En cabane, loin du Canada (réquisition carcérale)

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Certains d’entre vous auront peut être un jour l’occasion de faire des réquisitions vraiment tendues. En prison, par exemple…

Prison-300x200 En cabane, loin du Canada (réquisition carcérale)Ils arrivèrent devant l’entrée principale, ou un gardien en uniforme attendait les croque-morts. Il vérifia leur identité, à la lumière de sa lampe-torche, puis leur fit signe d’entrer. Dans la petit cour qui faisait office de sas, trois hommes attendaient. D’autres faisaient des va-et viens, tous semblaient tendus. Le silence était impressionnant. La lune et les quelques lampes halogènes jetaient sur la nuit des lueurs inquiétantes.

L’un des trois hommes vint à leur rencontre « Bonsoir, messieurs, je suis le directeur.

  • Bonsoir, Monsieur le directeur.
  • Voici Monsieur Xxx, surveillant chef.
  • Bonsoir, monsieur.
  • Et vous connaissez peut être Monsieur Xxxx…
  • Oui. Mes respects, Monsieur le Procureur. »

Des poignées de main furent échangées, puis le procureur de la république prit la parole : « Messieurs, je compte sur votre discrétion. Suivez les instructions du gardien chef. » Celui-ci, à l’invitation du magistrat, prit la parole « Bon, le tout, c’est d’éviter les incidents. Le légiste est passé, il a fait ses constatations. Les deux codétenus ont été emmenés à l’infirmerie, histoire de les tenir à l’écart. Vous venez avec moi, on y va tous les trois. Moins on est nombreux, moins on fera de bruit. L’ambiance est suffisamment tendue, avec la surpopulation carcérale, voir les pompes funèbres emmener un détenu en pleine nuit, je ne garanti pas le résultat. Si vous avez des questions, c’est maintenant. Une fois passé la première grille, c’est silence. OK ? » Les croque-morts acquiescèrent. Ils n’avaient pas de questions.

Ainsi fut fait. Ils s’acheminèrent. Une lourde porte en fer, qui fut ouverte par un gardien, puis une première grille, une seconde, une troisième. A chaque fois, un gardien ouvrait la porte, puis la refermait. Il suivait la petite équipe avec un trousseau de clefs. Enfin, ils arrivèrent devant une dernière grille. Le gardien l’ouvrit, les laissa passer, et referma derrière eux, en restant de l’autre côté.

Ils longèrent plusieurs portes, d’allure discrète, au premier abord, mais solidement renforcées, et munies d’un judas. Ils s’arrêtèrent devant une porte parmi d’autres, que le gardien chef ouvrit. A l’intérieur, trois lits, dont un superposé, sur la couchette basse duquel gisait un homme. Taille moyenne, corpulence moyenne, visage aussitôt oublié dès que le regard s’en détournait, les pétéchies dans les yeux ouverts, les lèvres bleues, un drap déchiré noué autour du cou.

Mort par pendaison.

Ils placèrent le corps dans la housse blanche, l’installèrent sur la civière, le brancardèrent en silence, la gardien chef les précédant.

Pas une parole ne fut échangée. Pas un bruit. Juste les couloirs obscurs de la prison et trois homme transportant un cadavre en toute discrétion, pour éviter l’émeute.

Les deux croque-morts chargèrent le brancard dans le TSC, refermèrent les portes en amortissant le choc, même si ils étaient désormais sortis de la « zone de silence », et repartirent, en direction de l’institut médico-légal, sur instruction du procureur. Il était deux heures du matin.

Dans le rétroviseur, les murs de la prison diminuèrent, jusqu’à disparaître complètement.

Ce fut seulement à ce moment que les deux hommes se sentirent autoriser à respirer à nouveau normalement.

1 commentaire

  1. La pendaison; une façon d’échapper à son destin, une façon de ne plus subir la vie et les souffrances : quitter ce monde dans l’espérance de retrouver un autre monde meilleur de l’autre côté
    Arrivé à un stade ou la dépression vous ronge, il faut avoir de bonnes raisons de vouloir continuer à vivre et surtout quand l’avenir de soi est sombre et pour longtemps

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