Dernier adieu et sueurs froides au cimetière

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Le Pilier Rouge à Brest, restes d'un menhir qui donne son nom au quartier du cimetière de Kerfautras
La canicule est sur la France. Soucieux du bien être et de la santé de ses lecteurs, Funéraire Info vous offre une tranche de vie qui devrait refroidir l’ambiance…

Le soleil encore pâle du printemps brillait sur le cimetière de Kerfautras. Dans une allée ombragée, un petit attroupement accompagnait la vieille dame jusqu’à sa dernière demeure. Le vent frais venu de la mer caressait le visage impassible des croque-morts, alignés dans l’allée, qui attendaient leur tour d’intervenir.

Pour l’instant, on en était à la bénédiction. Chaque participant passait, son tour venu, devant le cercueil, et l’aspergeait d’eau bénite à l’aide du goupillon, avant de le tendre à la personne qui lui succédait. Le Maître de Cérémonies tenait le bénitier, attendant patiemment.

Le premier à avoir accompli le geste d’adieu était l’époux. Cloué dans un fauteuil roulant par les multiples maux dus à son grand âge, sa fille le poussait. Ils s’étaient placés ensuite non loin du cercueil, conformément aux instructions du vieillard, de telle manière que chacun, l’aspersion faite, passe devant lui.

Et à tous, il serrait la main, remerciait d’être venu, et glissait une invitation : « Tu passes boire un café à la maison après, tout le monde vient, en souvenir d’elle, je compte sur toi ! ».

Puis ce fut fini. Tout le monde était passé. Le maître de cérémonies s’avança alors.

« Mesdames, messieurs, nous allons à présent procéder à l’inhumation de Madame… C’est désormais ici qu’elle reposera, en ce cimetière de Kerfautras, ici que vous pourrez venir à chaque fois que vous éprouverez le besoin ou l’envie de sa présence, ici, et, également, j’en suis sûr, en vous même. Mais avant cela, il me reste à vous souhaiter, au nom de toute mon équipe, bon courage, mesdames messieurs, bon courage. »

Une voix ferme prononça alors un « Merci » ferme. Le vieil homme, sur sa chaise roulante, le veuf, avait apprécié.

La scène était figée. Le vieillard, sa fille derrière lui, se tenait dans l’allée, fixant le cercueil, les proches étaient sur la pelouse, et personne ne bougeait. Hormis le maître de cérémonies. Il accrocha le regard d’un de ses collègues, fit un imperceptible mouvement de tète, c’était le signal. Comme un seul homme, les quatre croque-morts entourèrent le cercueil, saisirent chacun une poignée, le soulevèrent de ses tréteaux, et se dirigèrent vers la tombe, béante, à quelques mètres. Le silence était sans failles.

Soudain, le vieillard sur sa chaise s’agita. Sa bouche béait, son regard semblait perdu, et, se contorsionnant pour regarder sa fille derrière lui, il s’écria :

« Mais… Mais… Ou ils vont ? Ou est-ce qu’ils l’amènent !? »

Les croques-morts, décontenancés, stoppèrent un instant. Le vieil homme jetait autour de lui des regards affolés, implorant une aide qui ne viendrait pas. Il venait juste de comprendre que sa femme était morte. Partout dans l’assemblée, on sentait le trouble, l’indécision sur la conduite à tenir.

Le maître de cérémonies fit signe à son équipe de continuer.

Et le soleil encore pâle du printemps brillait sur le cimetière de Kerfautras. Dans une allée ombragée, un petit attroupement accompagnait la vieille dame jusqu’à sa dernière demeure. Le vent frais venu de la mer caressait le visage qui essayait de rester impassible des croque-morts, qui essayaient ne plus entendre les sanglots du petit vieux qu’on éloignait déjà de la tombe de sa femme.

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