Journées des patrimoines oubliés

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Ce week-end se dérouleront les journées européennes du patrimoine. L’occasion d’aller visiter nos beaux monuments à peu de frais. Mais, selon la définition que l’on donne au patrimoine, deux jours s’avèrent trop courts…

Si Versailles m’était compté… (1)

jep2012-300x203 Journées des patrimoines oubliés Bien entendu, les édifices livrés à l’attention des assoiffés de culture, des curieux, des touristes, des familles et des pingres seront ceux qui sont habituellement payants, voire clos. Tel ou tel fort sis sur un terrain militaire, une exposition organisée dans un tunnel habituellement dédié au tir, ou tout simplement les palais à l’entrée desquels il faut acquitter un écot, seront en libre accès.

Il est amusant de compter le nombre de riverains qui iront admirer la galerie des glaces ou les Châteaux de la Loire. Comme tout un chacun, certainement qu’ils connaissent mieux la région ou ils ont l’habitude de passer leurs congés que leur environnement immédiat.

Et les journées du patrimoine sont l’occasion d’attirer leur attention sur les merveilles ainsi visible depuis le seuil de leur maison, et dont la méconnaissance empourpre leur front lorsqu’on les interroge.

Musées, châteaux, monuments : voilà les bénéficiaires des journées du patrimoine. Notez, pas : « voici le patrimoine bénéficiaire », mais « voici l’infime part du patrimoine bénéficiaire ».

Non pas que Versailles ou le Louvre ne comptent pas dans notre patrimoine, loin de moi cette idée ! Ils en sont les dignes porte-étendards, des lieux ou l’histoire s’est décidée et faite, mais il ne faudrait pas qu’ils occultent les autres patrimoines.

Il n’y a pas de petit patrimoine

Le patrimoine ne devrait pas se résumer à quelques symboles ou s’enfermer dans des musées. Plus précisément, ne devrait pas être considéré comme du patrimoine que ce qui est enfermé dans les musées. Il en existe de toutes sortes, et il y en a généralement partout.

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Promenez-vous sur un chemin Breton : les croix et calvaires qui le parsèment ne sont pas là par hasard, ni par une quelconque opération du Saint-Esprit. Chacune a été dressée à un moment donné, pour des raisons précises et marquantes. Marquantes, certes, pour la population de l’époque, et certainement oubliée depuis, sauf des spécialistes. N’empêche : des idées ont dû germer, des décisions mises en œuvre, qui ont contribué, un peu, à forger le monde d’aujourd’hui.

Laissez-vous porter au gré d’un sentier provençal : peut être pourrez-vous croiser une petite fabrique artisanale d’huile d’Olive, si pittoresque et folklorique. Mais ce n’est pas que du folklore. La fabrication et l’utilisation de l’huile d’olive ont contribué à forger l’identité d’un peuple, sa gastronomie, qui s’est développée à tel point que certains doctes se sont penchés dessus, pour comprendre ses bienfaits.

Chaque région a ainsi son patrimoine, plus ou mins petit, plus ou moins matériel, des croix de granit aux pressoirs à olive, des forteresses en ruines aux blockhaus indestructibles.

Chacun de ces objets a été conçu et fabrique pour des raisons symboliques, qui ont forgé des mentalités et des cultures, et utilitaires qui ont modifié des modes de vie.

Patrimoine immatériel

Et c’est sans compter sur le savoir. Le savoir transmis d’une génération à une autre n’est pas le fruit d’une révélation aussi brusque inattendue. Chaque chose que nous savons est le fruit d’une lente maturation, de la découverte à la transmission. Comprendre et apprendre ce que l’on a compris.

Certes, il existe les livres pour cela, et ils sont importants. Mais quelle importance auraient ils si nous n’avions pas ce patrimoine tellement transmis qu’il en devient presque invisible, les lettres ? En d’autre terme, savoir lire et écrire. Elaborer un langage, l’améliorer, et finalement faire qu’il soit accessible au plus grand nombre, tout cela ne s’est pas décidé en un jour. Cette histoire là puise ses racines aux débuts de notre histoire.

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Savoir lire est un morceau de patrimoine qui porte en lui sa propre histoire.

Bien entendu, intituler ces festivités « Journées de certains patrimoines habituellement payants ou inaccessibles » serait fastidieux et partiellement, bien entendu, inexact. Il ne faudrait pas conclure, toutefois, que notre patrimoine entier est enfermé derrière ces murs, juste la partie qui a le plus de valeur et de besoin d’être protégée (2). Notre patrimoine, nous vivons en son sein, une grande partie est contenue en nous-même, et nous sommes en train de forger celui que nous transmettrons à nos héritiers.

  1. non, il n’y pas de faute, il s’agit juste d’un mauvais jeu de mots
  2. quoique, là encore, cela se discute, tant certains monuments négligés tiennent aujourd’hui plus du chef-d’œuvre en péril.

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