Devis d’obsèques et chemise à fleurs, tourisme en mairie

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C’est un des scoops de la rentrée de Funéraire Info, un témoignage anonyme qui nous est parvenus à la rédaction, preuve, s’il en fallait, de l’abnégation des grands hommes qui nous gouvernent.

L’employé de mairie, derrière sa borne d’accueil, vit arriver de loin le bonhomme débonnaire. Celui-ci pouvait difficilement passer inaperçu : si on avait de mandé une définition du mot « bariolé », sa photographie aurait pu faire l’affaire. Une immense chemise orange, avec d’immenses fleurs violettes, un bermuda vert fluo, avec des fleurs orange, sans doute pour faire le rappel, et des sandales en plastique transparent, l’homme aurait aussi bien pu se faire tatouer « touriste » sur le front.

Il approcha de l’employé de mairie en cercles concentriques, tentant désespérément de prendre l’air innocent, s’attardant devant les panneaux d’affichage, essayant de paraître fasciné par le bulletin paroissial. Il finit toutefois par s’approcher du guichet. « Bonjour »

« Bonjour », répondit l’employé de mairie, « que puis-je faire pour vous ? »

« Je souhaiterai voir des devis de pompes funèbres, s’il vous plaît »

« Euh, les devis de pompes funèbres ? Vous en avez besoin ? »

« Oui, répondit l’homme, puis, semblant réfléchir, il ajouta « J’ai perdu un proche »

« je suis désolé » dit gentiment l’agent de mairie, avant de demander « qui avez-vous perdu ? »

« Euh, je sais pas, moi » dit le touriste, « un proche, c’est tout, je le connaissais à peine, mais c’est moi qui suis chargé des obsèques, et j’ai besoin de devis pour comparer. Vous devez avoir des devis, en mairie, non ? »

« Oui, je ne vous le fais pas dire, nous devrions avoir des devis de pompes funèbres, en mairie. Mais, hélas, trois fois hélas, nous devrions également avoir les moyens d’assurer notre mission de service public. Je ne vous cacherai pas, monsieur, que nous n’avons ni les uns, ni les autres ».

« Pardon ? »

« Oui, tenez, par exemple, Monsieur, nous devrions avoir des devis que les pompes funèbres nous envoient comment ? Par fax. A cause de la réduction des dotations de l’état, nous n’avons pas de quoi payer les ramettes de papier. »

« Mais ils devraient venir vous les déposer directement, dans ce cas ? »

« Et sur quoi je vais leur délivrer un reçu ? Vous savez, les croque-morts sont obtus, si ils n’ont pas de preuve de dépôt, ils ne bougent pas. Et avec… »

« …oui, oui, j’ai compris, la baisse des dotations. Dite, vous ne vous ficheriez pas de moi, par hasard ? »

« Jamais de la vie, Monsieur. »

« Bon… Je vais aller voir les pompes funèbres, alors. Histoire d’avoir un devis… »

« Oui, pour votre proche »

« Quel proche ? »

« Celui qui est mort »

« Ah, oui… Ce proche-là. Je vais aller leur demander un devis, et exiger qu’ils viennent les déposer en mairie. Le Sénat a été très clair sur ce point. »

« Vous allez à la pompe funèbre de la rue Charles de Gaulle ? Attention, il est à la foi franc et gaulliste ».

« Et alors ? »

« Et alors, il vous dira qu’il na pas que ça à faire, et que le sénat ne sert à rien. »

Le touriste devint écarlate « Comment ça, le sénat ne sert à rien ? Ce temple de la nation ! Ce sanctuaire de la république ! Est-ce que vous savez qui je suis ? »

« Non. Comment voulez-vous que je le saches ? Vous êtes ici incognito. »

« Ah, oui, c’est vrai. Bon, ben je vais y aller, alors. Au revoir. »

« Au revoir, Monsieur ».

Une fois le touriste parti, l’employé de mairie décrocha son téléphone. « Allô, Pascal ? Oui, c’est Luc, de la mairie. Le sénateur Sueur sort d’ici, il vient vers chez toi. Tu devrais ressortir tes devis-type, je crois que je l’ai mis de mauvaise humeur… »

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