“Un tueur sur la route”, meilleur roman sur les sérial killers au monde ?

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Il existe une mode qui est en train de devenir une tradition : tous les grands écrivains populaires américains doivent avoir leur roman de tueur en série. Mais lequel lire ? Un choix forcément subjectif.

Contraint et forcé

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Un tueur sur la route

Il faudrait calculer, un jour, la rentabilité des tueurs en série de fiction. Cinéma, télévision, littérature, ils sont partout, et certains sont des stars. Du Jigsaw de Saw jusqu’à Hannibal Lecter, ils sont cruels, ils sont célèbres, ils rapportent des millions, et en général, ils sont le reflet de la volonté de leur auteur de vouloir s’acheter une grande maison sur les collines plus que de coller précisément à la réalité.

James Ellroy, lui, veut écrire un livre sur l’affaire du Dahlia Noir, qui lui servirait d’exutoire pour le meurtre non résolu de sa propre mère, mais ses agents le pressent, avant, pour écrire un roman de tueur en série, alors que la mode commence. L’auteur accepte pour le cachet promis. Un livre de commande d’un écrivain qui traîne les pieds a-t-il une seule chance d’être bon ? C’est Ellroy. Depuis, il a écrit suffisamment de livres pour prouver qu’il est un écrivain majeur.

C’est mal connaître Ellroy que de croire qu’il pourrait bâcler. Quitte à écrire un roman de tueur en série, autant en écrire un qui soit bon. Ce n’était pas sa prétention, mais il a juste écrit le meilleur.

Bonjour, Martin

Le livre conte donc l’histoire de Martin Michael Plunkett, à la première personne, de son enfance jusqu’à la cellule de prison ou il attend sa condamnation à mort ou à perpétuité. Pas de révélation, ici : le livre commence par les manchettes de journaux contant son arrestation et par le récit de Plunkett lui-même de la façon dont il est arrivé là, et qui décide d’écrire son autobiographie-confession.

Il raconte alors son parcours, sans fioritures, celui d’un gamin abandonné, à la dérive, qui va tuer comme ça, par plaisir, presque parfois par réflexe ou par habitude. Pas de piège élaboré, ici, pas de mise en scène théâtrale, pas de messages crypto-ésotérique : Plunkett tue parce qu’il aime ça, il ne cherche pas à passer un message au monde ni à provoquer les autorités, il est comme ça, c’est tout, et il le raconte avec un détachement et une précision qui donne le vertige.

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Un livre puissant et inspiré

Pour écrire son livre, Ellroy se document, et notamment sur Henry Lee Lucas. Le sérial killer, vagabond et tueur impulsif, est mort en emportant dans la tombe son ultime secret, le nombre exact de ses victimes, peut être plus de trois cent. Il ajoute à cela sa propre expérience de vagabond, SDF orphelin et petit délinquant. Le tout est narré à la manière inimitable d’Ellroy, encore plus distancée et clinique si possible, sans spectaculaire ni humour.

Ni spectaculaire, ni humour, ni personnage outrageusement charismatique : le roman connaîtra un succès certain, mais ne sera jamais, ou rarement, cité parmi les meilleurs romans grand public sur les tueurs en série aux côtés du « Silence des Agneaux » de Harris ou du « Poète » de Conelly. Mais il en est qui ne se tromperont pas : « un tueur sur la route » est le seul roman qui figure officiellement dans la liste des livres que les agents du FBI doivent lire pendant leur formation, et il sert d’appui à un cours de la police fédérale sur la psychologie des tueurs en série. Comme référence, on ne fait pas mieux.

Le verdict

Si il ne faut lire qu’un seul livre sur les tueurs en série, c’est celui-la. Froid, cruel, difficile, le roman est à l’image de son personnage principal, qui n’est pas un psychiatre bien élevé et peut être gentil au fond, un sérial killer policier et gentil au fond, ou un affreux personnage qui est tellement plus séduisant que les gentils qui le poursuivent. C’est un voyage dans l’abysse.

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Si vous avez une collection de romans sur les tueurs en série dans votre bibliothèque, saluez-la avant de lire celui-la. Après que vous aurez lu « un tueur sur la route », les autres auront soudain un aspect maladroit ou ridicule, et, à côté de Michael Plunkett, Hannibal Lecter apparaîtra tel qu’en lui-même : un poseur insupportable.

Après, c’est vous qui voyez : le livre est dur, il est glauque, il est sans concessions, il n’a certainement pas été écrit pour vous distraire. A titre personnel, il fait partie de mes classique, les quelques rares livres que je relis régulièrement pour me rincer de tous les mauvais livres subis en cours d’année. Si on me demande un jour “quel livre faut il lire sur les sérial killers ?” ce sera celui-la, et aucun autre.

Le mot de Martin Michael Plunkett

« Il existe une dynamique dans la mise en oeuvre marchande de l’horreur : servez-la garnie d’hyperboles fleuries, et la distance s’installe même si la terreur est présente, puis branchez tous les feux du cliché littéral ou figuratif, et vous ferez naître un sentiment de gratitude parce que le cauchemar prendra fin, un cauchemar au premier abord trop horrible pour être vrai. Je n’obéirai pas à cette dynamique. Je ne vous laisserai pas me prendre en pitié. Charles Manson, qui déblatère dans sa cellule, mérite, lui, la pitié ; Ted Bundy, qui proteste de son innocence pour que les femmes solitaires lui écrivent, mérite le mépris. Je mérite crainte et respect pour être demeuré inviolé jusqu’au bout du voyage que je vois décrire, et puisque la force de mon cauchemar interdit qu’il prenne fin un jour, vous me les offrirez. »

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