Crématorium et recyclage, ou passe l’argent de l’or

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Une polémique en Suisse soulève un problème méconnu mais majeurs des crématoriums : le recyclage des métaux de prothèses, qui résistent à la crémation. Comment traite-t-on ce sujet en France ?

photo-300x224 Crématorium et recyclage, ou passe l'argent de l'orL’affaire fait grand bruit chez nos voisins de la confédération helvétique : au moins deux crématoriums ont revendu des dents en or parmi les cendres des défunts, pour les revendre. Opération déclarée et tout à fait légale, puisqu’il n’existe pas de législation sur le recyclage de ces prothèses, ni des autres, d’ailleurs. Problématique, solutions.

Des métaux omniprésents

Les dents en or sont presque devenues une problématique secondaire, face aux métaux de grande valeur utilisés pour la fabrication de prothèses de plus en plus présentes. Plaque de réparation osseuse pour les fractures, puisque même si les chirurgiens privilégient aujourd’hui l’enlèvement lorsqu’elle n’est plus nécessaire, ce n’est pas toujours possible, prothèses de hanche, de genoux, en acier médical ou en titane…

Ces produits métalliques ne se subliment pas à la chaleur, et certains sortent même quasiment intacts de l’appareil de crémation. Ce qui soulève un problème : devant le nombre de ces items, il est difficile de les stocker sur du long terme, faute de place. Ils ne peuvent être réutilisés pour être réimplantés ailleurs, puisque les normes sanitaires ne les agréent pas, et les réactions des receveurs comme de l’opinion publique seraient sûrement négatives dans le cadre d’une réutilisation sans recyclage.

La revente du métal soulève des problèmes moraux : à qui appartiennent ces prothèses, au crématorium, aux ayants-droit du proche, à la Sécurité Sociale, à la Mutuelle ? La réaction de l’opinion publique suisse est une excellente projection de ce que serait une opération similaire dans l’hexagone.

Reste la mise à la ferraille pure et simple, avec une dévalorisation certaine et importante de ces « encombrants ». Le recyclage dans le cadre d’un développement durable est tout à fait possible, et même bienvenu, mais les entreprises industrielles sont mal à l’aise avec ce type de produit.

La seule solution est une alternative morale à toutes celles envisagées.

Solution alternative

Depuis quelques années se sont constituées des sociétés spécialistes de la récupération de métaux résistants à la crémation. Ces sociétés ont en commun une démarche commerciale transparente et éthique, compromis idéal pour le recyclage de ces métaux.

Les prothèses sont enlevées régulièrement au crématorium par un véhicule dédié affrété par l’entreprise de recyclage. Les prothèses sont ensuite revendues à une fonderie partenaire, qui les transforme en matière brute, destinée à être réinjectée dans la fabrication de prothèses.

Les bénéfices de l’opération sont reversés en grande partie au crématorium, qui les engage dans des actions humanitaires ou de développement durable. Crématoriums de France a ainsi, grâce à une association avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, financé l’opération à cœur ouvert de 18 enfants, transport et hébergement compris, de pays défavorisés.

Sensibilisation et transparence

Ces opérations impliquent deux axes majeurs : la sensibilisation et la transparence auprès du grand public. Sans se lancer dans des campagnes de communication énormes, tenir auprès des familles l’information de ce qu’il advient de la prothèse, par qui elle est récupérée, ce qu’il en fait, et ce qu’advient de l’argent issu de ce processus.

Il faut également sensibiliser les personnes qui s’intéresseraient au sujet que les métaux ainsi récupérés sont soigneusement traités, purifiés, et dilués dans les alliages. On ne fond pas une prothèse pour en refaire une autre, on la re-transforme en matériau brut dans un bloc constitué d’autres métaux recyclés et de matière neuve juste provenue de l’industrie. Le métal utilisé à la confection d’une nouvelle prothèse n’a donc absolument plus rien en commun avec les prothèses dont il est issu.

Un enjeu exponentiel

Ce problème va s’affirmer de façon exponentielle : la croissance de la population, son vieillissement, ira de pair avec une augmentation forte du nombre de prothèses. Dans le même temps, le recours à la crémation poursuivra sa phase ascendante. Il y aura de plus en plus de familles qui choisiront la crémation pour des défunts de plus en plus équipés de prothèses métalliques.

Orthometals, Metall Service, Europe Métal Concept, sont autant de sociétés qui proposent des solutions éthiques en ce domaine, en attendant éventuellement que le législateur s’en saisisse pour imposer un cadre légal.

Les Pacemakers ne sont également pas oubliés. Prélevés généralement par les thanatopracteurs, une association s’occupe de les récupérer pour les recycler et leur donner une seconde vie dans des pays en voie de développement auprès de populations qui n’ont pas les moyens d’investir dans ce type de matériel.

Une société propose un scanner qui permet d’ailleurs aux crématoriums de vérifier le contenu des cercueils, afin d’éviter l’introduction accidentelle de matière explosive dans le four.

En matière de recyclage, tant que la législation ne sera pas fixée, c’est aux crématoriums et à l’ensemble des professionnels concernés de mettre en place leurs propres solutions pratiques et éthiques, afin que la polémique Suisse ne puisse se reproduire en France. Mais si beaucoup sont actifs en la matière, certains étant même à la pointe, il reste encore et toujours une poignée d’irréductibles qui doivent prendre conscience de la nécessite d’une solution.

Liens utiles : 

Europe Métal Concept (trieur-récupérateur et broyeur de calcius)

Metall Service Pedack

OrthoMetals

Gilardoni (Scanner)

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