« il » de Derek Van Arman, chronique d’un livre

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IlMidRes1-190x300 "il" de Derek Van Arman, chronique d'un livreLes romans de Serial Killers sont un genre à part, à part entière, bien sûr, mais aussi une spécialité bien codée, dont l’un des codes consiste à les briser, les codes, vous suivez ? « Il » de Derek Van Arman, en est un, de roman de serial killers, comme il en sort des camions entiers chaque année, bien que le nombre de livre sur les serial killers en librairie soit inférieur au nombre de serial killers actuellement en liberté…

… Ce qui est impressionnant, quand on y pense.

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Hannibal Lecter, n'importe quoi vendu à 10 millions d'exemplaires en librairie

La légende veut que l’auteur Derek Van Arman, pseudonyme d’un écrivain qui n’a écrit qu’un seul livre, a été arrêté par le FBI, qui voulait savoir comment le romancier en savait autant sur ses méthodes d’investigations. Ce qui arrange tout le monde : l’auteur, qui voit la publicité gratuite ainsi faite dynamiter ses ventes, et le FBI, qui construit avec cette pierre un mur porteur de son arnaque la plus réussie, les profilers.

Comment ça, vous ne saviez pas que les profilers sont une escroquerie ? Bougez pas, j’explique.

Là, pendant que vous lisez ceci, maintenant, tout de suite, il y a 150 tueurs en série en activité, libres, aux Etats-Unis. Oui, oui, 150. C’est une estimation, le nombre de tueurs en série effectivement détectés par le FBI et suivis est 70. Les autres sont des sérial killers sans modus operandi précis, ou bien la coopération entre les services de police est moins efficace qu’elle devrait, et donc, on pense qu’ils sont là, quelque part, sans aucune idée de qui ils sont, comment ils agissent, et surtout, comment les attraper. Beaucoup d’entre eux finissent d’ailleurs impunis. Le Zodiac, par exemple, n’a jamais été traduit devant un quelconque tribunal.

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Henry Lee Lucas, vrai tueur en série, auteur de 200 homicides (nombre exact inconnu)

Le travail du FBI, en la matière, est d’attendre. Se rendre sur chaque scène de crime, dresser des statistiques de présence, collecter des échantillons, attendre l’erreur. Une empreinte digitale, une trace ADN, bref, un petit lien qui permettrait au labo de sortir un nom. Le véritable travail du FBI est d’attendre un coup de chance.

Mais l’avouer au contribuable américain, ce n’est juste pas possible. C’est pour cela que le Bureau Fédéral d’Investigation a inventé les profileurs, a laissé fuiter des informations dans la presse, a encouragé les écrivains et les cinéastes à développer le sujet. Bref, ils ont fabriqué un mythe de toute pièce, puisque le nombre très exact de tueurs en série attrapés grâce au travail des profileurs du FBI est de zéro. Pas plus, pas moins : zéro. Le profileur n’est pas un enquêteur, c’est un communiquant. Lisez des livres sur les serial killers, pas n’importe quoi, hein, balancez tous vos Thomas Harris à la poubelle, merci, mais des livres de journalistes, qui expliquent comment ils ont été attrapés. Entre ceux qui ont été interpellés suite à un travail de flic, une vraie investigation de terrain, ceux qui sont tombés suite à un hasard incroyable, ou ceux qui se sont simplement livrés à la police, il n’y en a pas un seul, pas un, qui ait été interpellé grâce au travail d’un profileur.

Lisez un rapport de profilage : c’est une déduction statistique, exacte, mais inexploitable. « Le tueur est un homme blanc entre 25 et trente ans qui torturait des animaux quand il était petit ». Formidable, reste plus qu’à interroger quarante millions de suspects pour savoir qui arrachait les ailes des mouches. Pour faire plus simple : lisez la biographie de dix sérial killers : quand vous aurez fini, vous serez aussi capable de dresser un profil.

Le boulot du profileur est de faire croire que le FBI maîtrise la situation et sait ce qu’il fait. Bien entendu, ils ne le disent pas aux profileurs, qui ont l’ego tellement surdimensionné qu’ils sont incapables de le comprendre par eux même.

Le FBI remercie donc Derek Van Arman pour sa collaboration à sa propagande.

Mais sinon, le bouquin est bien ?

Mince, on arrive déjà au bas de la page, qui est, d’après une étude, la limite au delà de laquelle vous perdez votre concentration sur internet. Je n’ai donc, matériellement, plus la place de le chroniquer ici, et de vous dire que le livre est quand même assez bon.

En même temps, je n’en avait absolument aucune envie : je l’ai acheté, en librairie, c’est donc une lecture personnelle et de plaisir. Si le service de presse m’en avait envoyé un exemplaire, sachant que nous sommes quand même un site d’information qui vise 300 000 professionnels ciblés en France, entre les professionnels des pompes funèbres et marbrerie, les agents hospitaliers des services mortuaires, les services d’etat-civil, les associations etc… Là, je me serai senti obligé de le lire et d’en parler, mais ce n’est pas le cas. Je ne vais tout de même pas raconter ma vie sur un site agréé par Google Info, non ?

Avis donc aux services de presse : faites votre boulot, je ferai le mien. Là, comme je n’ai rien reçu, je prendrai mon samedi. Cordialement.

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