Il y a 300 ans, le Roi-soleil se meurt à Versailles

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C’est le règne le plus long de notre histoire. 72 années. Il y aura 300 ans demain matin (8h15), Louis XIV mourrait à Versailles au terme d’une semaine d’agonie, rongé par la gangrène. Des adieux publics et solennels. Un anniversaire tout aussi public et médiatique. Chez le roi Soleil, rien n’a changé.

Le feuilleton commence le 10 août 1715. Scène d’ouverture : le souverain rentre de la chasse une vive douleur à la jambe gauche. Une sciatique, diagnostique son médecin. Prescription : du lait d’ânesse. Mais au fil des jours et des épisodes, des taches noires apparaissent et la jambe enfle. On incise : c’est la gangrène. Sous sa perruque, Louis XIV serre les dents et vaque à sa fonction. Mais le 25 août c’est trop. A 76 ans, il s’alite. En public.

Le 26, ses médecins étant impuissants, il reçoit allongé et affaibli son arrière-petit-fils, 5 ans, futur Louis XV. Le seul mâle qui reste. « Soulagez votre peuple, ne faites pas la guerre », conseille l’ancêtre qui en a abusé. Le temps de faire ses adieux (trois fois) à sa femme Madame de Maintenon, de tester le 29 août un « remède miracle » inopérant, et le roi tombe dans un semi-coma le 30. Il n’a plus ses esprits, est pris de convulsions. Le 1er septembre, le roi est mort. Sans doute le fruit de la goutte et du diabète.

Le lendemain, une autopsie est pratiquée dans une antichambre. Tout le côté gauche est gangréné, du pied à la tête. Le droit un peu moins. On y constate des chairs noircies, un calcul rénal, une aorte calcifiée, des intestins dilatés, et le sang « dans une entière dissolution ». Le corps ensuite embaumé, enfermé dans deux cercueils de plomb et de chêne et est ensuite exposé à Versailles.

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Convoi funèbre du roi vers Saint-Denis

Au château, certaines pièces sont tendues de noir, et les habits suivent. Après une semaine sinistre, le corps du désormais ex-roi quitte Versailles le 8 septembre au soir, direction la basilique royale de Saint-Denis, au nord de Paris, et ses mausolées. Un trajet de près de dix heures. Le cérémonial est bien huilé. Le cercueil est posé sur un chariot surmonté d’un dais, entouré de gardes écossais. Dans le long convoi, l’archevêque de Paris, les princes du sang, des délégations religieuses, des gentilshommes  de la cour, des officiers, des écuyers, des militaires… Un groupe de pauvres portant des torches ferme la marche.

Le corps est dispersé. Deux aumôniers sont partis discrètement porter les entrailles à Notre-Dame-de-Paris. Le cœur, lui, est envoyé à l’église de la rue Saint-Antoine rejoindre celui de Lois XIII.

A Saint-Denis, un décor théâtral a été dressé, fait de noir, d’or et d’argent. Le faste, toujours. Un office funèbre est célébré le 10. D’autres cérémonies sont prévues en France. Au bout de 40 jours, le cercueil est descendu en grandes pompes dans le caveau des Bourbon, posé sur des tréteaux de fer au bas de l’escalier, où il prend la place de son père Louis XIII, lui-même porté plus loin avec ses ancêtres dans le caveau des Cérémonies. Le dernier arrivé reste ainsi à l’entrée, attendant son successeur. Louis XIV y est demeuré jusqu’en 1774 (mort de Louis XV).

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Plaque de cuivre ornant le cercueil

Ce qui devait être éternel ne fut qu’éphémère. En octobre 1793, des révolutionnaires sont venus profaner les tombeaux royaux. Une besogne débutée le 12 octobre. Le lundi 14, le travail reprend. Rois, reines, princes sont exhumés et jetés dans une fosse commune. Ainsi, on déplace la bière en plomb du Roi-soleil et la plaque de cuivre qui l’orne, portant son identité. On soulève le couvercle. Sous le suaire et ses bandelettes, le corps apparaît. Grand, reconnaissable, l’air sévère, le crâne scié, bien conservé… Mais tout noirci.

La momie est sortie, et jetée sur celle d’Henri IV. Des pillards prélèvent des dents, un ongle. De la chaux est versée sur les ossements. Des fouilles seront ordonnées en 1817 par la royauté restaurée pour récupérer les restes mélangés, non identifiables, aujourd’hui enfermés dans un ossuaire de Saint-Denis. La plaque de cuivre a été miraculeusement retrouvée plus tard chez un chaudronnier local. Quand au cœur du monarque, son reliquaire a été fondu à la Révolution. Vendu à l’encan, récupéré par un peintre qui s’en serait partiellement servi pour le glacis d’un tableau, l’organe a été restitué sous la Restauration et est actuellement exposé dans une armoire à la basilique de Saint-Denis.

Pour en savoir plus : exposition « Le roi est mort » du 27 octobre 2015 au 21 février 2016 au château de Versailles. Mardi 1er septembre à partir de 20h55 sur France 2, deux numéros du magazine « Secrets d’histoire » consacrés au règne de Louis XIV et à sa mort.

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