Le Chemin des Dames, bataille funèbre

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Assaut sur le Chemin des Dames

Dans le département de l’Aisne entre Laon et Soissons, une paisible route de campagne a été le théâtre d’une des batailles les plus meurtrières de la première guerre mondiale : le Chemin des Dames.

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Le village de Soupir, dans l’Aisne, sur le Chemin des Dames

L’heure est venue

La décision d’une offensive de grande ampleur est prise par le général Joffre quand il est encore à la tête de l’armée française. Les grandes lignes de l’offensive sont alors décidées : ce sera une attaque conjointe avec les troupes anglaises sur le front entre Vimy et Reims. Le front a la forme d’un angle droit : entre Vimy et Soissons, le front est d’orientation nord-sud et ouest-est entre Soissons et Reims. Tandis que les Anglais attaqueront sur la ligne entre Vimy et Soissons, les Français le feront entre Soissons et Reims afin d’affronter les Allemands selon deux directions différentes.
En décembre 1916, Nivelle remplace Joffre à la tête des armées. Il reprend le projet de Joffre : son idée est de concentrer un maximum de forces sur cette partie du front afin de l’enfoncer. Sûrement pour prévenir une telle offensive, dont l’ampleur ne permet pas de garder le secret absolu, les Allemands se replient du 15 au 19 mars 1917 sur la ligne Hindenburg. Leur front est réduit de soixante-dix kilomètres, permettant d’économiser de nombreuses divisions. L’angle droit de la ligne de front est gommé : la ligne de défense s’étend désormais dans une direction nord-ouest/sud-est de Vimy à Reims en passant par le Chemin des Dames. Les Alliés mettent une semaine à se rendre compte de l’ampleur de ce retrait. Le plan initial de l’offensive est désormais caduc. Nivelle et ses généraux adaptent leur projet à cette situation nouvelle et dissocient l’attaque anglaise sur Vimy de l’attaque française qui se centrera sur le Chemin des Dames.

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Le chemin des dames

Le Chemin des Dames est un plateau calcaire, orienté Est-Ouest, situé entre la vallée de l’Aisne, au sud, et la vallée de l’Ailette, au nord. Ce plateau est un bel observatoire, tant vers le nord et la plaine située à l’est entre Reims et Laon, que celle située au sud depuis Soissons.
Les Allemands sont présents sur le plateau depuis septembre 1914. Ils ont eu le temps de transformer cet observatoire en forteresse en aménageant les carrières souterraines (Caverne du dragon), en creusant des souterrains permettant de relier l’arrière aux premières lignes, en édifiant et camouflant de nombreux nids de mitrailleuses.

Depuis cette date, c’est un secteur relativement tranquille qui n’a pas fait l’objet, depuis la fin 1915, de grosses offensives. Les Allemands tiennent la ligne de crête et les Français sont établis sur les pentes.

Le Général Nivelle donne l’ordre de l’assaut le 16 avril 1917 : « L’heure est venue, confiance, courage et vive la France ! ».

La bataille

Nivelle lance un million d’hommes dans l’assaut. Le plan prévoit une concentration maximale de forces sur 30 km de front. Le terrain doit être préparé par un bombardement d’artillerie massif chargé de détruire les premières lignes allemandes. Ensuite, les troupes d’infanterie doivent s’élancer protégées par un feu roulant d’artillerie.
Ce plan ne tient pas assez compte du terrain très défavorable : les troupes françaises se situent en contrebas et doivent se lancer à l’assaut de pentes fortifiées. D’autre part, le bombardement sur 30 kilomètres de front ne peut être aussi dense que lorsqu’il s’agit de prendre un fort. Pour la première fois, du moins pour les Français, une artillerie spéciale est massivement engagée. L’artillerie spéciale, ce sont les chars blindés. Ils sont prévus pour évoluer où cela leur sera possible, c’est-à-dire à l’est et à l’ouest du Chemin des Dames dont les pentes leur sont impraticables.

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Les conditions météorologiques sont terribles quand commence l’offensive. En ce printemps 1917, il fait très froid et il neige même le 16 avril. Les Sénégalais qui se sont entraînés sur la Côte d’Azur, ne sont pas préparés à de telles températures. Nombre d’entre eux souffrent du gel. Le 17 avril, la pluie tombe d’une manière quasiment continue et rend le terrain très boueux. C’est surtout le mauvais temps qui gêne les préparations d’artillerie dont les objectifs visés ne seront pas toujours atteints. Les soldats qui s’élancent le 16 avril trouvent des positions allemandes très peu touchées par le bombardement.

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Assaut sur le Chemin des Dames

L’échec

La prolongation de la bataille va entraîner des conséquences désastreuses : pertes nombreuses, mutineries… Philippe Pétain prend la place de Nivelle à la tête du grand quartier général français (GQG), le 15 mai 1917, au moment où éclatent les premières mutineries, signe d’un désespoir et d’un découragement dans une partie des troupes françaises.

À la suite de cet échec, les généraux Mazel (Ve armée) et Charles Mangin (VIe armée) sont remplacés par Micheler et Maistre.

L’estimation des pertes a fait l’objet de polémiques en fonction de la période et du terrain retenus. Les chiffres ont été interprétés, dès le début de l’offensive, par les hommes politiques qui voulaient, soit arrêter l’offensive, soit la continuer. Le député Favre les estime à près de 200 000 hommes côté français au bout de deux mois d’offensives. C’est un bilan probable. Chaque division a perdu en moyenne 2 600 hommes sur le Chemin des Dames.

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