J’ai survécu : mon fiancé et mes parents sont morts et moi j’ai survécu

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j'ai survécu

Emilie a été victime d’un accident de voiture il y a cinq ans. Elle était en compagnie de son fiancé et de ses parents. Un camion les a percutés. « J’ai survécu ». Depuis 5 ans, elle fait son deuil, depuis 5 ans, elle vit avec le syndrome du survivant. Ses rendez-vous avec sa psychothérapeute sont terminés. En toute intimité, elle m’a permise d’assister à une séance, sa toute dernière séance…

« Hier j’étais en forme et puis je me suis levée pour aller courir. En rentrant, je me suis mise à dessiner, un peu la maison de mes rêves, celle que je voulais avec mon fiancé. Ça paie pas de mine comme ça, c’est ouvert sur une sorte de patio, j’adore la verdure. On l’adorait tous les deux. Ensuite j’ai fait mon ménage, ma lessive, et c’est seulement une fois que je m’étais posée, que j’ai réalisé qu’on en était là, que c’était le cinquième anniversaire »

« Et là, qu’est-ce-que vous avez ressenti ? »

« Je me suis sentie un peu coupable. C’était injuste vous ne trouvez pas, de les avoir oubliés. Et puis après je me suis sentie soulagée »

« Dîtes-le moi, dîtes moi votre souvenir ».

« Eh bien, mon fiancé et mes parents sont morts dans un accident de voiture, et moi j’ai survécu ».

« Dîtes-le encore une fois ».

« Mon fiancé et mes parents sont morts dans un accident de voiture, et moi j’ai survécu. J’ai survécu. »

« Vous vous rendez compte du temps qu’il vous a fallu pour le dire et de tout le chemin que vous avez parcouru ? »

« Ils ont été tués et j’ai survécu »

« Oui, vous avez survécu, racontez moi ce qu’il s’est passé le week-end dernier. »

« Je suis allée voir mes beaux-parents, j’ai pu m’asseoir et discuter avec eux de leur fils. »

« C’était la première fois depuis son décès, et la dernière chose de votre liste, je pense que nous en avons fini, vous me venez me voir en thérapie depuis plus de 5 ans et ce toutes les semaines, vous vivez seule, vous n’êtes plus sous traitement, vous avez même envoyé une lettre de motivation dans cette grande école d’architecture, vous êtes prête. »

« J’ai été prise ».

« À l’école, ? C’est super Émilie »

« Oui, mais c’est à Paris »

« Et ? »

« Je vais faire comment sans vous ? Je n’ai pas envie d’arrêter ça me fait du bien de venir ici ».

« Bon, dites moi comment vous avez été prise dans cette école. »

« J’ai fait une lettre de motivation et j’ai envoyé mes maquettes. »

« Exactement, vous avez écrit, vous l’avez choisie et surtout vous avez tout fait pour y entrer. Que les gens que vous aimez soient là ou non, l’architecture c’est votre talent, c’est votre avenir. Vous avez envie de venir, mais vous n’en avez plus besoin, et si vous continuez de venir, vous aurez du mal à vous projeter à nouveau dans l’avenir, alors que ça fait cinq années que vous êtes sur cette voie, pour en arriver justement là où vous en êtes. »

« Ça me fait peur, et si ça me plaisait plu ? »

« Ça ne fait rien, vous aurez essayé. Et c’est ça, faire partie de la vie »

« Merci … Merci d’avoir de m’avoir sauvé et d’avoir été ma famille quand je n’en avais plus ».

 

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