L’Eglise et la crémation : le tournant Vatican II

0
1308

C’est lors du concile Vatican 2, dont c’est le cinquantième anniversaire, que l’Eglise Catholique décida de prendre de nouvelles orientations pour mieux s’adapter au monde moderne. Les rites funéraires ont, bien entendu, suivi, un peu en marge.

La fin justifie la théologie

Concile_Vatican_II-215x300 L'Eglise et la crémation : le tournant Vatican II
Concile Vatican II

La théologie définit l’humain dans son ensemble comme une création de Dieu, et non pas uniquement son âme. C’est sur cette argumentation que l’Eglise s’était fondée pour interdire la crémation. En réalité, celle-ci avait été faite en réaction à la loi Française.

Le 30 mars 1886, le parlement Français vote une loi qui accorde la liberté de funérailles, laissant libre choix entre l’inhumation et la crémation. L’église catholique romaine bondit : elle y voit l’influence des Francs-maçons, qui cherchent ainsi à saper le peu d’autorité qui lui reste. Cinquante jours exactement après le vote de la loi française, l’Eglise promulgue un décret qui mentionne les Francs-maçons et condamne les promoteurs de la crémation en des termes peu élogieux « des hommes de foi douteuse ou liés à la secte maçonnique qui travaille activement à rétablir l’usage païen de brûler les cadavres humains ».

Toutefois, malgré l’argumentaire théologique qui fut déployé sur le

Pie-XII-248x300 L'Eglise et la crémation : le tournant Vatican II
Le Pape Pie XII

sacré du corps, ce qui posait réellement problème, c’est que les meneurs de la défense du droit à la crémation étaient tous de francs anti cléricaux, qui promouvaient la technique dans le but avoué de nuire à l’église en affirmant un symbole antichrétien. De son côté, le clergé rappelait à qui voulait l’entendre que les grands-pères de ces militants décapitaient des curés à qui mieux-mieux durant la terreur.

Lire aussi :  OrthoMetals à Funexpo, de nouvelles perspectives!

Le climat n’était donc pas à un débat apaisé.

Nouvel essai

En 1948, les crématistes « nouvelle génération » avaient abandonné leurs visées anticléricales. La loi de 1905 sur la laïcité était passée par là, et ces défenseurs de la crémation poursuivaient des objectifs différents : hygiène, d’urbanisme et économie publique.

jean-xxiii-241x300 L'Eglise et la crémation : le tournant Vatican II
Jean XXIII fit rédiger un décret autorisant la crémation pour les catholiques, mais mourut avant d'avoir eu le temps de le signer (ici lors de son discours d'ouverture de Vatican II)

Ils demandèrent donc audience au pape, qui leur fut accordée le 24 août 1948. ils exposèrent leurs arguments, mais le souverain pontife en place à cette époque, Pie XII, était personnellement opposé à la crémation. Il opposa un refus clair et net de faire évoluer le droit Canon. Les évêques présents, toutefois, qui avaient demandé au souverain pontife de recevoir les crématistes, furent plus réceptifs.

Une seconde tentative fut faite en 1953 : le Docteur R.H. Hazemann, de la Fédération Internationale de Crémation, s’adressa lui aussi au Pape, sur les conseils du Révérend Père Riquet prédicateur à Notre Dame de Paris, ancien déporté qui ne cachait pas sa sympathie pour la crémation. Nouveau refus.

La troisième, c’est la bonne

La Fédération Internationale de Crémation entendait revenir à la charge. Lors de leur congrès de 1961, ils écrivirent à tous les évêques du monde, en latin, pour les supplier de mettre la crémation au programme de Vatican II, qui devais s’ouvrir en 1962.

Paul-VI-224x300 L'Eglise et la crémation : le tournant Vatican II
Le Pape Paul VI signa le décret de son prédecesseur autorisant la crémation pour les catholiques. Il fit part de son voeu d'intégrer la crémation dans la liturgie, resté lettre morte aujourd'hui.

Malgré leurs efforts, la crémation ne fut pas inscrite à l’ordre des débats du concile. Mais le pape en place, Jean XXIII, qui allait mourir au milieu de Vatican II, faisait partie des évêques qui avaient entendu les crématistes, comme son successeur, Paul VI. Le premier avait rédigé un décret papal, que le second signa et promulgua, le 5 juillet 1963, à la surprise générale.

Lire aussi :  Chronique sépultures, les fleurs du deuil : Couleurs d'Ailleurs

« L’incinération du corps n’affecte pas l’âme et n’empêche pas la toute-puissance de Dieu de lui restituer son corps. Il ne s’agit pas d’une pratique intrinsèquement mauvaise ou, de soi, hostile à la religion chrétienne » (…) « C’est pourquoi, lorsqu’il est reconnu que l’incinération des cadavres s’accomplit pour des raisons graves, surtout d’ordre public, l’Église (Catholique Romaine) ne s’y oppose pas » (…) « le vaste effort inauguré par le Concile (Vatican II) d’adaptation de rites séculaires aux exigences de la vie dans le monde d’aujourd’hui, permettra sans doute d’intégrer progressivement l’incinération dans la symbolique chrétienne ».

Et pour conclure

Cette tolérance de la crémation, dans un pays qui comptait 85 pour cent de catholiques en 1963, contribua à l’essor de cette dernière, dans une certaine mesure, quoique d’autres interprétations n’y voient pas de liens. Les catholiques intégristes, qui déjà avaient rejeté les conclusions de Vatican II, refusèrent d’autoriser la crémation à leurs ouailles. Un certain nombre d’entre eux entrèrent en rébellion ouverte et furent excommuniés.

Aujourd’hui, si la crémation est bien acceptée par l’Eglise, elle cherche toujours un moyen spécifique de l’intégrer en tant que telle dans la liturgie, par le biais d’obsèques spécifiques.

Votes !

LAISSER UNE RÉPONSE