ?

Monsieur Georges : Non, sinon, vous allez le répéter partout, et un jour, il y a des types en blanc qui vont venir chez vous, avec un gilet très serré aux bras, et qui vont vous jeter dans une cellule capitonnée. Vous voyez ?

Funéraire info : Je vois. Tenons en au sujet de notre interview, d’accord ? Alors, comme êtes vous devenu fumeur ?

Monsieur Georges : Eh bien, voyez-vous, c’est simple : j’étais un adolescent rebelle. J’écoutais Nirvana, je m’habillai avec des jeans troués et des fringues informes, bref, j’étais à fond dans le grunge, et comme tous ceux qui étaient à fond dans le grunge fumaient, je me suis mis à fumer aussi. En rébellion, quoi. ,

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Funéraire info : Attendez… Vous voulez dire que vous vous êtes mis à faire comme tout le monde pour vous différencier des autres ?

Monsieur Georges : Euh non, c’est pas exactement… Euh… Passons ! Puis, j’ai continué à fumer. Pas parce que j’étais dépendant, parce que j’aimais ça. J’aimais ce goût de fumée, le gratouillis au fond de la gorge, tout ça. J’ai aimé tourner en bagnole le dimanche soir à la recherche d’un bureau de tabac ouvert, tout, vraiment. L’odeur de la clope froide le matin était douce à mes narine, de toute façon, je n’avais plus d’odorat, je m’en fichais.

Funéraire info : Et l’interdiction de fumer dans les bars et restaurants, vous en avez pensé quoi ?

Monsieur Georges : Oh, c’était une bonne idée.

Funéraire info : Vraiment ?

Monsieur Georges : Oui, bien sûr. Bon, ceci dit, les militants anti tabac, ils expliquaient qu’ils ne venaient pas dans les troquets à cause de l’odeur de la cigarette, mais quand on l’a interdite, ils ne sont pas venus non plus, ils ont préféré rester dans la rue, à respirer les gaz d’échappement. Et beaucoup de fumeur sont restés chez eux, du coup, les cafetiers ont fermé. Je ne dis pas que le chômage c’est entièrement leur faute, quand même ! Pas entièrement… Et vous savez ce que ça sent, maintenant, dans les troquets ?

Funéraire info : Non. Ca sent quoi ?

Monsieur Georges : La bière éventée, l’anisette et les dessous de bras.

Funéraire info : Ah. Bon, ensuite, vous êtes tombé malade ?

Monsieur Georges : Oui. Une maladie de fumeur.

Funéraire info : Et vous avez fait quoi, quand vous l’avez appris ?

Monsieur Georges : J’en ai allumé une, pour me réconforter.

Funéraire info : Mais votre maladie, jusqu’à votre mort, ça a coûté des sous, à la sécurité sociale !

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Monsieur Georges : Stop, je vous arrête ! Oui, j’ai coûté des sous à la sécurité sociale. C’est vrai. Mais j’ai cotisé à la sécurité sociale, non ? Et puis, j’ai versé combien de taxes, à l’état, sur mes paquets ? Et je suis mort jeune. L’état a économisé les trente ans de retraite qu’ils auraient dû me verser si je n’étais pas parti. Sans compter, comme je n’avais pas fini ma vie professionnelle, le petit jeune qui a pris ma place. Il était au chômage, un de moins.

Funéraire info : mais les chiffres disent que…

Monsieur Georges : réfléchissez : dans quel genre de société voulez-vous vivre ? Dans une société ou les interdictions sont faîtes en matière de chiffre ? Ou bien dans une société humaine, donc imparfaite ? Vous aimez le bon vin ?

Funéraire info : Oui, bien sûr, j’ai même une excellent cave dont je suis fier…

Monsieur Georges : Eh bien, je vais vous le dire tout de go : laissez les interdire la cigarette aujourd’hui, et un jour, ce sera votre pinard qui sera hors la loi. Un jour, pas tout de suite, mais un jour, on jettera les gens en prison parce qu’ils auront mangé un carré de chocolat. La, vous vivrez dans une société totalement sûre, mais il y aura toujours des gens pour grogner et demander plus de libertés. Vous voulez vivre vieux ?

Funéraire info : Oui…

Monsieur Georges : Alors, ne fumez pas, ne buvez rien d’autre que de l’eau bouillie, ne mangez que des légumes crus sans assaisonnement et cessez toute activité ludique.

Funéraire info : Et, avec ça, je vais vivre plus vieux ?

Monsieur Georges : Pas forcément. Mais ça va vous paraître beaucoup plus long.

Note : L’article ici présenté utilise une figure de rhétorique, à savoir la prosopopée. Vous pouvez y voir peut être de l’antiphrase, et y détecter de légères notes d’hyperbole. Il n’a pas pour but de convaincre « pro » ou « anti » mais peut être de provoquer un débat, si possible argumenté et courtois. Pensez donc à demander, avant d’allumer votre cigarette en commentaires, si cela ne dérange pas votre voisin.

 

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