Décapitation : La guillotine comme outil de la Terreur

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1705
Guillotine

Il y a des inventions qui doivent s’adapter aux circonstances… Nous sommes en 1792, la guillotine est inaugurée en place publique.

Dix ans auparavant, en 1780, Louis XVI était alors souverain et à l’époque la présomption d’innocence –très récente-  n’existait pas. Des lois étaient même établies afin de faire une fine analogie entre le délit et la peine. Ainsi, des outils de tortures sont mis en place afin de graduer les peines proportionnellement à la faute. Pour être plus simple je vous cite une phrase du seigneur Léodagan dans Kaamelott « Le voleur (de cochons) de l’autre fois, je l’ai découpé en dé et je l’ai donné à manger à des porcs parce que c’est thématique avec la faute…oh et puis ça change un peu ».

Voilà qu’apparaît dans le paysage politique, Joseph Ignace Guillotin, député constitutionnel, médecin et franc maçon mais également un philanthrope. Il est connu surtout pour ses travaux préalables à la Déclaration des Droits de l’Homme. Contrairement à l’imaginaire collectif, Guillotin espérer profondément instaurer une exécution plus humaine et moins douloureuse que la pendaison. La guillotine née donc d’un geste altruiste.

Pur produit français, elle est inspirée d’anciens modèle de machines à décollation.

En octobre 1789 il lit un discours devant l’assemblée nationale. Sa phrase égalitaire reste dans les archives écrites : « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point ». Le 1er décembre Guillotin reprend son discours sur le code pénal, il se base sur un principe très net : l’égalité.

1- Les délits du même genre seront punis par le même genre de peine, quels que soient le rang et l’état [la condition sociale] du coupable.

2- Dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accusé, le supplice sera le même, quelle que soit la nature du délit dont il se sera rendu coupable ; le coupable sera décapité ; il le sera par l’effet d’un simple mécanisme.

3- Le crime étant personnel, le supplice quelconque d’un coupable n’imprimera aucune flétrissure à sa famille. L’honneur de ceux qui lui appartiennent [la parentèle] ne sera nullement taché, et tous continueront d’être également admissibles à toutes sortes de professions, d’emplois et de dignités.

4- Nul ne pourra reprocher à un citoyen le supplice quelconque d’un de ses parents. Celui qui osera le faire sera publiquement réprimandé par le juge. La sentence qui interviendra sera affichée à la porte du délinquant. De plus, elle sera et demeurera affichée au pilori pendant trois mois.

5- La confiscation des biens des condamnés ne pourra jamais être prononcée en aucun cas.

6- Le cadavre d’un homme supplicié sera délivré à sa famille, si elle le demande. Dans tous les cas, il sera admis à la sépulture ordinaire, et il ne sera fait sur le registre aucune mention du genre de mort.

L’assemblée approuve le premier article le reste est reporté faute de temps.  D’autres votes auront lieu jusqu’à juin permettant de valider l’article 3, 5 et 6. L’important c’est que les valeurs humaines commencent à s’insinuer dans le débat. En Juin 1791, après des débats sur la torture, il est proposé dans le code pénal : « tout condamné à mort aura la tête tranchée »

Le 6 octobre étant la date finale à retenir puisqu’elle instaure dans le code pénal :

2° La peine de mort consistera dans la simple privation de la vie, sans qu’il puisse jamais être exercé aucune torture envers les condamnés.

3° Tout condamné à mort aura la tête tranchée.

4° Quiconque aura été condamné à mort pour crime d’assassinat, d’incendie ou de poison, sera conduit au lieu d’exécution revêtu d’une chemise rouge. Le parricide aura la tête et le visage voilés d’une étoffe noire ; il ne sera découvert qu’au moment de l’exécution

Deux points importants donc : La fin de la torture et le début des têtes qui tombent. Autre point d’importance capitale, toute mise à mort est suspendue le temps de la construction de la tant attendu machine.

Guillotin, la guillotine ? En réalité rien ne permet réellement d’affirmer que le docteur Guillotin est l’inventeur de la guillotine. En revanche, il est la première personne à l’imposer en France. l’Histoire révèle aussi que Guillotin est bien malheureux que son nom soit associé à une machine à tuer et il aurait tout fait pour empêcher cela.

Très concrètement : « Le mode de décollation sera uniforme dans tout l’empire. Le corps du criminel sera couché sur le ventre entre deux poteaux barrés par le haut d’une traverse, d’où l’on fera tomber sur le col une hache convexe au moyen d’une déclique [sic] : le dos de l’instrument sera assez fort et assez lourd pour agir efficacement, comme le mouton qui sert à enfoncer des pilotis et dont la force augmente en fonction de la hauteur dont il tombe ».

