Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 15)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Jeudi 5 avril 2001. Quatorzième audience.

« Perpétuité pour Guy Georges

C’est l’usage. Le président Yves Jacob et les jurés ont donné une dernière fois la parole à Guy Georges avant de délibérer. Avant que celui-ci ne soit finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie (à l’unanimité) de 22 ans de sûreté. Derniers mots publics avant longtemps. Alors, debout au bord du box de la cour d’assises de Paris, l’accusé déplie un papier. Il s’excuse de mal s’exprimer, et jette par-delà les murs à la société qui l’accuse les questions qui le taraudent.

« Pourquoi mes parents m’ont-ils abandonné ? Pourquoi, à cinq ou six ans, m’a-t-on retiré une moitié d’identité ? Pourquoi dix ans plus tard la Ddass me raconte-t-elle des mensonges ? Pourquoi, après ma première condamnation, on ne se penche pas sur moi alors qu’on me dit dangereux ? Pourquoi, en 1982, me condamne-t-on à 18 mois alors que je n’ai rien fait ? Pourquoi, en 1985, me juge-t-on à dix ans de réclusion en 2h30 ? Pourquoi ma folie meurtrière commence-t-elle en 1991 ? Pourquoi ne m’arrête-t-on pas en 1995 quand je donne mon sang ? Pourquoi suis-je devenu ce tueur implacable et sans pitié, diabolique et démoniaque selon l’avocat général ?  Pourquoi suis-je capable de rire et de plaisanter quand je souffre ? »

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Au seuil d’une prison dont il pressent qu’il ne « sortira jamais, vous pouvez être tranquille », il refuse qu’on ne retienne de lui que la face obscure. « J’ai aussi du blanc en moi. J’assume ce que j’ai fait. Mais j’ai une haine de la société. Cette peine que vous m’infligez, c’est moi qui me l’inflige. »

Fascination morbide

Il remercie les gendarme de leur correction, se tourne vers les familles de ses victimes, ajoute : « Quoi qu’il arrive, je ne recommencerai jamais. Et même si vous ne l’acceptez pas je vous demande encore pardon. »

Cette société « qui refuse de se regarder en face » quand elle produit un Guy Georges, Me Alex Ursulet (son avocat) la prend à témoin, en fait la source de toutes les malédictions. « Pourquoi a-t-il tué ? C’est la seule question de ce procès. Tout le monde veut savoir. Elle nous interroge au fond de nous-mêmes. Il n’y a pas de réponse. Tout le monde est fasciné par cette histoire. Pas seulement ici. Depuis le début. Fascination morbide. Gardons-nous de ce mécanisme collectif qui ferait de l’accusé un coupable d’avance. »

L’avocat, en affirmant ressentir aussi la douleur qui suinte du dossier, trouve nécessaire de justifier ce qui l’a fait douter : le portrait-robot peu ressemblant, des empreintes digitales non identifiées relevées chez les victimes, une empreinte de pied différente, et l’infaillible ADN, dont l’expert avoue une erreur de transcription. Malgré les aveux, il dit n’avoir pas trouvé dans cette audience réponses à ses attentes.

Avec emphase, Me Ursulet veut plaider « contre la malédiction », « pour la part maudite » de Guy Georges, ce « fils de personne ». A l’avocat général : « Dire qu’il n’est pas malade mais qu’il est incurable, quel extraordinaire paradoxe ! Ne voyez-vous que le diable dans l’homme qui est derrière moi ? Lorsque Dieu n’a pas donné d’explication aux hommes, c’est qu’il se réserve le droit d’en être le seul juge. »

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Après quatre heures de délibéré, les jurés ont eux-mêmes tranché. Acquittant d’ailleurs l’accusé pour une agression où la victime ne l’avait pas reconnu. »

 

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