La pénibilité pour les pompes funèbres, marbreries, thanatopracteurs

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(source : http://www.pcf-ardeche.fr/spip.php?article241)

La réforme actuelle du régime des retraites, et celles qui suivront, ne pourront pas faire l’impasse sur un enjeu sensible : la pénibilité du travail. Comment la définir, comment l’apprécier, et surtout, concerne-t-elle les métiers du funéraire ?

feignasse-300x179 La pénibilité pour les pompes funèbres, marbreries, thanatopracteurs
(source : http://www.pcf-ardeche.fr/spip.php?article241)

Vu de l’extérieur, les pompes funèbres donnent l’impression d’un métier certes lourd moralement, mais plutôt décontracté : porter le cercueil sur quelques mètres, attendre, porter les fleurs, travailler en costume-cravate sont des éléments d’apparence. Il en va du professionnalisme de donner à voir une équipe rodée qui semble ne même pas faire d’efforts en réalisant un convoi impeccable, toute difficulté montrée pouvant inquiéter la famille. Pourtant, loin de l’image lisse, la profession pourrait prétendre à une reconnaissance de sa pénibilité, à l’instar d’autres pays.

Le port de charges lourdes

Porter un défunt, porter un cercueil, porter des compositions florales, en cuillère, à l’épaule, au bois : peu importe la technique, ce qui compte est la charge. Et avec des défunts pouvant peser plus de cent kilos, des cercueils dont certains modèles, à vide, atteignent les 80 kilos, la charge à supporter est importante. Certes, il existe des techniques, mais elles impliquent que toute l’équipe soit parfaitement coordonnées et les applique à la lettre. Beaucoup d’entre nous connaissent la joie de porter un cercueil à l’épaule, lorsque votre voisin mesure quinze centimètres de moins que vous. Et la descente dudit cercueil, si les quatre porteurs ne font pas tous exactement le même mouvement au même moment : ce sont vos vertèbres qui vous signaleront que votre position était mauvaise. Pas de grand-chose, mais l’accumulation est dangereuse.

De même pour les mises en bière. Un défunt pesant, dans une pièce exiguë, et voilà les porteurs qui se contorsionnent pour pouvoir bien se placer avec plusieurs dizaines de kilos au creux du coude. Les brancardages également : procéder à l’enlèvement d’un corps dans un domicile qui n’a pas été pensé pour cela s’avère souvent usant pour les articulations et les muscles.

Le problème supplémentaire auquel doivent se confronter les employés de pompes funèbres, c’est le travail à froid : de longues périodes d’inactivité physique sont brusquement interrompues par des efforts violents. Hors de question, bien entendu, pour le porteur resté au fond de l’église afin d’ouvrir la porte aux retardataires de s’échauffer, ou à l’équipe de faire des étirements devant le registre de condoléances. Pendant trois quart d’heures, vous êtes inactifs au fond de la salle, à écouter l’officiant, et sans transition, vous voilà à soulever cent cinquante kilos de cercueil occupé : c’est le plus grand danger et la plus grande cause d’usure.

Toxicité naturelle, toxicité chimique

Le travailleur de la mort est également confronté à nombre de menaces chimiques ou naturelles. La décomposition, pour commencer : dès le début du processus, peu de temps avant la mort, le corps se met à multiplier de façon incontrôlée des bactéries dont certaines peuvent engendrer des désordres importants sur la santé des vivants.

Les maladies, ensuite. Un défunt, par définition, n’est pas en très bonne santé. Et le professionnel du funéraire n’a pas forcément accès à toutes les informations. Certes, lors d’une intervention sur un accident de la route, la cause du décès semble évidente, mais qu’en est il des antécédents, et des éventuelles maladies que porte le corps ? Si certaines ne survivent pas très longtemps après le décès, d’autres en revanche ont une persistance suffisante pour contaminer un manipulateur peu protégé. Idem pour les souches nosocomiales : si le personnel se transmet efficacement les consignes sur les précautions de contact, la chaîne est longue jusqu’aux pompes funèbres, et un signalement de staphylocoque peut s’égarer en route.

Les thanatopracteurs en savent quelque chose : le formol n’est pas un produit anodin. Toxique, cancérigène, il envahis la salle de soins, en particules aériennes, en fluides répandus. Si tous les employés des pompes funèbres passant par un labo sont susceptibles d’en inhaler ou d’entrer en contact dermique avec lui, les thanatopracteurs passent plus d’une heure dans une pièce qui en est saturée, plusieurs fois par jour. Il serait intéressant de faire une étude sur la santé de la profession.

Que dire enfin des marbriers et fossoyeurs qui descendent dans des fosses et des caveaux pour procéder à des exhumations ou des réductions, par exemple ? Même protégés, cela revient à plonger dans un bouillon de culture sans combinaison NBC, seule réellement étanche.

