Le Salon de l’Art Funéraire justifie-t-il son nom ?

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La tombe de Géricault, ou quand art temporel et funéraire se rejoignent
Le salon de Paris ouvre dans quelques jours, et il nous a semblé intéressant de se pencher sur son intitulé exact, « Salon Professionnel International de l’Art Funéraire ». Le funéraire est il un art ? Lundi, philosophie. Vous avez trois heures.
Qu’est-ce que l’art ?

« L’art est une activité humaine, le produit de cette activité ou l’idée que l’on s’en fait s’adressant délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect. Ensemble des règles et techniques d’une activité professionnelle ou autre. » nous explique le dictionnaire.

Mais plus encore, l’Art Funéraire est défini comme « une forme d’art englobant les objets, peintures et sculptures en lien avec la mort et généralement destinés à accompagner les dépouilles. De tels objets peuvent inclure les biens personnels du défunt, des objets créés spécialement pour l’enterrement ou des versions réduites d’objets nécessaires dans une supposée vie après la mort. La connaissance de beaucoup de cultures non-alphabétisées est tirée en grande partie de ces sources. »

Le funéraire, art ou artisanat ?

Le funéraire est il un art ou un artisanat ? Nous serions tentés de répondre les deux, mon capitaine.

Le funéraire est un artisanat, dans le sens ou, même pour les produits industrialisés, il ne peut exister sans un soin particulier apporté par un professionnel doté d’un véritable savoir-faire à une ou plusieurs étapes de sa fabrication, de sa mise en valeur, et au final de son utilisation. Il est certes possible de fabriquer des cercueils en usine. Mais un cercueil resterait alors une simple caisse en bois, inapte à satisfaire une famille. Ce qui donne au cercueil son existence de cercueil, c’est la travail qu’a fourni le préparateur pour y installer le capiton, graver la plaque, y installer les emblèmes religieux, éventuellement, ou la décoration. C’est l’équipe qui le présentera le jour du convoi à la famille lors d’un instant solennel qu’on appelle « obsèques », y installera le défunt et le manipulera avec soins en déployant un ensemble de techniques et de traditions acquises au fil d’une longue expérience.

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Le funéraire est aussi un art, dans le sens ou les représentations proposées sur les articles funéraires doivent correspondre à un ensemble de codes abstraits, incluant tradition (des symboles compréhensibles de tous) modernité en lien avec son époque, et évocation personnelle du défunt parmi ces symboles universels. Qu’est-ce qui définit un bon artiste ? Toujours, lorsqu’on analyse une œuvre, la même récurrence, à savoir manier un ensemble universellement compréhensible pour, au final, donner l’impression qu’il s’adresse individuellement à chacun de ses spectateurs.

Le salon bien nommé ?

Alors, le salon usurpe-t-il d’une façon ou d’une autre son titre de « Salon Professionnel International de l’Art Funéraire » ? En aucune façon. D’un côté, seront proposés outils, techniques, équipements et produits aptes à satisfaire l’artisan le plus exigeant. De l’autre, on pourra admirer les recherches graphiques les esthétiques, chargées de sens. Et considérer que, lorsque nous seront tous disparus, ce sont elles qui subsisteront dans les cimetières pour rappeler à nos successeurs qui nous étions, et à quoi ressemblait l’idéal de beauté en notre monde. Considérez que le cimetière du Père Lachaise est finalement aujourd’hui presque plus un musée à ciel ouvert qu’un endroit purement utilitaire.

En tant que professionnel du funéraire, vous pouvez donc, sans conteste, vous présenter comme artisan, ce que vous serez, quelle que soit la taille de votre société. Théoriquement, vous pourriez aussi vous présenter comme artiste, mais autant vous prévenir, ce sera plus dur…

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