Cinéma : au cœur du procès Guy Georges (jour 5)

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(Photo production film SK1)

Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998 lorsqu’il est arrêté, le criminel a opéré dans l’est de Paris, violant, poignardant. Sur les écrans cette semaine, le film « L’affaire SK1 », signé du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » va publier pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans pour ses sept victimes

Vendredi 23 mars 2001. Cinquième audience, fin de la première semaine.

« Guy Georges est au bord des aveux

A l’issue d’une deuxième suspension d’audience, la fébrilité a saisi la cour d’assises de Paris. « Monsieur Guy Georges, a demandé doucement le président Yves Jacob, avez-vous quelque chose à nous dire ? » Debout, raide, mal à l’aise, le présumé tueur semble au bord d’aveux qui soulagent : « Je suis à bout. Cela fait trois ans que je suis sous pression. Depuis une semaine, je n’ai jamais vécu quelque chose comme ça, même si je suis déjà passé aux assises. Je suis nerveux. Je n’ai pas envie que ça déborde. J’aimerais réfléchir au calme jusqu’à lundi. »

Incroyable moment que cette promenade judiciaire en bord de falaise, au terme d’une journée d’audience où le « tueur de l’Est parisien », si c’est lui, niait toujours être l’assassin d’Elsa Benady, attachée de presse de 22 ans, poignardée et peut-être violée le 9 novembre 1994 dans le parking souterrain de son immeuble parisien du boulevard Auguste-Blanqui (13e arrondissement).

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« Je suis innocent de ce meurtre. » Etrange, surprenante phrase que Guy Georges avait martelé de la main, presque à regret, le matin. Curieuse parce que s’il nie avoir tué sept fois entre 1991 et 1997, ce mot « innocent » semble lui brûler les lèvres. Il ne l’a dit, confesse t-il, ni à ses avocats, ni à l’aumônier de la prison, ni même à sa mère devant cette cour d’assises. Alors, c’est son avocat Me Ursulet qui l’affirme, le clame bruyamment pour lui, en quête d’un autre coupable possible, quitte à tordre vainement un dossier dont on sent qu’il lui échappe.

Il est 17h30. A l’issue d’un témoignage poignant, la maman d’Elsa implore l’accusé : « Vous aimez votre mère. Vous avez en face de vous des mères éprouvées. Que ressentez-vous ? » « Je n’ai pas les mots, répond t-il. Je comprends que ça se passe mal. Cela doit être terrible. »

Innocent ? L’accusé, qui a un temps avoué en 1998, n’en démord pas. Son autre défenseur Me Pons s’effondre en larmes, la tête dans les bras. « Je suspends l’audience », lache précipitamment le président Jacob.

Mode opératoire

Elsa a été retrouvée par son frère le 10 novembre dans sa voiture, lardée de 17 coups de couteau, partiellement dénudée entre siège avant et banquette arrière, selon un mode opératoire commun à d’autres crimes du tueur. Sont-ils l’œuvre d’un droitier (comme l’accusé), d’un ambidextre, d’un gaucher ? Droitier, c’est possible, selon un expert.

Me Doumic, avocate d’une famille de victime, interroge un Guy Georges nerveux. Celui-ci finit par convenir qu’il aurait forcément tenu un couteau de la main droite. Avant d’exploser : « Vous m’avez piégé. Ce n’est pas un jeu ! »

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La défense voit bien que ses arguments du jour, que ses interrogatoires musclés de témoins à la barre n’ont pas porté. Me Ursulet se tourne alors vers son client Guy Georges, dans le box. « Savez-vous que vous êtes difficile à défendre ? Mon pire adversaire ici, c’est vous. Avez-vous tué Elsa ? » « Non », réaffirme l’accusé, le regard évitant les quatre bancs remplis de parties civiles. Le président souligne que son ADN l’accable dans quatre dossiers, que désormais cette stratégie ne mène nulle part. Resuspension. Interminable. Reprise. Silence de plomb. « Ce que j’ai à dire ferait mal à tout le monde », glisse Guy Georges, qui n’ira pas plus loin. »

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