Internet : quand les morts continuent d’exister

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Quelles traces laissons-nous sur internet après notre mort ? Une équipe universitaire pluridisciplinaire (Paris 3, Paris 13, Compiègne) se plonge dans les réseaux sociaux et les sites mémoriaux, pour en décrypter les usages à l’heure où le numérique grignote le secteur funéraire.

Pour Hélène Bourdeloie, co-partenaire du projet, ce programme financé par l’Agence nationale de la Recherche baptisé « Usage du web et éternités numériques » va pouvoir apporter d’ici à 2017 des éléments de réponse sur un terrain jusqu’alors peu défriché en France, bien davantage en Amérique du Nord et ailleurs en Europe.

Sites d’hommages, coffre-fort numérique, QR Code, Facebook, Google… A-t-on réfléchi au devenir de nos données personnelles ? Et quels proches auront à les gérer ? Pour en faire quoi ? Et à qui les confie-t-on ? Comment les protéger ? Depuis 2013, l’équipe observe le web du funéraire, discute avec ses acteurs, ses consommateurs, distribue des prospectus en pompes funèbres pour toucher les familles. Elle propose notamment un questionnaire en ligne d’une quinzaine de minutes, bien utile pour l’enquête.

Aujourd’hui, on poste sur Youtube les musiques qu’aimait un défunt. Des familles continuent à faire « vivre » le compte Facebook d’un mort, ou créent une page en hommage sur un site dédié. Une manière de l’honorer, de perpétuer son existence sociale. Au risque de brouiller les frontières entre espaces public et privé. Au risque aussi de contrarier la coupure nécessaire au travail du deuil. Hélène Bourdeloie tempère : « Un mémorial sur le web peut cependant soulager la douleur dans certains cas, quand il n’y a pas de lieu physique pour se recueillir. Dans le cas d’une dispersion de cendres par exemple. »

Reste que tous les sites ne se valent pas. Facebook draine parfois des propos inappropriés au deuil. « Dans ce cas, un site d’hommage sera vu comme plus légitime, plus sérieux », poursuit la chercheuse. Une société Facebook qui a par ailleurs tardé à s’interroger sur le devenir du compte d’un abonné mort. Et puis internet a sa logique propre, celle des algorithmes, qui verra surenchérir dans l’hommage et la tristesse pour se distinguer, donc être visible sur la toile. Certes, en y établissant un autel virtuel à l’effigie du défunt, on peut ainsi le faire accéder à l’immortalité. Mais noyé dans la masse.

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