Crémation : avant l’heure, c’est pas l’heure

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"L'enfer" de Hiéronymus Bosch
Un incident, il y a quelques semaines en Belgique, nous rappelle que, pour la crémation comme en toute choses, « avant l’heure, c’est pas l’heure ».
Cas de figure courant

Le cas de figure est assez courant, et nous l’avons tous rencontrés : à l’issue d’une cérémonie, on amène le cercueil au crématorium et, le départ était prévu plus tard dans la journée, voire le lendemain, l’opérateur nous demande si la famille vient, et, dans l’hypothèse négative, si ça dérange si ils le font partir plus tôt.

Bien entendu, les rapports cordiaux que l’on entretient avec les crématoriums tendent à nous pousser à répondre par l’affirmative, pour rendre service à l’opérateur et peut être aussi à la famille, qui pourra récupérer l’urne plus tôt.

Si, dans la plupart des cas, cette situation ne pose pas de problèmes, il existe des cas ou cela pourrait constituer une dramatique erreur.

Des créneaux réservés

En effet, tous les créneaux de crémation ne coïncident pas forcément avec des cérémonies. Il existe des créneaux « réservés », bien entendu, ou l’horaire de crémation correspond aux horaires de la salle de cérémonies, généralement celle du crématorium. D’autres créneaux sont également très recherchés, qui correspondent aux horaires des salles de cultes du secteur.

Ces horaires ne posent généralement pas de soucis : les obsèques sont organisées de manière continue, hormis la remise d’urne qui est décalée à un moment tardif de la journée ou au lendemain. Dans ces situations, la famille a généralement demandé à assister au départ en crémation, ou l’a simplement accepté lors de la présentation du déroulé de la journée, considérant le cérémonial comme partie intégrante d’un tout.

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La famille n’assiste pas

Il existe aussi le cas ou la famille ne souhaite pas assister au départ en crémation, qui est parfois celui ou il est proposé de l’anticiper. Deux cas de figure peuvent compliquer la donne :

Le premier, la famille change d’avis. Le matin, au sortir de l’église, personne ne souhaitait voir un départ en crémation, mais, à l’heure du déjeuner, rassurés par les explications que le Maître de Cérémonies a tout de même tenu à fournir, quelques uns changent d’avis et conviennent de se rendre au crématorium à l’heure dite, qui est, du poins pour eux, officielle.

Le second, c’est le membre de la famille qui n’a pas été consulté à ce moment là, pour X ou Y raison, et qui annonce aux proches que lui voudrait y aller, pour assurer une présence jusqu’au bout.

Il existe d’autres cas, mais l’essentiel n’est pas là : l’essentiel, c’est que, dans 99 % des cas, la famille ne préviendra ni les pompes funèbres, ni le crématorium, qu’elle a changé d’avis. Si la crémation était prévue à 14 H 00, ils arriveront à 13 H 45. Expliquez-leur que la crémation a débuté à 13 H 30, circulez, il n’y a plus rien à voir…

Conséquences

Les conséquences peuvent être de deux ordres : juridiques et médiatiques.

Juridiquement, comme sur beaucoup de sujets, il y a un flou : aucune loi n’interdit qu’une crémation prévue à 14 H 00 ne démarre à 13 H 59. Mais il existe un suivi de l’opération, sur le registre du crématorium, qui servira à établir le certificat de crémation, qui pourrait offusquer un magistrat : on est clairement dans le cas ou une jurisprudence sera établie en fonction de l’humeur du juge et de l’avocat le plus convaincant.

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Médiatiquement, la famille sera sans doute tentée de se rapprocher de la presse, et celle-ci de s’en saisir. Avec les conséquences désastreuses que cela pourrait avoir, comme toujours lorsque la profession est mise en cause.

Après l’heure, il est encore temps

Certains crématoriums de référence refusent obstinément d’anticiper l’horaire de crémation ne serait-ce que d’une minute, et ce n’est pas sans raison. Même si la pratique est assez répandue, c’est uniquement parce que, jusqu’à présent, la foudre est tombé à côté.

Mais il faut être lucide : de plus en plus, les familles sont informées, et, de plus en plus, elles sont procédurières. La question est donc : pour gagner un quart d’heure, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Répondre « Oui, jusqu’au jour où » c’est déjà savoir que la réponse est non.

Guillaume Bailly

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