Margaret Thatcher, le choix de la crémation

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Margaret Thatcher "Elle a les yeux de Caligula et la bouche de Marilyn Monroe" disait d'elle François Mitterrand

On sait tout, ou presque tout, de la carrière politique, et même de la vie privée, de Margaret Thatcher, la Iron Lady qui devint premier ministre britannique. Un passage de sa vie politique est néanmoins plus ignoré, qui a sans doute hâté son arrivée au pouvoir

Les dames du temps jadis

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Margaret Thatcher "Elle a les yeux de Caligula et la bouche de Marilyn Monroe" disait d'elle François Mitterrand

Janvier 1979 : l’Angleterre, au bord de la faillite, n’augmente plus ses fonctionnaires, ce qui fait monter la grogne, et de ces derniers, et des contribuables, lessivés, qui ne veulent pas voir se lever de fiscalité supplémentaire pour rétribuer ceux qu’ils considèrent comme des « privilégiés ». Les grèves se multiplient. C’est dans ce contexte que, fin janvier, les fossoyeurs rejoignent le mouvement à Liverpool.

Local, le mouvement prend une ampleur nationale, lorsque la municipalité en appelle au premier ministre travailliste James Callaghan, pour résoudre cette crise sociale qui risque de tourner en crise sanitaire, et en drame moral : depuis dix jours, aucune inhumation n’a eu lieu. Les cercueils sont entreposés dans une usine désaffectée, devenue une sinistre morgue aux murs lépreux, sans aucun équipement adéquat pour la conservation des corps.

L’odeur y est méphitique, et la dirigeante du parti conservateur, Margaret Thatcher, interpelle solennellement le parlement : la situation ne peut plus durer. Miss Maggie, dans la droite ligne de la politique qu’elle conduira une fois au pouvoir, quatre mois plus tard, demande l’envoi de casseurs de grève, pour procéder aux inhumations.

Les autorités sanitaires locale avertissent le premier ministre qu’en guise de « mesure d’urgence », il va falloir songer à une immersion en pleine mer des corps. Le tollé est général : les églises s’en mêlent, le député conservateur local organise une manifestation pacifique pour s’opposer à cette solution, et le premier ministre n’a d’autre choix que de prendre une décision.

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Dans une Angleterre en faillite, dont la monnaie subit une dévaluation sans précédent, écrasée par les impôts et dont le taux de chômage bat chaque mois de nouveaux records, plutôt que de sembler céder aux pressions de Margaret Thatcher en embrassant ses mesures, James Callaghan accorde une augmentation de 40 % aux fossoyeurs, avec la promesse de payer les jours de grève et les heures supplémentaires nécessaires pour rattraper les quinze jours, au total, de travail manqué, et leur demande poliment de « bien vouloir reprendre le travail ». La dame de fer fond sur lui comme à l’heure de la curée. Dans l’esprit public, James Callaghan est désormais tenu pour un faible.

La Dame de Fer chauffée au rouge

Le signal envoyé aura un retentissement majeur dans l’opinion publique britannique : les Anglais, persuadés que les grévistes auront saisi le signal qu’une « prise d’otage » est efficace, supplient littéralement Margaret Thatcher de les conduire hors de cette situation, ce qu’elle fera trois mois plus tard, en mai 1979. Un de ses ministres déclarera que les fossoyeurs de Liverpool et d’ailleurs ne « creuseront jamais de trou assez profond pour se mettre à l’abri » si ils contrarient Madame Thatcher.

Et la crémation, autre conséquence plus subtile, rencontrera dans les années suivantes un succès qui ne se démentira jamais. Le citoyen britannique, déjà à l’aise avec ce procédé, préférera vivement y recourir plutôt que de finir en Fish and Chips maritime.

L’on ignore si ces deux phénomènes sont liés, mais la Dame de Fer sera crématisée à l’issue de ses obsèques. C’est au Mortlake Crématorium que se déroulera la sublimation, là ou, il y a quelques années, son époux avait lui aussi été mis à la flamme.

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Le Mortlake Crematorium

Alors, oui, l’on pourra gloser : peut être que la Dame de Fer craignait que les fossoyeurs ne se vengent à titre posthume de son attitude vis à vis d’eux, des appels à « les mater » qu’elle avait lancé à James Callaghan et de la façon de vengeance par ricochet qu’elle avait appliqué sur les mineurs, peut être aussi que la corporation n’attendait que cela, enterrer la Dame de Fer à l’envers, mais en un ultime pied de nez, ou geste de mépris peut être, elle leur échappe.

Ce sont les crématistes, à qui elle a toujours fichu une paix royale, qui se chargeront de sa dépouille. Jusqu’au bout, Madame Thatcher aura refusé de se faire enterrer, aussi bien par les hommes que par l’histoire.

Le site du Mortlake Crématorium est ici, pour les petits curieux

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