Le doigt d’honneur de Galilée à la postérité

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le doigt de Galilée

On sait que les cadavres de célébrités n’ont pas des vies faciles : à travers l’histoire, nombreux sont ceux qui se sont vus dépouiller de quelques bricoles par les médecins chargés de leur autopsie ou examen post-mortem. Parmi eux, le célèbre Galilée, qui voit la profanation de son corps se transformer en facétie de l’histoire.

La véritable histoire de Galilée

Dans l’imaginaire populaire, Galilée est ce savant condamné par l’Église à abjurer sa théorie expliquant que le terre tourne autour du soleil, contrairement à la croyance selon laquelle la terre était au centre de toute chose. Il devient le triomphe du symbole de la science moderne opposée aux religions.

En réalité, la situation était un tantinet plus compliquée. Galilée avait été frappé d’interdiction d’enseigner par l’inquisition parce qu’il penchait pour la théorie Copernicienne, par opposition à la théorie Aristotélicienne qui prévalait jusqu’alors dans l’église, et dont l’inquisiteur Bellarmin était un défenseur acharné.

Entrait en compte dans l’affaire l’âpre lutte entre le philosophe Giordano Bruno et ledit Bellarmin, qui finit par l’emporter, en conduisant tout simplement Bruno au bûcher.

En 1623, Urbain VIII devient pape. L’importance de ce fait, c’est que Urbain VIII est un ami personnel de Galilée. Le savant va alors le trouver, et lui demande de lever l’interdiction dont il fait l’objet. Chose que ne peut pas faire le pape, de peur de se retrouver confronté frontalement à l’inquisition, ce qui, même héritier de Saint Pierre, c’est pas une bonne idée.

Urbain VIII propose alors à Galilée de publier sa théorie de la terre qui tourne autour du soleil, mais en y mettant de la prudence. L’idée d’Urbain est assez simple : présenter la découverte de Galilée, l’héliocentrisme (le soleil est au centre et la Terre tourne autour) comme une théorie, le temps qu’elle se répande et se fasse une place dans les esprits, et consacrer un chapitre à la théorie du géocentrisme (la Terre est au centre de l’univers) pour ne pas donner l’impression de la balayer d’un simple geste.

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La prudence d’Urbain

Le Pape Urbain n’a, en ceci pas tort : présenter la découverte de Galilée comme une théorie permettrait de la présenter au monde et de créer un précédent. L’inquisition n’aurait pas de motif pour la contrer, et ne pourrait s’en prendre ultérieurement aux publications allant dans le sens de Galilée sans se déjuger.

Tout ceci, donc, n’est pas un combat de la raison contre la foi, mais à une simple lutte de pouvoir politique. Politique, et d’ego. Parce que Galilée fait mine d’accepter la proposition de son ami Urbain VIII avant de n’en faire qu’à sa tête, affirmer que l’héliocentrisme est la seule vérité et balayer le géocentrisme, froissant ainsi l’autorité de l’inquisition. Ce qu’on omet de dire, également, c’est que Galilée produit des preuves de sa théorie dans sa présentation, basées sur le mouvement des marées, mais que celles-ci sont fausses, et seront démontées par d’autres astronomes de façon scientifique.

Le pape, vexé et mis en cause pour son immobilisme, la guerre de trente ans battant son plein, organise alors le procès de Galilée pour des raisons politiques.

Le doigt de Galilée

La suite, on la connaît. Le procès, l’abjuration forcée, tout ceci appartient à la légende. Y compris, et surtout, le fameux « Et pourtant, elle tourne », ajoutée bien plus tard au mythe. Si Galilée l’avait prononcé, il aurait fini sur le bûcher.

Galilée est donc condamné à la prison, condamnation aussitôt commuée par le Pape en simple assignation à domicile. Il meurt en 1642.

Ironie du sort : des parties du corps de Galilée sont traitées après sa mort quasiment comme des reliques saintes. En 1737, son corps est déplacé dans un mausolée situé dans la basilique Santa Croce de Florence. Un de ses disciples, Anton Francesco Gori, en profite pour s’emparer du majeur de la main droite en le brisant. Le doigt fut acquis par la suite par Angelo Maria Bandini et fut longtemps exposé dans la bibliothèque Laurentienne.

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Le doigt de Galilée, finalement, fut enchâssé dans un coffre de verre au sommet d’une petite colonne de marbre blanc au Musée d’histoire de la science de Florence. Au pied de la colonne, une inscription : “Ceci est le doigt avec lequel la main illustre couvrit les cieux et indiqua leur immense espace. Il pointa vers de nouvelles étoiles avec l’instrument merveilleux, fait de verre, et les révéla aux sens de l’homme ”.

Et quelques uns ont vu dans ce majeur, dressé vers le ciel, au sommet de cette colonne, l’ultime message de Galilée à son vieil ennemi Bellardin.

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