Un Secret bien gardé

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A l’affiche depuis plusieurs semaines, « The Secret » de Pascal Laugier vaut franchement le détour. On vous explique pourquoi, en priant pour qu’il passe encore près de chez vous.

Peur sur le papier…

the_secret_affiche_vf3-221x300 Un Secret bien gardéSur le papier, le film fait peur. Une coproduction franco-canadienne, qui veut jouer dans la même catégorie que les thrillers américains. Devant la caméra, la bimbo Jessica Biel, derrière, le quasi inconnu Pascal Laugier. Enfin, quasi inconnu, pas pour tout le monde. Réalisateur du prometteur « Saint Ange » avec Virginie Ledoyen, il fait beaucoup parler de lui avec le traumatisant « Martyrs ». Véritable choc pour tout amateur de cinéma de genre, le film prouve que quand on veut piétiner les plates-bandes Hollywoodiennes, on peut.

Pascal Laugier a failli réaliser le reboot (1) de la saga « Hellraiser », mais, sa version refusée, il préfère se consacrer à « The secret », qu’il écrit et réalise.

D’accord, d’accord, mais ça ressemble à quoi ?

Une petite ville américaine, perdue au milieu de forêts et de montagnes. Depuis que la mine, l’unique employeur, a fermé, seuls subsistent la misère, le chômage et la dépression. Depuis six ans, des enfants disparaissent et ne sont jamais retrouvés. Chacun y va de sa petite théorie, faisant intervenir souvent le Tall Man, croquemitaine local.

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Jessica Biel, impériale dans son rôle

Pour Julia, veuve du médecin local et infirmière du village, le Tall Man n’est qu’une légende urbaine. Un soir, un homme s’introduit chez elle et enlève son fils. Julia se lance à sa poursuite, en sachant que, si elle le perd de vue, elle ne reverra jamais son enfant.

Filmé au cordeau, chaque image ajoutant à l’ensemble sa propre ambiance, « The secret » aurait pu être un thriller sympathique, voire un petit film d’horreur agréable ou Julia affronte le croquemitaine et retourne chez elle avec son enfant. Mais, chez Pascal Laugier, rien n’est simple.

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Ou le journaliste de Funéraire Info est bien embêté…

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Pascal Laugier a l’air content de lui. Au vu de ses films, il peut.

Sauf que je ne peu pas vous parler du film sans vous dévoiler l’idée de génie de Pascal Laugier. Parce que, quand on a vu « Martyrs », on se doute bien que l’histoire d’une maman taille mannequin qui file une trempe à une sorte de Freddy Krueger (2) du pauvre ne l’intéresse absolument pas. C’est une toute autre histoire qu’il veut nous raconter, et il le fait à la moitié du film, au terme d’un retournement de situations comme on en a rarement vu. On dirait du Night Shyamalan de la grande époque (3).

« The Secret » prend alors toute sa dimension, celui d’un film social, d’un cinéma qui se sert du genre fantastique pour réinterpréter notre époque, ses angoisses et ses doutes. De film qui fait peur avec un mystère dedans durant sa première partie, le métrage devient une tragédie morale qui emporte l’adhésion.

Laugier prend alors plaisir à développer son histoire, à emmener le spectateur aux frontières du doute, et c’est déstabilisant : pendant trois quart d’heures, on ne comprend plus rien à ce qui se passe. Le dénouement explique tout, et s’il répond à toutes les questions du scénario, ou presque, nous laisse avec un questionnement moral qui ne s’arrête pas à la fin du film.

Alors, on va le voir ?

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Sinon, vous pouvez (re)tenter de voir Martyrs.

Oui, vous y allez. Vous y allez si vous aimez le cinéma social, vous y allez si vous aimez les thrillers bien menés, vous y allez si vous aimez les films d’horreur, vous y allez si vous avez aimé « Martyrs », vous y allez si vous avez détesté « Martyrs », vous y allez si, comme beaucoup de gens, vous n’avez pas pu supporter « Martyrs » jusqu’à la fin (4) et vous y allez si vous n’êtes concernés par rien de tout cela.

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Parce qu’un cinéaste Français qui arrive à imposer un véritable film d’auteur outre Atlantique, et à le mener de façon aussi magistrale à sa conclusion, on le soutient. Et parce que vous passerez un excellent moment, ce qui, en soit, justifie amplement la sortie.

(1) Un reboot, c’est la dernière mode à Hollywood : plutôt que de réaliser le remake d’un film qui a marché, réaliser le remake d’une saga dans l’optique d’en ressortir tous les épisodes réarrangés selon les impératifs commerciaux du moment.
(2) Freddy Krueger est le méchant croquemitaine de la série « Les Griffes de la nuit ». Des acteurs comme Johnny Depp ont connu leurs premiers rôles au cinéma comme victimes de Freddy. Freddy a eu les honneurs d’un reboot. De l’avis général, c’est un échec total.
(3) M Night Shyamalan est devenu une superstar de la réalisation et du scénario à retournement de situations avec « Sixième sens ». Il a ensuite réalisé le moyen « Incassable », avant d’enchaîner les navets avec une constance qui donne la nausée.
(4) C’est dommage. La fin est stupéfiante.

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