De manière très secrète aux Tuileries, le 2 mars 1792, Antoine Louis investi pour mission de la réalisation de la machine est invité par Louis XVI. Les hommes de mécanique se présentent au roi et à Guillotin qui ignorent tout de ce procédé hormis quelques schémas. L’instrument va connaître de nombreuses modifications au cours des années notamment en ce qui concerne la lame. Il faudra attendre 1870 pour avoir sa version définitive, année d’ailleurs qu’il faudra attendre pour enlever la guillotine de l’estrade afin que ce procédé ne soit plus un spectacle considéré affreux. De là les exécutions seront moins fréquentes.

Les débuts de la machine assassine

En Avril 1792, le premier essai à lieu et cela sera sur des cadavres humains. Le mécanicien Schmidt, le charpentier Guidon, l’exécuteur Charles-Henri Sanson, Guillotin et Cullerier médecin-chef de l’hôpital de Bicêtre sont présents. Quelques personnalités de l’Assemblée Nationale sont également là. Le résultat est positif et sans appel : « Les expériences de la machine du sieur Schmidt ont été faites mardi à Bicêtre sur trois cadavres qu’elle a décapités si nettement qu’on a été étonné de la force et de la célérité de son action. Les fonctions de l’exécuteur se borneront à pousser la bascule qui permet la chute du mouton portant le tranchoir, après que les valets auront lié le criminel et l’auront mis en situation ».

Le 25 avril c’est l’euphorie, une vraie fête en place de Grève, la première exécution pénale doit avoir lieu. Quelques mois auparavant, le tribunal pénal de Paris avait condamné à mort un agresseur public qui a frappé de plusieurs coups de couteau un passant à Villeneuve. Un bourreau est désigné, il s’agit de Charles-Henri Sanson et ainsi l’agresseur Nicolas Jacques Pelletier devient le premier exécuté par la guillotine de l’histoire de France. La chronique de Paris relate cet événement majeur pour le peuple : « Hier, à trois heures de l’après-midi, on a mis en usage, pour la première fois, la machine destinée à couper la tête des criminels […] La nouveauté du spectacle avait considérablement grossi la foule de ceux qu’une pitié barbare conduit à ces tristes spectacles ». Si le geste semble « barbare » il est pourtant très loin de la torture. La foule est perplexe et assez déçue, car elle est habituée à un spectacle de longue agonie.

Je vous passe l’histoire des deux tribunaux révolutionnaires qui font de la guillotine l’objet central de la France avec une succession de décapitations politiques.

Un outil politique

La guillotine est le grand outil de la Terreur. Du premier condamné le 25 avril 1792 jusqu’en Août, la guillotine restera sur place – de la Grève, actuellement place de l’Hôtel de Ville- Le 21 Août elle sera transportée place du carrousel, face au palais des Tuileries alors siège du gouvernement, c’est le début des exécutions politiques. Le 27 août elle retourne place de la Grève et bien sur le 21 janvier 1793, elle arrivera exeptionnellement place de la Révolution pour l’exécution de Louis XVI. Elle y restera par la suite après un bref séjour de nouveau place du carrousel. La place de la Révolution verra tomber la tête de Marie-Antoinette, Danton, Charlotte Corday etc. Elle fera tomber aussi les Robespierristes en juillet 1794. Même si la guillotine passera par la place de la Bastille, elle finira en place du Trône Renversé, aujourd’hui nommée Place de la Nation.

Le Figaro rapporte le 16 juillet 1829 :

« Député à l’assemblée nationale, il avait fait de profondes études sur les différents modes de supplice adoptés par toutes les nations civilisées, et le résultat de ses recherches fut que la strangulation était accompagnée de convulsions et de contractions nerveuses terribles et d’une lente et douloureuse agonie. Il proposa donc de substituer la décollation à la pendaison. Ce fut alors qu’il inventa cette ingénieuse machine qu’il démontra devoir procurer aux suppliciés une mort plus prompte et plus douce que la potence, et dont le gouvernement ordonna l’usage général (…).  

Guillotin était un homme fort doux, fort modéré qui gémit, dit-on, longtemps, de voir son nom attaché à une machine dont la silencieuse et dévorante dictature couvrit de sang le sol de la France. Guillotin eut tort; car s’il est vrai que le couperet sépare le supplicié de la vie plus rapidement que la garotte espagnole ou que la cravate de S. Johnston il a rendu en tout cas un grand service à l’humanité ».

Héritage d’une longue tradition, les exécutions doivent être publiques comme l’indique le code pénal de 1791. Toutes les couches de la population y participent. Lors de l’exposition universelle de 1889 des touristes viennent même en cars organisés afin d’être spectateurs des exécutions du jour. La presse se fait de plus en plus nombreuse et présente. Entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème, près de 600 personnes sont exécutées, la foule devient trop présente par rapport au service d’ordre. Même si en Angleterre et aux Pays Bas, les exécutions ne sont plus publiques depuis 1860 et 68, en France, le projet de loi est rejeté en 1898.

Il faudra attendre le 24 juin 1939 pour que les condamnés à mort soient guillotinés dans l’enceinte des prisons, loin à l’abri du regard du peuple.

 

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