Assistant funéraire, un indispensable qui s’ignore

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Dans l’optique de réduction des coûts, de nombreuses sociétés d’obsèques Low Cost proposent aux familles de réaliser les démarches elles-même. Mais alors, à quoi sert l’assistant funéraire ?
Les démarches, pour quoi faire ?

Les démarches sont aisément accessibles, quand on y réfléchit bien : des formulaires administratifs à compléter et à déposer dans les administrations adéquates. Quiconque a déjà déposé une demande de carte d’identité sait théoriquement les compléter. Nom, prénoms, adresse du défunt, nom des parents, adresse s’ils ne sont pas décédés, rien de compliqué.

Certains points restent obscurs : une demande de crémation, par exemple, avec l’heure prévue d’arrivée au crématorium, différente de l’heure de départ effectif… Souvent, dans le cas des obsèques low cost, ces documents sont pré-remplis par un assistant administratif en amont, et, lorsque cela est possible, par un ordinateur qui « redistribue », les éléments d’état civil sur les formulaires adéquats.

Reste à fournir à la famille la liste des documents à porter, à quelle administration les produire, et quels documents ils doivent recevoir en échange. Et bien entendu, vérifier. Non parce que « la confiance n’exclut pas le contrôle », mais simplement parce que se trouver démuni d’autorisation de fermeture de cercueil et permis d’inhumer le jour du convoi peut s’avérer problématique.

L’homme derrière le clavier

On le voit : malgré l’automatisation et la délégation, l’intervention humaine reste nécessaire, dans une certaine mesure. Dès lors, comment le facturer à la famille ? La plupart du temps, ces interventions ne le sont pas, puisque même si un assistant funéraire, réduit ici au rôle d’assistant administratif, intervient, ce sont les familles qui se déplacent.

Ce qui reviendrait à dire que la partie « facturable » du travail d’un assistant funéraire est faite de déplacements, et, ipso facto, que le reste de son travail n’a aucune valeur ajoutée ?

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L’on se demandera alors : à quoi bon perdre du temps et de l’argent à former pendant 140 et quelques heures auprès d’un organisme agréé un improductif dont le travail peut être fait par un béotien ? Sans compter les heures de psychologie du deuil inclues dans ladite formation : du chiqué ?

Là ou cela devient intéressant, c’est lorsque les familles ne rentrent pas dans les cases des entreprises low-cost. En substance, lorsqu’elles ne remplissent pas les conditions exigées pour être éligibles au service : demande de prestations hors normes, ou plus prosaïquement, que le défunt n’est pas décédé au bon endroit.

« Les cimetières sont remplis d’indispensables », les pompes funèbres aussi

Là, l’intervention d’un assistant funéraire devient indispensable, pour répondre à la demande de la famille et/ou débrouiller l’écheveau administratif, voire juridique. La famille se retrouve alors assise face, ou à côté, d’un professionnel formé, expérimenté, à l’écoute, qui va se faire poser le problème, et dont le travail consiste, soit à trouver la solution si elle existe, soit proposer une alternative acceptable, qui respecte la législation sans heurter d’éventuelles convictions religieuses ou philosophiques. Le tout au prix du forfait pour un assistant funéraire.

L’optique est toute autre : là ou la famille faisant appel à des sociétés de low-cost font le travail elles-même et louent, finalement, une équipe de porteurs, un corbillard, achète un cercueil etc… L’autre famille se retrouve face à un interlocuteur chargé de les informer, de les décharger du poids des démarches, de répondre à leurs questions et à leurs attentes. Ils n’ont alors plus l’impression d’acheter des éléments disparates et d’être livrés à eux-même, mais d’être pris en charge par une équipe entière. Même lorsque l’assistant funéraire n’est pas le Maître de Cérémonies le jour du convoi (une hérésie selon moi, NDR), les porteurs restent « son » équipe.

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Questionnement existentiel

Alors, ou est la question ? Porte-t-telle réellement sur la valeur ajoutée « quantifiable » du travail d’un assistant funéraire ? Ou sur sa valeur intangible, humaine, cette sensation de services rendus qu’il donne à la famille ?

Ne pourrai-t-on pas alors réfléchir sur le fait qu’une entreprise qui chercherait à court-circuiter l’assistant funéraire, voire le shunter, renoncerait alors à un élément indispensable des pompes funèbres, pour finalement proposer… Autre chose ? Une nouvelle façon d’exercer un métier, si l’on voit les choses du côté positif, ou la rétrograder au simple rang de « vente de cercueils – location de corbillards », auquel cas les croque-morts, ravalés au rang de coursiers, disparaîtraient ?

Les évolutions du métier, accompagnant celles de la société, son nécessaires et inéluctables, mais ne sont pas une voie toute tracée. Dans la conjoncture actuelle où l’économie prime, les assistants et conseillers funéraires vont devoir démontrer leur utilité, ce qui semblait encore évident il y a encore peu, à une logique économique qui voudrait éviter leur rétribution. Non seulement cela, mais résoudre cette équation quasi-impossible, estimer la valeur des services intangibles qu’ils rendent pour défendre leur rémunération. Certes, ils sont indispensables, certes, le temps leur donnera raison, mais d’ici là, les dégâts faits seront-ils encore réparables ?

Guillaume Bailly

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