Aspects non quantifiables

Il reste les aspects non quantifiables, le domaine moral de la profession.

Les pompes funèbres sont confrontées, chaque jour, par définition, à la mort, au deuil, à la souffrance humaine. Par nécessité, ils ont accès à des informations sur la vie du défunt, et, par proximité avec les proches, à des informations parfois lourdes sur le passé de celui-ci. Notre profession est un observatoire quasi parfait sur notre société, dans ce qu’elle a de plus beau, parfois, lorsque la mort est vécue entourée d’une famille aimante et dans une atmosphère de sérénité qui accompagne un décès vécu comme une délivrance, mais aussi dans ses aspects les plus sordides : mort d’un enfant, décès brutal, homicide, accident tragique, suicides, tout cela forme une accumulation de souvenirs lourds, qui peuvent travailler et miner quiconque ne sait pas les gérer.

L’environnement psychologique de la profession, si l’on peut l’appeler ainsi, est donc lourd à porter, et un professionnel du funéraire, même d’un tempérament jovial, glissera doucement vers le pessimisme. Non, il n’est pas naturel, lorsqu’un vous annonce qu’un couple attend un heureux événement, de penser immédiatement à la mort prématurée des enfants in utéro. Si la première chose à laquelle vous pensez lorsqu’on vous annonce ce genre de nouvelles, c’est le pire, c’est que le métier vous as pris. A combien cela peut il s’estimer ?

Pénibilité-300x211 La pénibilité pour les pompes funèbres, marbreries, thanatopracteurs
(source : http://www.fed-cfdt-sante-sociaux.org/content/la-cfdt-se-mobilise-contre-la-penibilite)

Pour conclure

Bien d’autres aspects encore peuvent justifier, non pas la reconnaissance, mais au moins une enquête sérieuse sur le travail aux pompes funèbres. Et l’on a beau guetter les bulletins officiels, rien n’est fait. Les mauvaises langues diront que c’est parce que quand les pompes funèbres font grève, l’économie n’est pas paralysée. Les personnes plus sympathique diront que c’est parce que notre profession se fait trop discrète. Certains représentants du patronat diront sûrement que c’est parce qu’on exagère beaucoup ces histoires de pénibilité.

Certains observeront que cet article ne parle que des employés. Les patrons d’entreprises de pompes funèbres et de marbrerie n’y sont donc pas exposés ? Si, bien sûr : ils doivent supporter certains employés, qui sont vraiment, vraiment pénibles, parfois.

 

4 COMMENTAIRES

  1. Travaillant dans les pompes funèbres depuis un certain temps comme MC, porteur et marbrier je reconnais tout à fait la pénibilité que nous avons dans ce milieu, et il serait légitime qu’elle soit enfin reconnu.

  2. en temps qu’ancien fossoyeur, chef fossoyeur et maintenant conservateur de cimetière ( depuis 31ans et demi de metier) il serait bien que la pénibilité soit reconnue, ce ne serait que justice

  3. Les textes existants déjà sur la pénibilité (depuis 2010 applicables en 2012) reconnaissent les expositions aux risques suivants comme « facteurs de pénibilité » :
    – Manutentions manuelles de charges
    – Exposition à des agents chimiques dangereux
    – Postures pénibles
    Ce qui obliges les employeurs de salariés exposés à ces risques de faire au minimum une fiche d’exposition par salarié afin de suivre la dite exposition et de voir, au moment venu, si ces salariés peuvent bénéficier d’une retraite anticipée. (pour les entreprises de plus de 50 salariés il faut faire bien plus : un diagnostic pouvant aller jusqu’à un plan d’actions)
    Donc notre métier est déjà reconnu comme ayant certaines tâches « pénibles ». (les risques psychosociaux ne sont pas encore reconnu, mais peut-être un jour…)
    De plus le tableau n°98 des maladies professionnelles permet de faire reconnaître quasi-immédiatement certains maux de dos comme maladies professionnelles pour toute personne exposée aux manutentions manuelles ayant travaillées plus de 6 mois dans les travaux funéraires.
    Re de plus, toute règle ayant ses exceptions, le comité de reconnaisse régional des maladies professionnelles de Bretagne a reconnu comme maladie professionnelle, récemment, au titre de ce tableau n°98 une personne n’ayant travaillée que 4 mois dans les pompes-funèbres sans autre exposition connue.
    Alors, oui notre métier présente des expositions à des facteurs de pénibilité, il existe déjà des moyens de le reconnaître, en attendant d’autres avancées.
    Mais il ne faut surtout pas oublier : messieurs les employeurs, à votre document unique, à vos mesures de prévention et à vos fiches d’exposition.
    Gilles
    Gérant d’une entreprise de PF
    (Ancien) Préventeur habilité « Intervenant en Prévention des Risques Professionels ».

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