L’agent funéraire et la gestion émotionnelle – 3ème (et dernière) partie.

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Dans cette troisième et dernière partie, nous allons découvrir un phénomène émotionnel présent lors de la théâtralisation des différentes phases du devenir d’un défunt, lorsque le jour de ses funérailles est arrivé.

Le « jeu des obsèques » met alors en place un mécanisme récurrent qui fait appel aux mêmes gestes et au même process pour chaque opération de préparation du convoi, où l’émotion se veut, pratiquement à chaque fois, au rendez-vous, aux côtés des agents funéraires en action autour du défunt et de la famille de celui-ci.

 

Intelligence-émotionnelle-300x300 L’agent funéraire et la gestion émotionnelle – 3ème (et dernière) partie.Selon la sociologue Peggy Thoits, l’émotion comprend quatre éléments :

–      Une situation sociale perçue ;

–      Un ressenti physiologique ;

–      Des expressions gestuelles, faciales ou verbales ;

–      Un étiquetage de l’émotion.

« Certains facteurs combinés peuvent amorcer une situation de véritable crise existentielle, qu’il est donc important d’inventorier :

– la répétition des tâches,

– la morosité,

– les projections et les identifications,

– le manque de formation initiale et continue,

– la dynamique interpersonnelle dans une équipe de travail,

– les exigences des familles,

– la charge de travail,

– l’organisation du travail et la définition des missions de chacun,

– la disponibilité hiérarchique,

– l’histoire personnelle,

– la manipulation de restes humains et de corps atteints dans leur intégrité,

– l’isolement social,

– etc. »*

Le travail d’exécution des prestations funéraires des pompes funèbres est avant tout un travail émotionnel qui s’opère devant un public.

Il est émotionnel pour ses agents,  par les émotions ressenties lors des cérémonies. Ces émotions ressenties émanent des membres du public qui extériorisent leur douleur ressentie suite à la perte d’un proche et produisant un effet sur les autres participants.

Si le travail sur soi consiste à surmonter la douleur d’autrui afin de lutter contre la pénibilité au travail, voire à transformer sa personnalité et, éventuellement refouler ses sentiments, cela peut avoir des effets particulièrement néfastes sur la santé mentale des individus, car : « Nul ne sort indemne du jeu des émotions » (Jeantet).

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Dans ce contexte particulier, nous devons faire une importante distinction :

Les agents funéraires sont donc confrontés au jeu émotionnel de la réception des émotions d’autrui et de leur canalisation, tout en gardant une parfaite maîtrise de soi, pour ainsi dire : « une apparence de froideur professionnelle » afin de rester neutre.

Dans le cadre très précis du deuil, les agents funéraires doivent jongler avec leur palette de compétences et la maîtrise d’eux-mêmes. Or, la compassion et l’empathie sont deux concepts différents.

La compassion est le fait de ressentir des émotions, les siennes ou celle des autres afin de comprendre la situation présente et d’aboutir à une charge émotionnelle collective.

L’empathie c’est plutôt une politesse qui permet à l’agent funéraire de se mettre au même niveau que les familles endeuillées, sur le plan de « l’affichage émotionnel » et de sa réserve professionnelle. Une sorte de technique professionnelle qui permet d’instaurer un climat de confiance entre l’opérateur et les familles.

Or, la « contagion émotionnelle »  est une sorte de raté de la compassion puisque c’est l’inverse qui se produit : l’agent funéraire n’arrive plus à ressentir les émotions de manière à se contrôler lui-même mais ressent celle des gens dans la peine et plonge dans le ressenti de la douleur intérieure des gens qui sont présents, par exemple, au moment de la mise en bière. Du coup, il est en quelque sorte « contaminé » par une sorte de tension psychologique et se retrouve prisonnier de ce qu’il voit ou entend.

Cet état devient un véritable problème psychologique dès lors que l’agent funéraire, trop faible et trop instable psychologiquement, se met à « péter les plombs » tout seul, comme disent certains confrères, et à faire n’importe quoi dans sa vie professionnelle (convoi bâclé, irrespect de ses collègues et des familles, caractère aigri, froid et instable…) puis dans sa vie personnelle (mauvaise hygiène de vie, alcool, dépression, enfermement, drogues et addictions diverses, et peut-être le suicide…).

La « contagion émotionnelle », donc, est l’état le plus dangereux, s’il en est, pour l’opérateur funéraire, car, dès lors que celui-ci a franchi un point de non-retour au niveau de son self-control, alors celui-ci s’embourbe dans les méandres de la souffrance au travail.

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Ressentir la détresse psychologique d’autrui, c’est pénétrer dans l’intimité de la douleur des autres, mais également ressentir d’anciennes souffrances personnelles qui ont influencé le court de son histoire intime.

L’état de stress ou d’angoisses intérieures provoqués par une émouvante cérémonie similaire à celle que nous aurions pu vivre pendant notre vie est monnaie courante chez l’agent funéraire.

Du coup, on pourrait penser que l’agent funéraire, qu’il soit porteur, maître de cérémonie ou thanatopracteur, est encore plus exposé face à un douloureux évènement qui pourrait surgir au sein de sa famille, fait extrêmement important qui pourrait modifier la vision que celui-ci possède de son propre métier et éventuellement perturber sa propre carrière, de manière négative.

Cet état psychologique peut altérer également la vie intime et familiale du salarié et serait à l’origine d’un bon nombre de divorces en France, sous le motif que la conjointe ne supporterait plus « les odeurs » imprégnées sur les vêtements ou bien le simple fait que l’époux fasse de la manutention avec des défunts et rentre le soir faire la cuisine, embrasser ses enfants et partager le lit conjugal, malgré une hygiène personnelle très calibrée et sécuritaire.

La vision de la vie est modifiée et une tendance à la dépression pourrait s’installer si le salarié demeure trop faible mentalement.

Conclusion :

Dans l’imaginaire collectif, les gens s’imaginent que le « croque-mort » est immunisé contre toute forme de pénibilité psychologique. Or cette affirmation est d’autant plus fausse qu’elle n’y parait, car, bien au contraire, l’agent funéraire, même s’il s’occupe des familles en deuil de manière régulière, celui-ci « se blinde » face à la souffrance d’autrui, mais jamais contre la sienne.

La première partie est ici

La seconde partie est ici

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