Corinne Loiodice, le funéraire public aujourd’hui et demain

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Corinne Loiodice (au centre) au comité des élus de l'UPFP (Photo : site web UPFP)
Corinne LOIODICE, Directrice Générale des PFI – Pompes Funèbres Intercommunales de la région grenobloise, et Présidente de l’Union du Pôle Funéraire Public, possède sans conteste l’un des niveaux d’expertise les plus affûté du funéraire public.
Entretien…

UN PARCOURS HORS NORMES DANS LE FUNERAIRE

Lorsqu’on lui pose la question de son parcours dans le funéraire, Corinne LOIODICE ne le brandit pas comme un trophée mais c’est plutôt avec une certaine retenue teintée d’humour qu’elle nous résume ces années

« J’exerce dans le funéraire depuis près de 42 ans et je suis à la direction des PFI depuis leur fondation en 1982 ». J’ai participé en qualité de membre fondateur à la création de l’UPFP, la fédération du pôle funéraire public, en 1999.

FI : Corinne LOIODICE, vous préparez actuellement les Rencontres Nationales de l’UPFP de mi-juin… mais pourquoi ce terme de « Rencontres » ?

« Les Rencontres Nationales portent bien leur nom, ce sont des espaces de dialogue proactif au sein de notre fédération avec des ateliers thématiques et groupes de travail et de réflexion sur le funéraire et ses différents métiers. Nous organisons également un congrès tous les trois ans, manifestation ouverte aux partenaires de l’UPFP ».

FI : Qu’est-ce que l’UPFP ?

« l’UPFP, Union du Pôle Funéraire Public est constituée de l’ensemble du funéraire public, à savoir les Régies, les EPL – Entreprises Publiques Locales funéraires, mais aussi les gestionnaires de crématoriums et de cimetières. Tous ceux qui ont à cœur d’assurer au mieux le service public funéraire ».

PRIVE CONTRE PUBLIC ?

FI : Dans le funéraire, il y a des questions qui peuvent fâcher, notamment que répondre aux sociétés privées qui accusent le funéraire public de pratiquer la concurrence déloyale ? (La réponse est calme mais néanmoins ferme) :

« En effet, des confrères privés nous taxent de concurrence déloyale en raison de notre statut public. Ce n’est pas sérieux : le funéraire public ne représente que 10 à 15% des convois en France, on est très loin du monopole. De surcroît, notre statut nous impose des contraintes, territoriales notamment, que nos confrères n’ont pas. Enfin, et surtout, si c’était le cas, de nombreux recours ne seraient-ils pas initiés par les concurrents ? Il y a des tribunaux et l’Autorité de la Concurrence chargés de traiter ce genre de questions. S’il y avait quoique ce soit d’avéré, croyez-vous qu’ils hésiteraient ? ».

LA COOPERATION DANS LE FUNERAIRE PUBLIC

FI : Les opérateurs du funéraire public coopèrent-ils, comme au sein d’un réseau ?

« Non, l’UPFP n’a pas ce mode de fonctionnement. L’UPFP est une fédération, pas un réseau. De plus, elle regroupe des opérateurs avec trois statuts différents chacun avec ses contraintes. Les régies, par exemple, sont soumises aux règles de droit public et surtout à la commande publique pour les achats, ce qui n’est pas le cas des SEM, par exemple ».

FI : Mais les échanges d’expérience existent ?

« Nous travaillons ensemble, au sein de l’UPFP notamment, à réfléchir sur l’évolution du service funéraire public, ses perspectives d’avenir et ses besoins. Nous échangeons des savoir-faire. »

LE LOW-COST

FI : Corinne LOIODICE, que pensez-vous du « low cost », qui semble être en perte de vitesse ?

« Pour ma part, je n’y ai jamais été favorable. Je pense que c’est une fausse bonne idée. Chaque société, je pense, du public comme du privé, a une offre suffisamment large pour pouvoir répondre aux différentes situations. Une offre systématiquement basique, affecte la qualité du service rendu et peut également atteindre l’image de l’opérateur. Les obsèques, quelle que soit la situation de la famille, doivent être dignes, et l’accompagnement de la famille me paraît essentiel. Vous savez très bien que pour les familles, des obsèques ratées les marquent profondément jusqu’à perturber leur deuil

LE SCHEMA D’IMPLANTATION DES CREMATORIUMS
  1. FI : Corine LOIODICE, quel est votre avis sur le schéma régional d’implantation des crématoriums ? :

  2. « Oui, il y a des disparités dans l’implantation des crématoriums par rapport aux besoins. Mais la solution proposée, le schéma régional, déjà meilleure que celle des schémas départementaux proposée précédemment, ne fait que transférer les mêmes problématiques d’un échelon à un autre. Pourquoi pas un schéma national confié à une commission adéquate ? Ce serait une solution qui permettrait d’avoir un regard global, et objectif, dégagé des contingences locales »

  1. FI : En parlant de crématoriums, la norme 2018 ?

  2. « Les crématoriums du funéraire public sont en majorité équipés, aujourd’hui, ou en voie de normalisation. Je crois savoir que beaucoup de nos collègues du privé y travaillent activement. Ceci étant, je suis inquiète sur les délais. Je crois que les fournisseurs vont être très sollicités dans les dernières années et qu’ils auront des difficultés à répondre aux demandes. »

  3. FI : Certains, pourtant, soutiennent que l’application sera « coulante » avec les retardataires, appui des politiques locaux en sus…

  4. « Je ne serais pas si confiante, à leur place. Nul n’est au dessus des lois, et ceux chargés de les appliquer feront leur devoir. La seule faute en incombera aux gestionnaires des crématoriums concernés, qui auront eu huit ans pour réaliser cette mise aux normes. »

LES DEVIS EN MAIRIE

FI : Corinne LOIODICE a cette réponse de bon sens lorsqu’on lui pose la question des devis en mairie.

« Même si cela part certainement d’une bonne intention, les législateurs devraient un peu plus se pencher sur les conditions de travail réelles avant de voter des lois… Je m’explique : une régie municipale va quoiqu’il arrive ne pas être en conformité avec la loi.

D’un côté, la loi l’oblige à déposer les devis dans les communes du département de plus de 5 000 habitants, y compris celles dans lesquelles elle ne peut pas intervenir en raison de l’obligation de territorialité.

Si elle ne le fait pas, elle n’est pas en conformité avec cet article du CGCT. Mais, si elle le fait et qu’une famille, en dehors de son territoire, la choisit, elle ne peut pas répondre à sa demande, ce qui constitue un refus de vente, en infraction avec le Code de la consommation.

Alors, comment fait-on ? Nous avons posé la question de manière très officielle, et la réponse se fait attendre ».

FI : Corinne LOIODICE reste profondément attachée au service public des pompes funèbres.

« Nous répondons à un réel besoin, et nous travaillons à toujours apporter la meilleure réponse aux familles qui font appel à nous. Je suis persuadée que le funéraire public a toute sa place dans le devenir du secteur funéraire. »

Propos recueillis par Guillaume Bailly

Lire aussi :  Des chouettes au cimetière, vol de cercueil...au menu du réveil funéraire du mardi 6 mars 2018

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