Le harcèlement sexuel au travail dans le funéraire

1
1102
harcelement-sexuel travail

De chienne à chienne de garde, il n’y a qu’un pas, ou plutôt une insulte, qui est toujours la même dans les deux cas. J’ai régulièrement entendu les deux, dans un rythme doux et mélodieux à tel point qu’être une femme, une femme dans les relations de service, une femme dans le milieu du funéraire est devenue une allégorie de l’insulte.

Je ne voulais pas en parler. Des articles polémiques il y en a plus que mes yeux ne peuvent les lire depuis ces dernières semaines. Je n’arrive même plus à penser, tellement la société bienpensante, et ceux et celles qui gueulent le plus fort occupent tout l’espace. Mais. Mais j’ai reçu des mails, des mails en colère, des mails dramatiques, des mais touchants aussi, pour libérer la parole de ceux et celles qui ont des choses à dire. Tout ce qui va suivre n’est bien sûr pas à cantonner au secteur funéraire, ça se saurait, le harcèlement ça se partage.  L’ignominie n’a pas de nom, pas de catégorie sociale, et pas de sexe.

Cécile est directrice d’agence, elle a repris le relais suite au passage à la retraite de l’ancien directeur non sans mal. « J’ai voulu partir des dizaines de fois…par jour ! Ça a commencé par « Cette jupe met bien vos jambes en valeur aujourd’hui ». S’il en était resté là, je me serais dit qu’il se prenait pour Cristina Cordula, mais non il y avait toujours un « je vais avoir du mal à me concentrer Cécile » c’était quotidien, c’est devenu un leitmotiv, « mettez-moi ça en hauteur s’il vous plait, attendez je vous tiens la chaise ».  Et puis un jour, on m’a défendu. On avait acheté un nouveau véhicule et devant toute l’équipe il a lancé « Y en a de la place, Cécile ça ne vous dit pas d’essayer l’arrière ? » accompagné d’un rire gras. Et là mon collègue s’est approché de lui et lui a dit « si vous continuez à parler à Cécile comme si c’était votre objet, c’est vous qui allait finir à l’arrière de ce fourgon, mais pas dans la position que vous pensez ». Il aurait pu le virer, et il l’aurait fait si l’employé en question n’avait pas été un bon contact…à sa femme. 4 mois après, il partait à la retraite, et je devenais une directrice d’agence. Une de celle qui s’habille comme elle veut, qui rit avec son équipe de porteurs composés uniquement d’hommes ici, et une qui a appris, à se faire respecter. »

Comme Cécile, beaucoup de femmes en agence, et ce à tous les postes subissent les réflexions teintées de misandrie dès l’ouverture. « C’est le métier qui veut ça », n’est plus valable, ni ici, ni dans le BTP, ni ailleurs.

Marco est employé par une grande agence. Il subit, comme Cécile, les réflexions totalement déplacées et récurrentes de la part de sa patronne. En plus, elle a régulièrement des gestes déplacés. Être un homme ne protège pas du harcèlement « J’ai essayé d’en parler à un collègue, mais en retour j’ai eu le droit à « de quoi tu te plains ? Elle est plutôt bonne non ? ». Je me suis senti con, je suis marié, je suis papa, je suis employé, et j’arrive au travail un nœud à l’estomac. Et ça, c’est pas normal. » Et ça a fait écho en moi, combien de fois j’ai entendu « elle a des arguments de poids » pour parler d’autres femmes, par ailleurs très compétente, et là je me suis dit qu’on faisait tous partis d’une chaîne, de celle qui se tait. 

Le témoignage de Julie me fait écho. Julie est responsable de communication dans le funéraire, là encore, impossible pour elle de dire où. Comme moi, elle est dans la relation de service, qui consiste, derrière les écrits à finalement beaucoup de pédagogie et des sourires à n’en plus finir. Sauf que lorsque vous êtes le point commun à l’ensemble d’une structure, vous devez communiquer. Par mail, par réseaux sociaux, la parole se libère, un peu trop. « J’espère vous revoir bientôt… » « Vous avez tellement de beaux yeux, comment pourrais-je vous dire non ? » « Il en a de la chance ton copain » Parfois c’est gentil, parfois le flirt fait partie de la relation de service. Parfois c’est lourd, déplacé, inconvenant et ça n’a rien à faire dans un échange professionnel, d’autant qu’il ait peu probable que ce genre de mail soit envoyé à un autre homme.  « La prochaine que vous venez nous voir en agence, n’hésitez pas à me donner le numéro de la chambre de votre hôtel ». Des mails et des invitations comme ça, j’en ai eu des centaines » explique Julie. D’autant que par mail, il y a une traçabilité, preuve de l’assurance de certain(e)s. « Le pire c’est que j’ai fini par croire, comme beaucoup, que c’était ma faute, que j’avais un geste, un mot, qui les avait permis à ce genre de choses. En fait, non, je n’y suis pour rien ».

On a tous et toutes entendus des réflexions, mais le pire c’est celles qui acceptent et font une légitimité « il est de la vieille école laisse tomber » « franchement de quoi tu te plains » « t’as vu comment tu t’habilles aussi ? »

Dénoncer c’est bien, assumer c’est bien aussi. On oublie dans ces discours extrêmes du moment que tout le monde en pâtit, que les femmes sont ridiculisées, que les hommes sont montrés du doigt. Ça n’est pas la dénonciation qui créer le clivage, ce sont les êtres humains. La frontière se trace non pas entre l’acceptable, et l’inacceptable, mais entre les hommes et les femmes, entre les femmes et les femmes.

L’acceptable c’est d’avoir le droit de ne pas supporter une main aux fesses, c’est avoir le droit de comprendre que tout le monde n’a pas la même sensibilité et que tout le monde ne se remet pas des mêmes choses de la même façon. Et d’ailleurs l’acceptable c’est de comprendre que chaque situation est unique. L’acceptable c’est de faire de l’Autre sexe une partie de soi. C’est oublié l’objet désiré, c’est oublier l’ennemi.

 

1 commentaire

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.