Mélenchon, dommage à Thatcher

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thatcher_0-217x300 Mélenchon, dommage à ThatcherBien entendu, l’on peut dire du mal des morts. Prenons un exemple : un écrivain, un très très mauvais écrivain, qui ânonne des clichés dans une langue digne d’une dissertation de cours élémentaire. Non, non, non, je n’ai cité ni Marc Levy ni Guillaume Musso, c’est vous qui y pensez. Selon le principe du respect dû aux défunts, l’écrivain mauvais, sitôt trépassé, deviendrait instantanément un immense génie littéraire. Ca n’est juste pas possible. Pas acceptable.

Bien sûr, il y a le droit de critiquer, non pas un défunt, mais son œuvre, ce qui va rapidement mener à la conclusion que les deux sont indissociables. L’écrivain suscité, comme le bon écrivain, s’inspirent tous les deux de leur vie, et de leur façon de voir les choses, leur moi profond, si vous voulez, et au bout d’un moment, l’on sera obligé de lire l’oeuvre au regard de la vie de l’homme. Si l’on trouve les « Chants de Maldoror » si mystérieux, c’est que l’on sait très peu de choses sur le Comte de Lautréamont. Si l’on relit « Le seigneur des Anneaux » en parallèle avec la biographie de Tolkien, l’on réalise qu’il y a bien plus dans ce livre qu’une histoire imaginaire avec des elfes.

Et il en est ainsi de tout, que l’ouvre soit littéraire, musicale, politique, tant qu’on laisse à la postérité une action, ou des actions, qui ont influé sur la vie des gens. Critiquer l’oeuvre revient à critiquer son auteur, et le respect dû aux défunts ne tient pas. Il faut en être conscient lorsqu’on choisit de laisser une œuvre.

Mais il est une autre donnée inaliénable, c’est la peine des familles. Quelle qu’ait été leur postérité, les défunts laissent un entourage aimant, peiné par leur disparition, et cela aussi se respecte, en vertu de l’adage « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasses à toi même ».

Et il y a tous les autres, tous très éloignés. Ceux qui ont fait le bien, ceux qui ont fait le mal, ceux qui on fait les deux, et ceux dont cela dépend de ou l’on se place.

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Un cas délicat est celui des politiques, qui déchaînent les passions. Surtout quand il s’agit de Margaret Thatcher.

La dame de fer était une icône du libéralisme, système qui a pour doctrine de laisser l’économie se gérer elle-même, ce qui déplaît forcément au socialisme, qui considère que l’économie ne doit pas faire quoi que ce soit sans que l’Etat ne l’ait autorisé. Pour ce faire, elle utilisait des méthodes parfois brutales. Certains pensent qu’elle a eu raison d’agir ainsi, d’autres au contraire qu’elle était une sorte de monstre.

Elle est morte, c’est fini, elle est désormais une étape dans la chronologie de l’Angleterre sur lequel les historiens vont pourvoir commencer à travailler sereinement. Dans quelques jours, parce qu’en attendant, sa famille, ses proches, vont l’enterrer et la pleurer. Il semble juste de les laisser faire en paix. Ce n’est ni une béatification ni une absolution, selon le camp ou l’on se place, que l’on cherche ici, mais juste une pause, un « moment de décence » ou l’humain ferait office de transition entre la femme politique et le personnage historique.

C’est ce moment là que lui a refusé Jean-Luc Mélenchon, en Twittant « Margaret Tchatcher apprendra en enfer ce qu’elle a fait aux mineurs » et écorchant, au passage, le nom de la Iron Lady.

L’on pourra minimiser le fait en prétendant que Jean-Luc Mélenchon est tombé dans le piège de l’immédiateté, de l’internet, mais c’est une fausse excuse. Déjà, parce que l’on pense ce que l’on veut de lui, mais ce n’est certainement pas un imbécile, bien au contraire. En plus d’être intelligent, c’est un fin lettré. Ce licencié en philosophie, ancien professeur de Français, connaît parfaitement le poids des mots. Il connaît aussi le respect dû aux défunts : il l’exigeait, encore récemment, pour son ami Hugo Chavez, en demandant « au moins une journée de silence respectueux avant de s’attaquer à son bilan ». Pourquoi Thatcher n’aurait pas le droit, elle, à ce silence respectueux ?

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Mon avis, qui se trouve être l’avis de référence vers lequel je me tourne lorsqu’il m’arrive de vouloir savoir ce que je pense, merci Desproges, est que Jean-Luc Mélenchon s’est gravement fourvoyé en envoyant ce tweet. Parce qu’en ne respectant pas ce délai, que l’on peut juger raisonnable jusqu’au lendemain des obsèques, il a dénié aux proches de Margaret Thatcher le droit à leur moment d’humanité. En vouant ainsi son cadavre encore chaud aux flammes de l’enfer, il a mélangé la femme politique morte et le personnage historique pas encore vivant, et l’on sait ce qu’il se passe lorsqu’un système mélange histoire et politique, il se trouve toujours quelqu’un pour réécrire la première au bénéfice de la seconde, dédaignant la vérité. En réagissant ainsi à vif et de manière aussi ouvertement haineuse, il a montré un visage de la politique partisan, brutal et impulsif, là ou la situation aurait besoin d’une réflexion ouverte, sereine et réfléchie. Il a enfin prouvé que ses amis et ses opposants ne méritaient pas tous le même traitement à ses yeux.

melenchon-300x205 Mélenchon, dommage à ThatcherL’on va me dire « Oui, mais ce qu’a fait Thatcher aux mineurs… » et je répondrai que je veux bien en discuter, je ne sais pas ce qu’elle leur a fait, et je veux bien que vous m’expliquiez, mais pas maintenant. Quand elle sera enterrée, on aura l’éternité pour débattre de son bilan.

Si vos voisins et vos parents étaient en conflit, et que le jour de la mort de votre mère, la voisine beuglai avec un mégaphone sa satisfaction de « voir cette harpie brûler en enfer », l’accepteriez-vous ? Alors pourquoi les gens qui aimaient Thatcher, il y en a, et, plus généralement, ceux qui souhaitent juste que la politique soit pour les vivants, l’histoire pour les morts, et le respect pour tous, devraient l’accepter de Mélenchon ?

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4 COMMENTAIRES

  1. Je me situe à l’opposé absolu du contenu de cet article, je pense qu’il n’est pas mauvais de cracher sur les personnalités détestables, même le jour de leur mort, Thatcher a fait énormément de mal au monde social, je n’ai absolument aucun respect pour elle et hier, j’ai repris deux fois des nouilles pour fêter sa mort.
    Maggie n’était pas Hitler, mais elle a comparé Mandela à un terroriste et à remercié Pinochet d’avoir “apporté la démocratie au Chili”. Même si tout cela me paraît avoir moins de répercussion que sa politique ultra libérale.
    Qu’elle brûle en enfer.

     
  2. alors là, bravo, même les guerres s’arrêtent a noël, enfin dans les pays civilisés s’entends pasque, noël, en Asie, hein.
    mais si la trêve existe pour la guerre il n’en va visiblement pas de même pour les abrutis, au vu des commentaires précédent en tout cas.
    Je dis pas que c’est mal de cracher sur les tombes, hein, mais pas le jour de l’enterrement quand même.

     

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