Le mariage pour tous voté en grande pompe funèbre

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La loi sur le mariage pour tous a été votée aujourd’hui par 331 voix pour, 225 voix contre et 10 abstentions. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Impossible de le savoir, en réalité, alors que la société est en pleine déliquescence, jusque dans les services mortuaires…

Mariage gay mais vie triste

7752364770_la-mariage-homosexuel-le-projet-de-loi-du-gouvernement-300x300 Le mariage pour tous voté en grande pompe funèbreNous nous garderons bien de prendre position vis à vis du mariage homosexuel, sur lequel nous sommes divisés jusque parmi les collaborateurs de Funéraire Info. Conscients de la problématique du sujet, nous y avions consacré un article, portant sur la transmission et le patrimoine.  Ceci n’est donc pas un article pour ou contre, telle n’est pas notre éthique, ni notre propos : si, d’aventure, nous nous aventurerions dans les contrées du journalisme généraliste et d’opinions, alors nous aurions perdu notre âme.

Force est de constater que le mariage pour tous mobilise beaucoup d’énergie : énergie politique, sociale et médiatique. La navette parlementaire est en route, les manifestations réunissent, d’après notre propre chiffrage, entre 400 000 et 1 300 000 manifestants (avec une marge d’erreur de 900 000 alors que nos confrères de la presse sont allègrement au million) et il est difficile d’échapper à un article ou un reportage sur le sujet (au passage, nous nous excusons auprès des lecteurs qui auraient cherché refuge ici en espérant entendre parler d’autre chose).

C’est une bonne chose, mobiliser de l’énergie. Ou pas, c’est selon : on peut déployer beaucoup d’énergie à apporter le confort moderne et la lumière dans tous les foyers, ou l’on peut utiliser exactement la même pour réduire en cendre Hiroshima.

Au passage, notons que l’énergie déployée, l’intelligence mise à contribution, les éléments analysés sous toutes les coutures, laissent toujours une place, parfois infime, ou le détail qui tue, au sens figuré, et parfois propre, va se loger. Puisque, en cas de mariage, la publication des bans est obligatoire, par exemple, cela veut-il dire que les vrais homophobes pourront tranquillement aller collecter le nom et l’adresse des homosexuels, à des fins tout sauf bienveillantes ? Il semblerait que personne, hormis le directeur de publication de notre journal qui m’a soufflé l’idée, n’y ait pensé…

Stars et caprices

Parce que le mariage pour tous n’est pas une priorité. Bien sûr qu’il l’est, pour les homosexuels concernés, mais il est secondaire en ce sens qu’il ne participe pas à l’intérêt général, constatation certes pragmatique et triste, néanmoins lucide : cette énergie, on en a besoin ailleurs.

Et la colère des opposants se trouve amplifiée, peut être par la méthode gouvernementale (qui n’a rien d’inédit, quel que soit le régime), mais aussi parce que, lorsqu’ils rentrent chez eux le soir, ces manifestants, frustrés de na pas selon eux avoir eu la parole, et qu’ils entendent aux actualités la montée du chômage, l’augmentation des impôts, la baisse des budgets, des fermetures d’usine par ci, par là, ils se disent que la Président de la République fait un caprice, au lieu de se préoccuper de ce qui est important.

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L’on se prend à dire que si François Hollande avait proposé cette loi sur le mariage gay, après quatre ans de mandat, alors que le chômage était repassé sous la barre du plein emploi, la dette résorbée, bref, la crise vaincue, les opposants auraient été beaucoup moins nombreux et virulents.

Cette loi, à ce moment précis, sonne comme un arrêt funeste : au bout d’un an de mandat, nombre de nos concitoyens pensent que le président va échouer à redresser la France. Que fait ce dernier ? Au lieu de multiplier les initiatives, mobiliser ses ministres exclusivement sur ce qui permettrait à tout un chacun de garder un emploi et la sécurité d’une retraite, il lance la mariage pour tous en grandes pompes. Le message qu’il croit lancer est « je tiens mes promesses de campagne », mais ce que les Français entendent, c’est simplement « Je ne peu rien faire d’autre ». Ce message a été entendu comme un aveu d’impuissance, une confirmation donnée aux Français déçus que celui-là non plus ne fera rien pour eux.

