La (mauvaise) humeur de Guillaume

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la_peste_by_bonbon_a6dule-d339pd3-194x300 La (mauvaise) humeur de GuillaumeJe ne sais pas si vous faites partie de ces gens qui vont parfois dans le rayon livre des supermarchés. Ce sont généralement d’immenses tables où sont posés des livres qu’on ne trouve pas dans les bonnes librairies. Celles dont elles ne veulent pas parce qu’ils sont mauvais.

Il faut arrêter avec ce politiquement correct qui consiste à expliquer qu’ « on ne dis pas ”c’est nul”, on dit ”j’aime pas” » parce loin d’être une forme de courtoisie, c’est surtout une permissivité décadente mâtinée de mauvais goût. Il y a des livres mauvais, voire franchement nuls, et il faut le dire, sinon on finira par ne plus trouver qu’eux.

Dans les supermarchés, donc, sont mis en avant les livres qui, dans les bonnes librairies, sont cachés. Il y en a bien un peu, dans les librairies, parce qu’il faut payer le loyer, mais ils sont dans un petit rayon, au fond. C’est stratégique : quitte à s’abaisser en vendant n’importe quoi, le libraire s’offre le petit plaisir de vous forcer à vous humilier en traversant tout le magasin avec votre Marc Levy sous le bras, sous les regards moqueurs des clients qui eux, lisent de vrais livres.

Dans les supermarchés, soyons honnêtes, aussi, il y a de vrais livres, de bons livres. Généralement en septembre, quand les listes d’œuvres qui se retrouveront au BAC de Français sont tombées. Mais essayez d’y trouver un opus de Schopenhauer ou de Lautréamont, et écrivez-moi si vous y arrivez, je vous offre mon tee shirt préféré.

Bref.

Parmi ces mauvais livres qui se vendent par palettes entières au supermarché, donc, il y a les livres de célébrités, où ils expliquent comment faire face à la mort de sa maman, son papa où son poisson rouge.

Je ne sais pas trop comment ça se passe. Parfois, je me demande si nous n’assisterions pas à des scènes du type :

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le téléphone sonne. La célébrité s’avance vers le combiné, décroche, parle peu, écoute beaucoup. Elle remercie et repose l’appareil sur le combiné. « Qu’est-ce que c’était ? » lui demande son ou sa conjoint(e) « Maman est morte » répond la vedette. « Mince ! Qu’est ce que tu vas faire ? » s’enquiert son ou sa conjoint(e) « Écrire un livre, je pense » répond la vedette.

Trois mois plus tard, on retrouve le livre sur les rayons du supermarché, l’interview de la célébrité dans tous les magazines littéraires (Télé Z, Voici, Gala…) et sa critique dans les magazines de mode, entre le test du nouveau Gloss et du « soutiens-gorge qui vous fait les seins ronds et fermes de vos vingt ans », preuve à l’appui avec ladite pièce de lingerie portée par une mannequin qui doit en avoir dix neuf à tout casser. Une critique qui explique en substance « Un livre sensible où (inscrivez ici le nom de la vedette) se livre avec tendresse et pudeur ».

Eh bien, non. Non, non, non et mille fois non. Le livre n’est pas « sensible », il est mièvre, et comment peut-on oser parler de « tendresse » tandis qu’on se fait du fric sur la maladie de sa propre mère (ou son propre père) et de « pudeur » tandis qu’on narre par le menu son agonie, jusqu’au moindre épisode d’incontinence ?

En réalité, il y a trois style de vedettes qui écrivent des livres sur leur deuil.

Le premier type, ce sont ceux qui y voient une bonne occasion de gagner quelques droits d’auteur, tout en gagnant une couverture médiatique suffisante pour relancer leur carrière. Ce sont des profiteurs. Ceux là sont des psychopathes : incapables d’amour ou d’empathie, seule compte leur personne. Leur niveau émotionnel est à peu près égal à celui d’une mygale (qui ne ressent aucune émotion).

Le deuxième type, c’est le donneur de leçons. Ainsi, la vedette expose dans le détail la souffrance de son être aimé, et tout ce qu’elle a dû endurer, pour ensuite expliquer « comment gérer la douleur, oui, c’est dur, mais moi j’y suis arrivé et je vous explique comment on fait ». C’est la vedette qui explique à Télé 7 Jours « ce livre, je l’ai écrit pour les autres » parce que comme elle est une vedette, elle sait tout mieux que tout le monde. Diagnostic : narcissisme et mégalomanie.

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Le troisième type, c’est ce bon vieux misérabiliste. La vedette qui explique à quel point elle a eu bien du malheur, et que le destin s’acharne sur elle, songez, alors qu’elle va faire Bercy, que son album se vend par palettes entières et que le pognon tombe de tous les côtés, sa mère est morte. Quel destin tragique ! Sûrement que l’ouvrier qui se lève à quatre heures du matin pour aller bosser sur sa chaîne au SMIC et dont le père vient de s’effondrer victime d’un infarctus compatira. Ce genre de vedettes essaie de vous inspirer de la pitié pour vous pousser à acheter son mauvais disque. La différence entre elle et un SDF qui essaie de vous soutirer quelques pièces dans la rue, c’est que le SDF essaie de conserver toute la dignité possible.

Il y a un quatrième type de vedettes : celle qui vivent leurs joies et leurs peines loin du public, en privé. Celle qui pleurent leurs parents défunts dans l’intimité de leur famille, n’en font pas un livre, ni même mention en public. Ceux qui séparent l’art de leur vie privée, ceux qui ne se considèrent pas comme des gens exceptionnels dont l’affliction peut servir à édifier les masses. Ceux qui réagissent, en un mot, comme des gens normaux, et ceux-là, je les aime bien.

Les autres me feraient presque comprendre les autodafés. Presque.

(Les propos tenus ici n’engagent que leur auteur)

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