Le temps c’est (pas toujours que) de l’argent

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Une cérémonie ? Ce n’est pas l’apanage des lieux de cultes ou des salles dédiées. Une cérémonie commence au début, et finit à la fin, à la toute fin…

Fin finale

334_L_ESPACE_ET_LE_TEMPS-300x224 Le temps c'est (pas toujours que) de l'argentUn collègue me rapportait l’anecdote suivante : arrivé au cimetière du lieu d’inhumation, dans la banlieue d’une grande ville française, il avait entamé le protocole d’inhumation, lecture de prières, recueillements, etc… avant qu’un des porteurs locaux, qu’il avait loué pour la descente, ne vienne lui demander « ce qu’il foutait ». Ce à quoi mon ami lui rétorqua qu’il faisait une inhumation. Après le convoi, intrigué, il décida de creuser le sujet, et s’aperçut que, pour beaucoup, la cérémonie s’achevait à la sortie de la salle de cérémonies. Une inhumation au cimetière, c’était, pour les collègues, juste une opération technique.

Ce n’est malheureusement pas le premier à raconter ce genre d’histoires. Y compris dans des villes de province de taille moyenne, ou les convois d’après midi sont doublés, à savoir qu’une cérémonie à 16 H 00 succède à une autre à 14 H 00. La variable d’ajustement devient alors le cimetière : expédié à 15 H 00 parce qu’il ne faut pas manquer le convoi suivant, avec le trajet, et bâclé à 17 H 00 parce que le patron n’aime pas trop payer des heures sup’.

Au final, à certains endroits, les familles sont habituées à défiler au pas de course devant le cercueil, avant que celui-ci ne soit promptement expédié dans le trou, et personne n’est surpris de voir les marbrier fossoyer sur les talons des porteurs, devant la famille, avant même la célèbre épreuve du « jeter de fleurs olympiques ». J’ai même vu, de mes yeux vu, un Maître de Cérémonies regarder ostensiblement sa montre pendant qu’un père et ses enfants prenaient trop de temps à se recueillir devant le cercueil de leur mère et épouse, décédée dans un accident tragique.

C’est l’époque : tout va plus vite, on augmente rythme et productivité. Les opérateurs téléphoniques se vantent avec leur réseau 4G et confient déjà travailler sur la 5G, ils ignorent que les pompes funèbres rigolent : ils en sont déjà à l’inhumation 9G.

La recette du succès

Paradoxalement, la recette du succès réside peut être dans un abaissement des cadences productives. Cela ne concerne bien entendu que les pompes funèbres, mais au vu du nombre de famille qui sont venues me signifier leur surprise et leur satisfaction d’avoir eu un véritable cérémonial au cimetière, voire une cérémonie civile qui dure trois quart d’heure, au lieu des vingt minutes que certains consentent péniblement, je me dis qu’il y a peut être là un créneau à prendre.

Oui, oui, les pompes funèbres « On a le temps ». Une société ou l’on se rappellerai encore des bases du métier. Ou la famille aurait le temps de se recueillir après la mise en bière, ou l’inhumation au cimetière ne serait plus une simple opération technique, mais un moment de recueillement, d’adieu, transformé en transition entre la présence physique du défunt et sa présence symbolique, à travers le monument et le lieu de repos.

Parce qu’à force de pousser au timing, de faire passer la productivité avant la qualité du convoi, le respect du défunt et les attentes de la famille, un jour, un petit malin va trouver l’idée de génie : jeter sa montre à la poubelle, et conquérir le marché. Tous alors se demanderont « Mais comment fait il ? » C’est simple : il fera comme vous faisiez il y a dix ans.

Certaines villes ont coupé court au problème, par l’intermédiaire des lieux de culte, qui célèbrent une cérémonie d’ obsèques le matin, et une seule l’après-midi. Preuve s’il en est que les convois bâclés sont un problème pour certains, prescripteurs ou clients.

A l’heure ou notre profession est à la mode, et donc ou les médias s’y penchent, pas toujours en bien, l’ignominie se vendant mieux que la qualité, opposons leur notre argument massue, notre principal savoir-faire, la preuve de notre compétence, du respect dû au défunt et à la famille : un beau convoi, respectueux du temps du deuil et du cérémonial plutôt que du timing productif.

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