Après, il y a le folklore, ou presque : Frigide Barjot qui harangue les foules mi-galvanisées par son discours, mi gênées par le patronyme de leur leader, Jean François Copé qui écume les librairies à la recherche d’un éventuel “Manifester pour les nuls”, les tentatives de récupération politiques du mouvement, toutes ces petites choses qui nous font dire que les manifestations ne s’improvisent pas.

Quand on n’a que l’amour…

Succomberais-je à la démagogie en affirmant que, pendant que des milliers de CRS, de policiers en uniformes ou en civil, sont mobilisés pour encadrer cette manifestation, l’on profane allègrement les cimetières dans un silence assourdissant ? Oui, les manifestations sont légales, et la liberté d’expression est primordiale. Mais elle mobilise aussi les forces de la république, et l’argent du contribuable. C’est inévitable dans une grande démocratie comme la nôtre, à moins que… A moins que je ne succombe un instant, ne mette de côté ma neutralité journalistique et ne laisse entrevoir mon côté militant ? Allez, mes confrères de la presse le font allègrement, je ne m’en prive pas, exceptionnellement : à moins que notre démocratie dite “représentative” ne soit remplacée par une démocratie participative, où, lors des grands débats de société, chaque citoyen aurait possibilité de s’exprimer lors d’un référendum, une “votation”, disent nos voisins Suisses, chez qui le système fonctionne très bien. Un temps de parole égal et réglementé pour chacun dans les médias, la possibilité d’exprimer son opinion, plus besoin de manifester. Ni de consacrer du temps de cerveau de ministre à cela. Parce qu’il faut bien le constater, et je clôturerai là cette parenthèse militante, la démocratie représentative a lamentablement échoué.

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Un exemple édifiant nous a été donné l’autre jour : un homme, qui avait vu sa mère décéder son domicile, un vendredi en fin d’après midi, a été forcé d’appeler la gendarmerie puisque ni le médecin de famille, ni SOS médecins, ni le SAMU, ni les pompiers (à juste titre pour ces derniers) n’ont voulu se déplacer.

Quel est le rapport ? A priori, aucun. Mais imaginez un brave homme, qui de plus en plus chaque jour voit son emploi menacé, son pouvoir d’achat diminuer, qui fait durer ses lunettes au maximum parce qu’il faut huit mois pour avoir rendez-vous chez un ophtalmologiste, qui espère que ses dents ne vont pas trop le faire souffrir parce qu’il n’a pas les moyens de payer des frais dentaires que sa mutuelle rembourse de plus en plus mal, et qui se voit infliger ce coup de grâce, peiné par la mort d’un être cher, de devoir attendre que quelqu’un daigne prendre sa peine en considération, que va-t-il se dire, ce brave homme, en constatant que son président, celui de tous les Français, mobilise des ministres sur le mariage pour tous, lance une guerre au Mali, puis finis son intervention en espérant une amélioration, peut être l’année prochaine ?

C’est la nature humaine : le ventre plein, son emploi, son avenir et celui de ses enfants assuré, des lunettes adaptées à sa vue et des dents saines dans la bouche, on est beaucoup plus indulgent, et certainement, beaucoup auraient pensé au mariage pour tous avec une bienveillante indifférence. Mais lorsqu’on lit dans le journal que notre situation est si dramatique qu’il n’y a même plus un médecin capable de se déplacer pour signer un certificat de décès, alors l’on se dit que ceux qui étaient censés améliorer la situation ont tout simplement laissé tomber pour faire autre chose.

Et deux mots commencent à courir, à droite à gauche, sur le web, dans les journaux, murmurés au coin des manifestations : « guerre civile ». Il n’y a qu’un seul moyen d’éviter d’en arriver là : après le mariage pour tous, travailler sur des sujets concernant, l’emploi, la crise, l’économie, ou démissionner, pourquoi pas, reconnaître qu’on n’est pas capable de réussir sa mission et passer la main, c’est aussi une forme d’honneur. Tout, absolument tout, sauf paraître dire « vos problèmes, je m’en fous, je suis occupé à autre chose ».

Quelle que soit votre opinion, reconnaissez-le : on aura beau donner à deux hommes ou deux femmes qui s’aiment le droit de se marier, si ils n’ont pas de travail, pas d’argent, pas de perspectives d’avenir, je ne suis pas certain qu’ils seront beaucoup plus avancés.

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