Low cost, l’obsession du prix, la (mauvaise) humeur de Guillaume

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La mode, si l’on peut parler de mode, est au low cost, avec ou sans justifications sociales. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Un râleur patenté se penche sur la question.

visu-concours-tv-for-free7 Low cost, l'obsession du prix, la (mauvaise) humeur de GuillaumeEmile Durkheim a dit « Une civilisation qui ne prend plus soin de ses morts est une civilisation perdue ». Saviez-vous qu’Emile Durkheim est l’un des penseurs à qui l’on attribue le plus de citations qui sont probablement inventées ? Tout professeur d’université sait ça. Pourquoi Durkheim plutôt que Platon, ou Descartes, par exemple ? Peut être parce que Platon ou Descartes sont lus.

Mais je digresse : cet article n’est pas une charge contre la sociologie.

Ce n’est véritablement une charge contre rien, d’ailleurs. Une interrogation, plutôt : qu’est-ce qu’ils ont tous avec les obsèques « low-cost » ? C’est vrai, c’est agaçant, cette manie des anglicismes. Pourquoi ne pas dire « obsèques bon marché », « obsèques pas chères » ou « obsèques bradées » ? Est-ce qu’il y aurait un problème à parler d’argent en Français ?

Le problème qui se pose est pure schizophrénie : faire passer aux clients un message, « les obsèques ne sont pas chères », donc qu’elles ne vont pas les ruiner, tout en évitant par-dessus tout de faire comprendre aux gens que « les obsèques ne sont pas chères », donc qu’ils vont passer pour d’indécrottables pingres lors de ce moment douloureux.

Il est clair que les obsèques sont un poste de dépense rare, heureusement, mais important : à 2500 euros en moyenne le convoi, cela représente un peu plus d’une fois et demie le salaire moyen du Français. Des solutions existent cependant pour étaler ce coût, où le prélever sur le compte du défunt. Toutefois, cela reste une somme. Et l’honorable corporation des pompes funèbres traîne une réputation de vautours que s’enrichissent sur le deuil des gens. Réputation injuste, mais à laquelle tout le monde pense lorsque vient la facture.

Mais les obsèques à coût bas, partant d’une bonne intention, peuvent, pourraient, avoir un impact négatif. Voici surgir un florilège d’offres à sept ou huit cent euros. Le client qui vient de payer trois mille euros pour l’enterrement de sa grand-mère peut se demander « Mais qu’est-ce qu’ils ont fait de la différence ? ». Mauvais réflexe, mais humain : après tout, dans l’absolu, ça reste la même chose, quatre types en costume qui descendent une boîte en bois dans un trou.

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De même, comment expliquer au client, pour certaines offres, qu’il ne répond pas aux critères, et que, parce que son cher disparu n’est pas mort dans le bon hôpital, ou ne se fait pas inhumer dans le bon cimetière, il devra payer le double du prix inscrit sur la vitrine ? Certes, ces éléments ont une justification pragmatique. Mais n’importe que croque-morts débutant sait que, dans ces moments là, certaines familles sont tout, sauf pragmatiques.

Il y a encore du travail là-dessus. Mais là n’est pas le cœur du problème. Le problème vient de cette mise en avant en elle-même.

Beaucoup de ceux qui, aujourd’hui, se lancent dans ce créneau des obsèques « low-cost » mettent cet argument en avant. En grandes lettres fluorescentes dans la vitrine, en liens clignotants sur internet, répété en boucle sur le message d’attente du téléphone.

« Venez, venez nous confier votre cher disparu » clament-ils, « on n’est pas cher ». Et les gens viennent. Ils viennent parce qu’ils pensent que les pompes funèbres sont trop chères, ils viennent parce qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent, ils viennent parce qu’ils pensent peut être manquer un jour d’argent et ont peur de la gaspiller. Ils viennent, et ils se font avoir la plupart du temps.

Ils se font avoir sans véritablement se faire escroquer, parce que piégés dans une spirale ou seul compte l’aspect financier. Un peu gênés, et craignant peut être, s’ils sortent du cadre imposé de la formule, comment pourraient ils demander des suppléments ?

C’est bien cela dont il s’agit : les obsèques « low-cost » sont une formule. Pas une formule particulièrement attractive, mais une formule, avec ce que cela implique de rigidité. L’objectif d’une formule « low cost » est clairement de minimiser les coûts en augmentant la productivité. Foin de personnalisation chronophage, de demandes particulières, c’est tout le monde pareil.

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Or, le défunt est unique. Pensez à la formule « N’oubliez pas que vous êtes unique, comme chacun de nous l’est ». Je ne sais pas de qui c’est. On n’a qu’à dire que c’est Durkheim. Même si les pour les pompes funèbres un défunt, c’est un défunt, pour ses proches, il est unique. On l’aimait, on a partagé bons et mauvais moments avec lui, on a envie que ce moment de la séparation soit fort. Mais parce qu’on n’a pas d’argent, il devra avoir les mêmes obsèques que l’anonyme de la veille ?

Si le coût des obsèques est rédhibitoire, plutôt que de se précipiter sur une formule « low cost », pourquoi ne pas faire des devis en expliquant son cas ? Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas de honte à ne pas avoir d’argent. Mais d’un côté, vous vous trouverez face à un professionnel qui vous explique ce que vous aurez pour ce prix là, et dans l’autre, face à un professionnel qui cherchera des solutions pour rendre hommage à votre défunt en respectant votre situation. La différence, peut être, est là : vous constaterez qu’il n’y a pas de différence de prix, ou minime. La différence n’est pas dans les grilles tarifaires, mais dans la façon de présenter les choses. Et l’un vous parlera de son produit, l’autre vous parlera de celui que vous aimiez et que vous avez perdu.

Ca ira mieux pour l’humain en général, et puis aussi, la fin du “low cost”, ça ira mieux pour la langue Française.

C’est un peu caricatural. Mais c’est un billet d’humeur. Si l’on devait y être de bonne foi et factuel, voilà un genre littéraire qui disparaîtrait rapidement.

Vous pouvez réagir : après tout, c’est un peu l’objectif. L’auteur ne prêtent pas asséner une opinion, juste faire réagir pro et anti. Restez courtois dans l’expression de vos opinions. Merci.

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