Comment se créent les chapelles ardentes lors de catastrophes ?

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La chapelle ardente de L'incendie du 5-7 qui a fait 146 morts en 1970 à Saint-Laurent-du-Pont, Isère

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La chapelle ardente de L'incendie du 5-7 qui a fait 146 morts en 1970 à Saint-Laurent-du-Pont, Isère

Une chapelle ardente, lors d’une catastrophe, ne se crée pas au hasard. Les sites sont souvent anticipés, et doivent répondre à des conditions draconiennes. Petit tour d’horizon.

Comme nous l’expliquions dans notre article d’hier, créer une chapelle ardente doit répondre à des critères d’accessibilité et d’hygiène, et l’organiser à des critères égalitaristes.

Le lieu ou sera dressée la chapelle ardente devra donc être accessible. Accessible par la route, pour faciliter le travail des véhicules de transport de corps, mais aussi accessible aux familles. Toutefois, les issues devront pouvoir être contrôlables afin de pouvoir filtrer à l’entrée les curieux en quête d’une expérience malsaine. Il faudra aussi prêter attention au fait que ce qui se passe à l’intérieur ne se voie pas de l’extérieur.

Une pièce à part devra pouvoir être aménagée en local technique, ou les médecins légistes chargés de l’identification pourront idéalement travailler.

L’endroit devra être suffisamment grand pour accueillir toutes les victimes, et régulièrement entretenu. Il est très important que le site ne soit pas trop humide, et que sa température soit contrôlable. Le critère à retenir est qu’un corps en housse hermétique biodégradable et en cercueil fermé ne doit pas poser de problèmes d’odeurs jusqu’à sept jours après son décès sans avoir reçu de soins de conservation. Les préconisations émises par les experts sont d’une température de 18 degrés maximum, dans les régions ou l’hygrométrie et égale ou inférieure à la moyenne française. Les spécificités régionales seront prises en compte dans le calcul, effectué par chaque préfecture.

Les lieux susceptible de recueillir ces critères sont indiqués sur une liste régulièrement mise à jour par chaque préfecture. En cas de catastrophe, un chargé de mission va aussitôt chercher l’emplacement le plus proche de l’endroit touché, et vérifier sa conformité avant de le réquisitionner.

L’organisation de la chapelle ardente doit être égalitariste : les cercueils sont disposés en rangées et colonnes également espacées, afin de former des allées pour la circulation, soit au hasard, soit par ordre d’arrivée, parfois réunies par familles. Il est formellement déconseillé de partir d’un point central, qui pourrait être interprété par les familles comme le placement d’un défunt plus important que les autres.

Il est préconisé, sauf exceptions au cas pas cas, de proscrire les décorations religieuses dans l’espace, afin de n’offenser personne, mais de prévoir un espace ou les familles qui le souhaitent peuvent rencontrer un représentant de leur culte. Une liste de ces représentants est tenue en préfecture avec un numéro d’urgence.

Les psychologues et psychiatres de la cellule de soutien se ruent quand à eux sur place sans que personne n’ait besoin de les prévenir, dotés d’un flair comparable à celui des requins pour le goût du sang.

Le dépôt en chapelle ardente se termine lorsque toutes les familles ont récupéré leur défunt, pris en charge par une société de pompes funèbres. Des cérémonies communes y sont généralement effectuées lorsque tous les corps ont été identifiés et avant les premières restitutions aux familles.

Au fait, pourquoi « ardente » ? Tout simplement parce que les premières chapelles ardentes étaient éclairées avec des cierges. Les bougies y sont encore nombreuses, mais simplement dotées d’une dimension symbolique.

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