Le médecin légiste tranche dans le vif

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La salle d'autopsie de la série
La salle d'autopsie de la série "Les experts"

Il y a quelques années, pas si lointaines, dans cette ville de province dont je tairai le nom, le fonctionnement de la médecine légale était le suivant : le procureur de la république appelait un médecin légiste habilité auprès de son tribunal, ce dernier se rendait alors à la salle d’autopsie sise au centre hospitalier, et procédait à l’examen. Il envoyait ensuite sa facture au procureur, qui la réglait, au tarif convenu.

Néanmoins, tout n’était pas pour le mieux dans le meilleur des mondes : les médecins légistes, par exemple, grognaient et râlaient, puisque, outre leur rémunération qui confinait au ridicule, ils devaient de surcroît attendre des semaines, parfois des mois, avant de se faire payer.

Le système avait un autre inconvénient, qui était le budget du tribunal. Celui-ci était alloué en début d’année, et se voyait renouveler par le système habituel de l’état. Si le tribunal local dépensait son budget, on lui attribuait le même l’année suivante. Si par contre tout n’avait pas été dépensé, la somme restante était restituée aux caisses de l’état qui, l’année suivante, allouait un budget réévalué en fonction des dépenses réelles.

Pour faire simple, l’état donnait 100, si le tribunal dépensait 100, l’état donnait à nouveau 100 l’année suivante. Par contre, si l’état donnait 100, et que le tribunal dépensait 80, l’état reprenait 20 et donnait 80 l’année suivante. Sans même une petite félicitation pour les économies réalisées.

La plupart du temps, faut-il vous rappeler que ces histoires datent « d’avant », le budget alloué était relativement équilibré, et souvent, les tribunaux finissaient, dans les régions paisibles, avec un peu de réserve, qu’il fallait vite dépenser de peur de se voir amputer l’an suivant de quelques sous. Ainsi, vers les mois de novembre et décembre, autopsiai-t-on à tire-larigot. Les médecins transpiraient à grosses gouttes : le moindre décès en salle d’opérations, voilà le procureur qui ordonnait une autopsie.

Une vieille dame, morte paisiblement dans son lit à l’âge avancé, mais déçu, de 98 ans, se vit ainsi emportée vers un examen médico-légal, sans ouverture en Y, heureusement, mais avec prélèvements divers et variés. Il fallait dépenser.

Une année heureuse pour le crime fut en revanche celle du renflouage. Un bateau avait coulé au large des côtes et, devant l’insistance des familles, le tribunal avait ordonné de renflouer l’épave, afin de la ramener sur le terre ferme pour pouvoir l’expertiser tout à loisir. Le budget entier y passa, et aucune rallonge n’était prévue pour les dépenses exceptionnelles.

Curieusement, ce furent dans les poches vides de la justice que se trouva la solution à la criminalité : pas un seul homicide ne fut enregistré, et, par conséquents, aucune autopsie ne fut ordonnée.

Le petit dialogue suivant me fut confié par un policier, à condition que j’attende quelques années avant de le publier sous quelque support que ce soit. Nous y sommes.

« Monsieur le Procureur, nous avons une suspicion d’homicide…

Mais non, lieutenant, c’est un suicide !

Pardon, Monsieur le Procureur, mais le défunt a tout le même trois impacts de balles dans le corps !

Et bien, il ne voulait pas se rater, voilà tout. »

En somme, si l’on voulait commettre le crime parfait, il suffisait de couler un bateau. Quoiqu’en dise Charles Hernu.

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