L’affaire Marie Besnard, l’empoisonneuse

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Il y a 60 ans débutait le premier procès de Marie Besnard, accusée d’avoir empoisonné à l’arsenic onze personnes. Trois procès en tout qui ont passionné la France de 1949 à 1961, et qui ont donné lieu à deux fois onze exhumations.

urbain-grandier-212x300 L'affaire Marie Besnard, l'empoisonneuse Loudun, son cadre paisible, ses possédés…

En 1948, Loudun sortait des périodes de collaboration. A cette époque, on a beaucoup jasé et la délation était courante parmi certains clans. Celui qui avait survécu et s’était un peu enrichi était vite soupçonné d’être responsable de tous les maux. C’était le début de la guerre froide, relançant la lutte contre le communisme et l’athéisme et renforçant ainsi le traditionalisme dans des bastions catholiques comme Loudun.

L’affaire des possédées et d’Urbain Grandier, au XIIe siècle, est très liée aux protestants de Loudun. Après la reddition de La Rochelle, en 1628, Loudun fut le bastion protestant le plus important de France. Et Richelieu a alors tout fait pour abattre cette ville située à 18 kilomètres de la ville nouvelle de garnison créée par le cardinal et qui porte son nom. Dès 1631, des scènes d’hystérie eurent lieu au couvent des Ursulines, dont la mère supérieure était Marie Jeanne des Anges et le confesseur Urbain Grandier. Trois années plus tard, de nouvelles rumeurs accusent Grandier d’avoir introduit le diable dans le corps de ces malheureuses ursulines. Le prêtre sera arrêté en février 1634 et durement questionné. Jugé le 8 août 1634, il sera condamné à être brûlé vif sur la place devant l’église Sainte-Croix le 18 août 1634.

l-affaire-marie-besnard-300x225 L'affaire Marie Besnard, l'empoisonneuse L’affaire Marie Besnard

En 1949, année de l’inculpation de Marie Besnard, les médias ont poussé les juges et les jurés à parler d’empoisonnement à l’arsenic. On a accusé Marie Besnard d’avoir empoisonné onze personnes de sa famille proche pour des questions d’héritage. Une première commission rogatoire décida l’exhumation de 12 cadavres (les 11 empoisonnés présumés et mi témoin). Des erreurs dans les prélèvements sur les squelettes jetèrent le doute sur les expertises visant à évaluer le taux d’arsenic. La validité de la méthode de Marsh utilisée pour doser l’arsenic fut aussi contestée : cette méthode d’analyse, qui date de 1860. se révèle sensible, peu sélective et peu précise. Malgré cela, l’avis des experts indiquant une présence d’arsenic dans les squelettes influencera fortement les jurés…

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Le premier procès eut lieu à Poitiers en février 1952 et, devant le doute, le juge réclama une nouvelle exhumation des onze cadavres. Un deuxième procès débuta à Bordeaux le 15 mars 1954 . Les nouvelles expertises, contrairement à celles de 1949, donnèrent un résultat jugé ambigu et Marie Besnard fut remise en liberté provisoire le 12 avril 1954. Une troisième exhumation fut alors réclamée par les juges. Si les recours sont toujours possibles en droit français pour toute expertise, il faut toutefois apporter de nouveaux éléments la justifiant. Une nouvelle méthode de recherche de l’arsenic fut cet élément nouveau.

Joliot-Curie en sauveur

C’est Fréderic Joliot-Curie, en 1958, qui imposa pour cette troisième expertise la méthode Griffon par activation nucléaire. Cette méthode consiste à bombarder un corps avec des neutrons. Si celui-ci contient de l’arsenic, on obtient une radioactivité artificielle et sélective de l’arsenic que l’on peut mesurer avec des compteurs Geiger Muller. Cette méthode plus fiable permit de montrer une absence d’arsenic dans les squelettes. À l’issue d’un troisième et dernier procès, Marie Besnard fut enfin définitivement acquittée le 12 décembre 1961 .

Cet acquittement est dû en grande partie à la ténacité des deux avocats de Marie Besnard, Maitres Hayot et Favreau-Colombier. Dans son ouvrage, La force de l’innocence, Maître Jacqueline Favreau-Colombier relate en détail les différents procès. Marie Besnard est décédée le 14 février 1980 à Loudun. Pendant plus de quatre ans, il n’y a eu aucun acquéreur du Loudunois pour acheter sa demeure.

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