Découvertes de corps : la loi des séries à la mode

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La presse, depuis quelques temps, fleurit de faits divers concernant les découvertes de corps de défunt à leur domicile, généralement morts depuis longtemps. Une aggravation du phénomène ? Pas vraiment…

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Si vous êtes attentifs à la revue de presse de Funéraire Info, vous aurez noté que, trois à quatre fois par semaine, on y rapporte des faits divers relaté par la presse locale, des découvertes de corps, le décès semblant remonter à plusieurs semaines minimum. Le dernier en date remonte à avant-hier, au Creusot.

Ces faits-divers dramatiques fleurissent-ils ? L’époque est elle propice à ces histoires sordides de solitude ? En vérité, non.

Une parenthèse personnelle : lorsque je travaillais en pompes funèbres dans une ville de l’Est de la France, je voyais arriver au funérarium, l’été, au minimum un corps en état de décomposition avancé, trouvé dans un appartement, par semaine. L’été, parce que l’hiver, dans cette ville de Lorraine, les appartements étaient calfeutrés pour fuir le froid glacial, et que les voisins ne s’étonnaient pas que leurs congénères en fassent autant. Dans ma Bretagne plus tempérée, les découvertes de corps n’avaient pas ces spécificité saisonnières.

Mais jamais, au grand jamais, que ce soit à Brest ou à Nancy, je n’en ai vu une ligne, ni dans Le Télégramme, ni dans l’Est Républicain. Du point de vue de la presse régionale, retrouver une personne, chez elle, décédée depuis plus de deux jours, c’était un événement extraordinaire, qui ne semblait arriver qu’une fois tous les trois ans.

Aussi, mon étonnement a été grand lorsque, en rédigeant ma revue de presse quotidienne (sauf le week-end), j’ai commencé à voir passer de plus en plus d’article narrant ces découvertes, depuis six mois.

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Méthodes de travail

Durant cette période, j’ai interrogé bon nombre de professionnels que je connaissais dans tous les coins de la France, toujours sur le même thème « Il y en a eu plus, ces temps-ci, chez toi ? ». la réponse était invariablement la même « Non, mais c’est vrai, maintenant que tu en parles, que les journaux s’y intéressent maintenant ».

Certaines régions semblent plus concernées, si l’on en croit leurs titres régionaux. Et ceci a une explication simple : le rédacteur en chef. C’est lui qui répartit les tâches aux journalistes et définit ainsi les méthodes de travail. Il y en a de deux sortes, ceux qui laissent un correspondant à demeure au commissariat, et ceux qui n’en laissent pas.

Tout cela est très schématique, mais globalement, une rédaction peut soit se contenter des conférences de presse du procureur de la République et des séances du tribunal pour découvrir des « affaires », soit entretenir des rapports privilégiés avec les forces de l’ordre pour se faire abreuver de faits divers.

Les journaux couvrant généralement une région, on a l’impression qu’un certain type de faits divers y es particulièrement présent, alors qu’il s’agit juste d’un intérêt particulier des journalistes. Ailleurs, ces mêmes faits divers s’y déroulent dans les même proportions, mais ni vu, ni connu.

Reflet d’une époque

Une autre explication est à avancer, plus subtile : le masochisme.

Tout va mal. Vraiment très mal : la crise, la dette, le chômage, les impôts… Le Président Sarkozy a laissé un bilan calamiteux, le Président Hollande va laisser un bilan calamiteux, et la solution proposée par l’opposition pour solutionner le problème, c’est… de réélire Nicolas Sarkozy Président. De là à réélire François Hollande en 2022, il n’y a qu’un pas, qu’on n’osera pas ne pas franchir. Certains croient les électeurs capables de tout.

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L’époque est morose, et la presse nous abreuve de nouvelles moroses. Pour deux raisons. La première est la crise de défiance que traversent les journalistes actuellement : on ne les croit plus. Et certains ont la tentation de croire que si ils parlent de choses positives, on les croira d’autant moins.

La seconde est que le public semble se réfugier dans le malheur des autres, soit pour se consoler du sien, soit pour se conforter dans son pessimisme. C’est statistique : dans un même journal, qui affiche un compteur de vues, sont parus à dix jours d’intervalle deux articles, un sur un adolescent qui a plongé dans une rivière pour sauver un homme de la noyade, l’autre sur un malheureux découvert mort à son domicile depuis un an. Les deux articles étaient ouverts aux commentaires, et disposaient d’un compteur de visite. Le verdict était sans appel : le jeune héros avait quinze fois plus de commentaires que la découverte de corps… mais trois fois moins de lectures. Et le métier d’un journaliste est de faire en sorte que son journal soit plus lu.

La solution ?

Ces drames de la solitude ne sont donc pas plus nombreux qu’avant, simplement plus médiatisés. C’est le corollaire sordide de la solitude dans nos sociétés modernes dont on parle depuis… Trente ans. Simplement, une époque plus sombre et une concurrence acharnée dans l’information de choc font que ces faits-divers, autrefois négligés, font aujourd’hui les choux gras de la presse.

Quand à la solution, personne n’est encore parvenu à la trouver. Il faut dire que nous sommes peu nombreux à la chercher.

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